Titre : Quand Cécile

Auteur : Philippe Marczewski

Maison d’édition : Le Seuil

Genre : Contemporain

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Il y’a des livres qui vous tombent dessus comme une averse en plein été. Moi, c’est en écoutant un entretien de Tara du podcast Bookalicious avec Philippe Marczewski. Ils parlent de la sortie du livre de ce dernier : Quand Cécile paru aux éditions le Seuil le 17 Janvier 2025. Le livre raconte l’histoire d’un narrateur hanté par le souvenir d’une femme, Cécile, décédée à l’âge de 27 ans dans un accident d’avion. Leur relation a été brève mais marquante et il se rend compte que son souvenir le poursuit toujours. Or, il croit voire le double de Cécile dans la rue. Ce qui est bien entendu impossible. Il décide d’en avoir le coeur net en suivant cette jeune femme.

Philippe Marczewski, c’est un écrivain belge né en 1974. Il a travaillé comme chercheur en neuropsychologie cognitive puis il a tenu une librairie indépendante à Liège. Maintenant, il écrit et enseigne la littérature à l’Ecole supérieure des Arts de la ville de Liège. Quand Cécile n’est pas son premier roman. En 2019, il a écrit Blues pour trois tombes et un fantôme et en 2021, il a écrit Un corps tropical. La particularité de Quand Cécile, c’est que c’est un roman écrit en une seule phrase et qui parle de deuil et de mémoire autrement. J’aurai adoré le lire plus tôt pour l’intégrer sur le thème de la mémoire, mais parfois, on ne choisit pas quand un livre débarque dans notre bibliothèque, vous voyez ? Et c’est de toute façon la forme de ce roman qui m’a attirée. Un seul jet, un seul souffle, pas d’intrigue, pas de révélation finale, pas d’enquête. C’est un message pur que l’auteur nous délivre que veut-il nous transmettre ? Parce que les thèmes sont universels et déjà traités maintes fois : le deuil et la mémoire. On connaît toustes ces concepts. On peut toustes au moins les imaginer si on ne les a pas ressentis. Autrement dit : comment reproduire la psychée du deuil différemment ?

La forme qui prend le fonds

Déjà, et je le dis rarement, la forme est au moins aussi importante que le fond. Et je suis pourtant ce que l’on appelle une lectrice qui privilégie le fonds que la forme car, selon moi, un livre n’est que l’expression de ce que veut nous faire partager un auteur ou une autrice. C’est quand une pensée, une histoire devient trop imposante pour rester dans l’esprit d’une seule personne. Après, ce texte trouve écho ou non dans les yeux d’un lecteur ou d’une lectrice. C’est comme une conversation, un lien si vous voulez. Or, ici, la forme est comme une interaction qui s’impose. Imaginez que vous êtes sur un banc et qu’une de vos connaissances s’assoit, bouleversée, près de vous pour annoncer tout à trac : “J’ai vu Cécile aujourd’hui “. Et à peine avez-vous le temps de vous dire que non, c’est impossible de croiser Cécile car elle n’est plus qu’il vous dit tout. Sans interruption, comme un torrent qui ne s’arrête pas parce la logique n’a plus de prise ici. On est au rythme de la respiration d’un narrateur qui est bouleversé et peut être vous aussi et vous allez suivre son cheminement chaotique jusqu’à ce qu’il se calme. Jusqu’à ce qu’il s’apaise. Jusqu’à ce que l’émotion passe. Parce que c’est une urgence. Le fait d’avoir cru voir Cécile et d’en parler, cela la rend réelle de nouveau. Tant que le narrateur parle du fait d’avoir cru voir Cécile, son deuil ne se clôt pas. Et c’est cela que l’on va explorer au travers des thèmes de ce roman. 

D’abord, Philippe Marczewski nous donne quelques souvenirs du narrateur, au fil de ses réflexions et on sent que l’auteur a travaillé sur les neurosciences car les souvenirs sont instables. On n’a pas de mémoire chronologique ou factuelle, ici. C’est la mémoire émotionnelle qui parle. Cécile est décédée à 27 ans et dans les souvenirs du narrateur, elle ne dépassera jamais 27 ans. C’est un des drames du décès. Une vie s’est arrêtée mais celle des autres, elle, continue. Et avec le temps, la mémoire s’estompe. Alors oui, le cerveau endeuillé va combler les trous comme il peut parce que tant que la mémoire garde la personne en vous, et bien, elle reste. Ce n’est pas très rationnel, je vous l’accorde, mais toute personne ayant vécu une perte le sait, tant que le souvenir reste vivace, on sent toujours la présence de l’autre. 

