• Un psaume pour les recyclés sauvages de Becky Chambers

    Titre : Un Psaume pour les recyclés sauvages

    Autrice : Becky Chambers

    Traductrice : Marie Surgers

    Saga : Histoires de moines et de robots

    Numéro de tome : 1

    Maison d’édition : L’Atalante

    Nombre de pages : 133

    Date de sortie : 15 Septembre 2022

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    La fin d’année a été pour moi très éprouvante, je ne vous le cacherez pas. Sachant que j’aurais besoin d’une soirée ou deux pour souffler, j’ai sorti un Psaume pour les recyclés sauvages. J’avais déjà lu un livre de Becky Chambers, l’espace d’un An, et je savais que nous allons évoluer dans un espace bienveillant et inclusif. Petit bonus, un psaume pour les recyclés sauvages est une novella, soit une lecture à 150 pages, environs. Et croyez-moi, ces pages sont condensées car il se passe beaucoup de choses.

    Froeur Dex est un-e moine du thé. Iel sillonne les villages à bord de sa roulotte pour servir du thé et écouter les gens raconter leurs petits tracas. Cette pause fournie par les moines permet aux travailleurs de la planète Panga de soigner leurs maux de l’âme. L’Arrivée de Dex est vraiment très attendue dans ces bourgades .

    Mais cette planète Panga, à quoi ressemble-t-elle ? Elle ressemble à notre Terre. Ce que l’on sait, c’est que c’était une société très industrialisée dont la pollution et la production étaient en train de détruire la planète. Pour maintenir cette cadence de production intensive, les gens ont construit des robots. Sauf qu’il y a eu l’éveil des robots. Ceux-ci ont décidé de s’émanciper et de se retirer de la société humaine, abandonnant ainsi les usines. Perdant leur force de travail, les habitants ont développé une civilisation low tech. La planète a repris ses droits et les gens sont devenus respectueux de l’environnement, apprenant de leurs erreurs. Les robots ont aussi gagné leur liberté mais cela fait des générations que les deux civilisations ne se sont pas croisées. Sur un coup de tête, Dex décide de partir explorer un vieux monastère et d’aller écouter le chant des grillons. Il fait la rencontre d’ un robot, qui lui demande de quoi il a besoin.

    Dans ce récit, Becky Chambers va nous parler de plusieurs choses. Tout d’abord, Quand une société a tout, qu’elle est dans une période d’abondance, est-elle une société de gens heureux ? En effet, Dex est un.e moine accompli.e. Iel est heureux, aimé.e et comblé.e. Iel fait une activité qu’iel aime, qu’iel a choisi et qui lui correspond. Et pourtant, iel est insatisfait.e, d’où cette recherche de ce monastère et d’écouter des chants de grillons.. En parlant avec Omphase, un robot, on voit qu ‘iel découvre qu’on n’a pas vraiment besoin de but dans la vie et qu’on peut passer son temps à kiffer, à profiter de chaque moment. Le fait de vouloir un but dans la vie, est-ce quelque chose qui vient de la nature humaine? Ou est- ce la société qui nous impose cela ? Sommes-nous l’instrument de notre propre mal- être ?

    Pareil, en écoutant Omphase, on assiste à un vrai choc des cultures. Omphase est né , dans le sens où, quand les pièces d’un robot s’endommagent, on récupère les pièces pour faire un autre robot. Il y ‘a une vraie lignée, alors qu’ils pourraient être immortels. Mais, pour s’aligner avec la nature, elle qui a un cycle, ils procèdent comme cela. Omphase, en tombant sur une usine, nous dit qu’il a peur et que c’est un vestige. Omphase n’a pas connu l’Eveil, donc il n’a pas travaillé en usine. Mais, un de ses prédécesseurs, oui. On voit un robot qui n’a pas vécu un évènement traumatique de sa civilisation _ici, de l’esclavagisme – mais cet événement a laissé une empreinte sur son histoire personnelle et ses peurs. Becky Chambers, en moins d’un paragraphe, nous montre et nous explique la mémoire des peuples, les dangers du colonialisme mais aussi que par le dialogue et l’empathie, on peut se sortir de tout cela.

    Enfin, on parle d’écosystème. L’autrice montre comment l’Humain peut vivre en laissant la nature vivre elle aussi. Elle montre qu’on voit toujours l’empreinte de l’humanité sur la planète et que, même si certaines espèces ont disparu, et bien elle s’en est remise, tout simplement. Cela montre que malgré notre arrogance en tant qu’espèce où on pense que le sort de la planète dépend de nous, et bien c’est faux. La planète n’a pas besoin de nous pour survivre.elle sera changée et différente, oui. Mais nous, nous risquons l’extinction.

    Un psaume pour les recyclés sauvages est une excellente Novella. Elle vous marquera tant par la beauté de l’écriture que par les thèmes qu’elle traite. Becky Chambers montre qu’avec du positivisme, de l’introspection et de la communication, on ne changera peut être pas le monde mais on peut bouleverser la vie d’un moine et d’un robot et pourquoi pas la vôtre ! L’autrice montre de l’inclusivité, c’est beau. C’est un livre qu’on peut faire lire pour les amateurices de belles lettres et pas seulement aux addicts de la SF comme moi mais aussi à n’importe quel lecteur : Son langage est universel.

  • La relève de Jonathan Garnier et Amélie Fléchais

    Titre : La relève

    Saga : Bergères Guerrières

    Numéro de tome : 1

    Maison d’édition : Editions Glénat

    Genre : Bande dessinée, fantasy

    Auteurices : Jonathan Garnier et Amélie Fléchais

    Sortie : 16 Octobre 2019

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    L’un des immenses plaisirs que j’ai depuis que je fais partie de l’équipe du Coin lecture du Coin Pop, c’est que je suis beaucoup plus régulière dans mes lectures graphiques et pour cela, je les remercie du fond du cœur. Pour fêter un peu le festival de BD d’Angoulême, j’ai pris une BD qui y était représentée

    J’ai donc pris le premier tome de Bergères Guerrières qui s’appelle la Revèle. C’est scénarisé par Jonathan Garnier et dessiné par Amélie Fléchais. C’est publié aux Editions Glénat

    L’histoire de Bergères Guerrières, c’est quoi ? Il y a dix ans, les hommes du village sont envoyés à la guerre. Il ne reste que les enfants, les vieillards, les infirmes et les enfants. Un groupe de femmes choisies parmi les plus braves, vont former au groupe de Bergères d’élite pour protéger les troupeaux et le village. On suit Molly qui va entrer dans l’ordre avec son bouc de combat, Barbe Noire.

    En premier lieu, je me dois de vous dire que cette bande dessinée a des dessins trop mignons . On peut donc se demander si elle est considérée comme du jeunesse. La réponse est oui : le discours est adapté aux enfants, dans la dizaine – je vous dirai au doigt mouillé – et nous avons le point de vue des enfants. Et pourtant, on va parler de sujets d’adultes car on a un contexte de guerre, on parle de la défense d’un village et il y a une menace incarnée par le Grand Méchant Loup.

    Le premier thème, même s’il est juste évoqué mais il est bien là telle une chape de plomb , c’est la guerre. et ici plus particulièrement d’une longue guerre puisqu’elle dure depuis dix ans maintenant et dans une autre contrée. C’est une histoire vieille comme le monde et universelle. Nous sommes dans une communauté où presque la moitié des personnes ont dû partir. On ne sait pas si ces hommes sont vivants ou morts ou s’ils reviendront un jour.

    Et pourtant, le village va devoir continuer de fonctionner : il faut bien que les troupeaux paissent, que le pain cuise, que sais-je ? Et surtout, pendant dix ans, les enfants vont grandir sans leur père et les femmes ne peuvent pas faire le deuil de quoi que ce soit. C’est une atmosphère que l’on sent, la plupart du temps, gaie et exaltante pour notre héroïne car elle a grandi sans père mais si on gratte la surface, on voit bien l’incertitude et l’inquiétude de la mère, la tristesse et la culpabilité de ceux qui ne sont restés.

    A travers cela, on va voir deux types de personnes : celleux qui restent dans le passé et celleux qui désirent avancer et évoluer. Par exemple, Liam, le meilleur ami de Molly, veut faire partie du clan des Bergères guerrières. Mais il ne peut pas car l’organisation n’accueille que des filles ce qui est logique car, au moment de sa création, il n’y avait que des femmes qui étaient capables de défendre le village. Or, dix ans ont passé, l’ordre est performant et la position de ces femmes est affirmé au sein du village. Ne serait -il pas temps d’ouvrir les portes des Bergères Guerrières à la gente masculine ?