Les thèmes abordés

Parce qu’après, survient ce que l’on appelle l’omniprésence de l’absence. C’est ça aussi le deuil, c’est quand aussi l’absence d’une personne devient plus remarquable que sa présence en fait. Quand on s’entoure de personnes qu’on aime, imaginez que chaque personne, ensemble, crée un brouhaha familier, rassurant. C’est le bruit de fond de votre vie. Il est là, il vous entoure et peut vous permettre de créer parfois, comme un bouclier, contre l’extérieur. Et ce brouhaha forme comme une mélodie que vous trouvez harmonieuse. Mais si l’on enlève un instrument, une note dans cette partition, c’est tout un ensemble qui est déstabilisé. Mais le temps aidant, la musique redevient cohérente et on ne s’aperçoit plus que la note a disparu. Jusqu’à ce qu’on croit l’entendre à nouveau. C’est une des bizarreries du cerveau, vous savez. Et c’est exactement l’effet qu’il a eu, notre narrateur. Le fait de réentendre cette note, le fait de penser avoir vu Cécile, il ne voit que cela. Anesthésié par le deuil progressif, naturel de Cécile, il se reprend une vague émotionnelle plus forte que jamais et l’image de Cécile va devenir obsédante. Le deuil est curieux car il ne s’arrête pas du jour au lendemain. Il se diffuse.

Et comme ici il revient, le cerveau du narrateur prolonge l’existence de Cécile. Il lui imagine une nouvelle vie, une vie réelle ou pas actuelle. Par ce biais, le narrateur rend tout ce que le décès de Cécile a enlevé : les possibilités. Qu’elle aurait pu être la vie de cette femme ? Est-ce qu’on l’imagine bien bien ou est-ce une version déformée par nos propres envies, nos propres peurs ? En voyant les possibilités de vie de Cécile, ce n’est pas elle qu’on découvre, ce n’est pas d’elle dont on parle mais bien du narrateur, de ses espoirs, de ses regrets, de ses cicatrices laissées par cette perte. En imaginant cette vie non vécue, on imagine la vie du narrateur et tant qu’on l’imagine, on ne la laisse pas partir. Et en fait, le narrateur n’est pas hanté par le souvenir de cette femme mais parce qu’il n’a pas vécu lui. 

Comment a été reçu le livre ?

Est ce que ce récit a fait écho ? Il se trouve que oui. Des commentaires que j’ai pu en lire, beaucoup admirent la forme de la phrase unique. Sûrement parce qu’elle sert admirablement le fonds. Je ne pense pas que ce roman puisse laisser indifférent. Ou on l’aime, ou on le déteste mais il est là pour susciter une réaction. Ce n’est pas un roman pour pleurer mais bien un récit qui pousse à l’introspection. Quand je l’ai commencé, je me suis posée très rapidement la question : suis-je prête à le lire ? Et finalement, cela n’a pas été la lecture le plus difficile, ni le cheminement de pensées qui en découle. Le plus difficile a été d’en parler. Allais-je finalement parler du livre ou faire comme le narrateur, c’est à dire parler de moi ? Intéressante comme question ! 

Que lire après Quand Cécile ?

  • Les anneaux de Saturne de W.G. Sébald paru en 1995 aux éditions le Seuil. Le narrateur y raconte une longue promenade dans le Suffolk, au Nord de l’Angleterre.
  • L’autre fille d’Annie Ernaux paru aux éditions Folio où l’autrice raconte l’absence d’une soeur morte avant sa naissance et dont elle découvre l’existence dans les conversations de sa mère.
  • Oui de Thomas Bernhard paru chez Gallimard où l’auteur fait une longue tirade sur sa vie. On y retrouve un peu le même principe de la forme ici.

Quand Cécile J'ai un livre pour toi

Le Vendredi, c'est chronique ! Je reviens avec vous sur un livre en particulier dans un format semi court pour vous donner envie ou pas de le lireTitre : Quand Cécile Auteur : Philippe MarczewskiMaison d’édition : Le SeuilGenre : ContemporainOù trouver le livre :https://www.seuil.com/ouvrage/quand-cecile-philippe-marczewski/9782021538083Si vous désirez déposer un commentaire sur la chronique, vous pouvez tout à fait le faire sur les réseaux sociaux : https://linktr.ee/koreminaldi ou tout simplement sur le répondeur de Vodio. Je me ferai un plaisir de vous répondre : https://www.vodio.fr/repondeur/1802/ ou en déposant votre fichier MP3 sur jaiunlivrepourtoi@gmail.comRetrouvez mes chroniques livresques sur le blog : https://jaiunlivrepourtoi.fr/Générique : Pitfall de Arthur Benson https://youtu.be/52SDMRNIGcM?si=OEo9m3wlAHmocLKpLe logo est une création de Shirayukisan et vous pouvez lui faire ses commandes ici : https://shirayukisancommissions.carrd.co
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