    A contrario, le frère aîné de Liam qui se souvient parfaitement de comment c’était avant, ne demande pas l’admission aux Bergères Guerrières, les jalouse, et forme sa propre organisation qui reste dans un certain fantasme d’une époque passée . Oui, on peut le dire : en général, ce groupe ne fait pas grand chose à part parader.. Ils sont dans une espèce de parodie des temps passés et n’évoluent pas. Un peu le genre de gars, chez vous, qui étaient très contents que les femmes bossent à l’usine pour faire tourner le pays mais, une fois la guerre finie souhaitent qu’elles retournent au foyer et trouvent complètement dingues qu’elles souhaitent exprimer un avis et acquérir des droits.

    Enfin, ce premier tome montre l’importance du communitarisme. Dans ce village, les gens se connaissent vraiment. Alors oui, cela peut paraître un peu intrusif de notre point de vue actuel . Mais en temps de guerre et en des temps difficiles, c’est ce qui fait toute la différence . Les personnes éloignées, isolées et en difficulté ne seront jamais laissées de côté car la communauté prend soin d’elles. Chaque personne peut aussi se développer en fonction de sa vocation, À l’image de Liam qui obtient de l’aide dans sa volonté de devenir Bergère guerrière. Enfin, chaque personne trouve aussi une place en fonction de ses compétences. Tout le monde est utile à la fois selon ses aspirations et ses capacités.

    Ainsi, je ne peux que vous recommander de lire ce premier tome. Vous pouvez le lire avec vos enfants mais vous aurez aussi toute cette double lecture en temps qu’adulte. Je trouve que c ‘est un excellent moyen de prendre du plaisir en lisant mais aussi de transmettre ce genre de savoir. Car ces sentiments, ces impressions, ces faits du quotidiens, ce n’est pas tangible dans les livres d’Histoire et je ne pense pas que c’est évoqué alors que c’est une page de la société, tout simplement et que cela peut aussi amener des pistes de réflexion et amener une à une certaine immersion dans une période particulière que, je l’espère, nous ne subirons plus.

  • Nous étions le sel de la mer de Roxanne Bouchard

    Titre : Nous étions le sel de la mer

    Saga : Joaquim Moralès

    Numéro de tome : 1

    Autrice : Roxanne Bouchard

    Maison d’édition : Editions de l’Aube

    Genre : Policier

    Date de publication : 31 Aout 2023

    Cela ne vous a peut être pas échappé mais depuis cet été, je fais partie du Club de lectures de Choixpitre. En Septembre, nous avions le thème de la mer et Aughra nous aurait présenté au livre de Roxanne Bouchard ; Nous étions le sel de la mer, premier tome de la saga Joaquim Morales. C’est paru aux Editions de l’Aube qui est une maison d’édition québecoise. Pour ma part, je l’ai découvert en audio et c’était lu par Paul Doucet.

    Vous voyez ? Si vous avez envie d’élargir vos horizons en terme de lecture, faites moi confiance : trouvez vous au club de lecture qui propose des thèmes ouverts. Cela ne sera peut être pas Bon pour votre ponte monnaie mais vous ferez des découvertes incroyables car, croyez moi, il n’y avait aucune chance que je croise ce titre au jour. DANS Nous étions le sel de la mer, nous suivons Catherine Day, une jeune trentenaire qui fait une petite dépression. Pour remédier à sa tristesse, elle part en Gaspésie, dans une toute petite ville de pécheurs où elle se fait Adopter par les pécheurs du coin qui tentent de lui faire comprendre la mer autrement que par le tourisme. L’un d’eux, Vital, découvre un cadavre dans ses filets, celui d’une femme qui A tourné le cœur des hommes dans sa jeunesse. C’est le sergent Morales) au sergent fraichement muté qui est changé de l’affaire.

    Ce que l’on voit de suite, c’est que Catherine crache quelque chose et qu’elle n’est pas en Gaspésie par hasard. Par contre, sa volonté de découvrir la mer au travers des yeux de ses pécheurs est réel et sincère. Pan ses visites, ou découvre la Gaspésie comme jamais ! Sa situation économique plus que précaire, son histoire, le temps qui s’y écoule de manière différente, au rythme des vagues, et enfin ses habitants et leurs secrets

    Ce que l’on voit ensuite, c’est la volonté de tous de obturer cette Affaire. Joaquim Morales débarque dans cette ville et si tout le monde a vite Adopté Catherine, ce n’est pas du tout le cas de Joaquim. Son enquête est douloureuse car chacun dévie dans les réponses À ses questions. Le sergent comprend très vite qu’il devra d’Abord se faire Accepter Avant de pouvoir enquêter. On, lui même n’a pas une histoire très joyeuse pour le moment. Est-ce que cela l’empêchent d’enquêter comme un inspecteur têtu qu’il est ? Absolument pas.

    Ce roman parle de petites villes endormies et remplies de secrets. Il parle de filiation et de transmission, d’Amour, de dames, de temps qui passe mais surtout de la mer. Cette saga comprend trois tomes et le deuxième s’appelle la mante de corail. Évidemment que je VAIS le lire pour voir s’il est à la hauteur du premier qui m’a totalement bouleversée. Alors n’hésitez pas, si vous voulez des émotions fortes, foncez et lisez Nous étions le sel de la mer.

  • Pyramides de Terry Pratchett

    Titre : Pyramides

    Saga : Les Annales du Disque-Monde

    Numéro de tome : 7

    Auteur : Terry Pratchett

    Maison d’édition : L’Atalante

    Traducteur : Patrick Couton

    Genre : Fantasy

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    Et si on continuait encore une petite saga ? Dans la série sagas à rallonge que je me suis dit qu’il fallait à tout prix que je continue, sortez moi les annales du Disque Monde de Terry Pratchett ! Pour tous ceux qui ne connaissent pas et ce n’est pas grave, petit rappel puisque je vais vous parler ici du tome 7.

    « Toute victime d’un diplômé de la guilde pouvait reposer satisfait d’avoir été annulé par une personne de goût et de tact »

    Les annales du Disque Monde est une suite romanesque de fantasy humoristique écrite de 1983 à 2015. Elle comporte une quarantaine de volumes, autant vous dire un rêve éveillé pour moi. Ce qui est bien, c’est qu’on est pas obligés de lire tout dans l’ordre car chaque cycle met en avant différents personnages.

    Pyramides est le 7 eme roman de la saga. On va suivre Teppic qui sort diplômé de la Guidle des Assassins d’Ankh Morpork. Or, il doit retourner dans son pays car son père qui était pharaon vient de trépasser. Le fantôme de son père tente de lui faire comprendre qu’il faut arrêter la construction des pyramides mais le grand prêtre Dios n’est pas de cet avis…

    « Quand on meurt, ce qu’on perd en premier, c’est la vie. Ensuite, ce sont les illusions . »

    Est ce que j’ai ri ? Énormément ! Est ce que l’histoire elle est bien ? Mais tellement ! C’est court, c’est rythmé, cela a de la critique un peu acide mais c’est tellement bien ! Si je peux vous conseiller un truc par rapport à cette saga en général, c’est que vous ne devez pas vous arrêter au monstre de la littérature qu’elle représente. Prenez là pour passer un bon week end, tout simplement.

    J’aime quand, comme ici, les livres sont drôles mais c’est par le rire qu’on va mener des pistes de réflexion. Les thèmes de ce roman sont :

    L’Histoire avec le contexte de l’Egype Antique et des allusions à la Bible et à la Guerre de Troie. Et si vous ne voyez pas comment on peut associer ces trois moments, croyez moi que l’auteur a totalement réussi

    « On ne fait pas la guerre de nuit, durant les moissons ou par temps de pluie. La guerre est chose importante, on la réserve pour de grandes occasions. S’y jeter tête baissée c’est donner dans la pantalonnade . »

    On traite aussi de la mort, ce qui est un thème assez récurent pour les premiers tomes. Mais pas de manière triste, plutôt comme une étape de la vie. le personnage de la Mort fait bien entendu sa petite apparition et, comme toujours, c’est un de mes moments préférés.

    Enfin, on traite de la force des traditions : Terry Pratchett nous montre que peut être que les traditions nous semblent importantes mais elles ne sont pas immuables. Rester constamment dans les traditions nous empêche d’avancer en tant que personnes mais lorsque cela concerne tout un État, c’est totalement dramatique car cela l’immobilise totalement. Et je trouve que cette piste de réflexion est particulièrement intéressante.

    « Ceux qui reviennent d’entre les morts, faut toujours qu’ils soient de mauvaise humeur. »

    Donnez sa chance à la saga du Disque Monde. Vous trouverez forcément un roman qui vous convient, j’en suis persuadée !

  • Manesh de Stephan Platteau

    Titre : Manesh

    Saga : Le Sentier des Astres

    Numéro de tome : 1

    Auteur : Stefan Platteau

    Maison d’édition : Les Moutons Electriques

    Nombre de pages : 464

    Date de parution : 3 avril 2014

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    Il y ‘a quelques années, je me baladais dans le Cultura du coin quand un homme en dédicace et m’interpelle : « Bonjour ! Vous aimez la fantasy ? « . Je me retourne et je reconnais Stefan Platteau dont j’avais déjà lu Manesh. Je lui ai donc dit et nous avons eu une superbe conversation sur son premier tome et je suis repartie avec Le Dévoreur, sa préquelle, que j’ai dévorée. Ensuite, vous connaissez l’histoire ! la suite de la saga s’est perdue dans ma Pile à lire.

    Ce n’est pas que je n’aime pas le Sentier des astres, bien au contraire. C’est juste que j’ai le sentiment qu’il faut un bon moment pour lire cette saga. Quelques années plus tard, j’ai eu l’occasion de le relire en audio avec comme narrateur Mathieu Dalan. La relecture de Manesh, le premier tome, en audio, fut un régal mais il faut, avant de poursuivre, vous convaincre qu’on va poursuivre l’aventure avec les autres tomes.

    Qu’est-ce que ça raconte ? Nous sommes dans la forêt Vyanthryr et deux gabarres du capitaine Rana remontent le fleuve pour plaider la cause de leur souveraine auprès du Roi diseur pour inverser le cours de la Guerre Civile. Or, un homme mourant dérive au fil de l’eau. Les membres de l’équipage le sauve mais qui est-il ? Qu’est-ce qu’il fait dans cette forêt ? Va-t-il être une aide ou un danger ?

    Pourquoi je vous dis qu’il faut le bon moment pour lire Manesh ? Le sentier des Astres est ce que j’appelle de la fantasy contemplative. On navigue au fil de l’eau et c’est au cours de ce voyage que, non seulement on va voir des paysages incroyables, découvrir l’histoire des personnages et surtout, deviner les enjeux de cette saga.

    On va commencer par les gabarres parce que moi, personnellement, je savais juste que c’était un bateau et encore, je l’ai plus deviné qu’autre chose, au début. Mais j’aime bien à un moment dans ma lecture faire la lumière sur mes lacunes en vocabulaire. Qui plus est, Stefan Platteau a une formation d’historien donc autant vous dire que s’il utilise ce véhicule pour ses personnages, ce n’est pas pour rien. Qui plus est, cela nous permettra d’avoir un visuel.

    Et bien, le sachiez-vous ? Les gabarres, ce sont des types de bateaux fluviaux. Ils ont un fond plat qui leur permettent de porter un max de charge. Grâce à leurs mâts, ils peuvent aussi être propulsés par la force du vent Leur utilité est le plus souvent de transporter des marchandises mais on peut l’utiliser pour le transport des personnes, ce qui est parfaitement expliqué par l’auteur. Mais Stefan Platteau ne fera pas que vous décrire des gabarres et des paysages, la force de Manesh, en dehors de l’évasion évidente que procure ce type de récit, c’est le rythme de l’écriture, la construction de ce monde et surtout le soin apporté aux personnages. On va revenir dessus !

    Quand on commence Manesh, on sait qu’il y a deux gabarres, un fleuve, une quête, un équipage et dans cet équipage, il y a un Barde du nom de Fintan Calafin. C’est un Barde comme on l’imagine. Alors non, éloignez de suite l’image de Jaskier de la saga du Sorceleur, je parle du Barde de fantasy et la fonction première du Barde est de jouer de la musique et de raconter des histoires. Ici, il a aussi le pouvoir au peu magique d’influencer les gens par la voix. Il pénètre les esprits. Il sert aussi de chroniqueur pour cette aventure puisque sa reine lui a demandé de le faire. Il connait les trois quart de l’objectif de cette mission mais on sent très vite qu’il n’est pas au courant de tout. Enfin, c’est aussi le dépositaire des histoires des autres, ce qui en fait un personnage principal idéal puisque c’est par ses yeux et ses écrits qu’on découvrira l’histoire.

    Cette expédition est menée par le Capitaine Rana et l’autre gabarre est dirigée par son frère. Ce qu’on sait de lui c’est que c’est un homme de guerre expérimenté et il est très loyal à sa reine. Il est prêt à tout pour réussir sa mission mais cela ne l’empêche pas d’être un as de la stratégie. Ses décisions sont le plus souvent plus que réfléchies et il garde des atouts dans sa manche. L’un de ses atouts, c’est la courtisane Shakti et sa fille Cunti. Ce sont les deux seule femmes à Bord et elles sont mystérieuses. On ne sait pas pourquoi elles sont là mais on devine très vite qu’elle risquent d’être importantes .

    Enfin, il y a Manesh, l’homme repéré à moitié mort au fil de l’eau. C’est lui qui sera le deuxième personnage principal car il va raconter sa vie à Fintan pour tenter de justifier sa présence sur le fleuve. Si on découvre les personnages , la quête et la vie sur la gabarre via Fintan, on va découvrir toute la mythologie de cet univers via Manesh qu’on appellent le Bâtard car il n’est pas totalement humain

    Le récit de ce premier tome va alterner entre les souvenirs de Manesh, l’avancée de cette quête et la découverte du fleuve et de l’équipage. Cela fait une excellente alternance entre grandes épopées et récits de la vie quotidienne. Dans le premier tome, il y a pour moi une alchimie parfaite. On prend son temps, au rythme de la nature, au rythme du fleuve qui devient lui aussi un personnage à part entière.

    Dans Manesh, vous aurez des histoires, de l’aventure, de magnifiques descriptions et vous découvrirez aussi un je ne sais quoi de la nature humaine, en temps de guerre mais aussi en temps d’exploration. Par contre, avec cet avis évidemment élogieux et qui a pour objectif secret de vous faire continuer l’aventure avec moi sur les prochains tomes, je vous laisse sur la question première de Stefan Platteau. « Est-ce que vous aimez la fantasy ? » Si votre réponse est oui ou si vous voulez découvrir ce genre, commencez la saga du sentier des Astres et lisez Manesh.

  • Dès que sa bouche fut pleine de Juliette Oury

    Titre : Dès que sa bouche fut pleine

    Autrice : Juliette Oury

    Maison d’édition : Editions Flammarion

    Nombre de pages : 272

    Date de parution : 23 Août 2023

    Genre : Littérature blanche

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    Premier Club de lecture de Choixpitre, Lilylit nous parle de rentrée littéraire par le premier roman de Juliette Oury paru aux Editions Flammarion : Dès que sa bouche fut pleine. Vous devez vous en douter, je ne suis pas une très grande lectrice de littérature blanche. Autant vous l’avouer, je ne me retrouve pas forcément fans ce genre. Qui plus est, je trouve aussi qu’il y a suffisamment de chroniqueurs et de chroniqueuses pour la littérature blanche qui est surreprésentée aussi dans les médias. Aussi, que ce soit par goût personnel que par conviction, je préfère vous parler des « mauvais genres ».

    Pourquoi je vous raconte tout cela ? Et bien, c’est que non seulement le concept de ce roman m’a attirée mais Lily a vraiment bien fait son boulot pour me dire que j’allais acheter ce roman ET le chroniquer. C’est parti ?

    Nous sommes dans un monde où la place de la nourriture et du sexe sont inversés. En effet, le sexe rythme la journée des gens et c’est un geste social. Par contre, la nourriture et la cuisine sont de l’ordre de l’intime, voire tabous. Nous suivons l’histoire de Lætitia qui est en couple avec Bertrand. Elle a une vie sexuelle équilibrée avec son amant. Une vie sexuelle sociale bien remplie, de même pour sa vie professionnelle. Mais Lætitia a un secret. Les barres protéinées ne lui suffisent pas. Elle a faim de vraie nourriture. Comment va-t-elle le vivre dans on couple ? Doit-elle ne faire l’expérience toute seule ou en groupe ? Quel regard va-t-elle avoir sur les autres et vice versa ? Qu’est ce que cela va nous dire sur elle ?

    Vous l’aurez compris, dès que sa bouche fut pleine est un roman initiatique sur la libération sexuelle d’une femme. Les descriptions ont un code inversé et cet artifice n’est pas révolutionnaire en soit. Il suffit de refaire la description de Boule de Suif de Maupassant par exemple. Juliette Oury a juste placé le curseur vachement plus loin et je dois dire que pour un premier roman, elle a bien réussi son coup !

    Et qu’est ce qui me faire dire cela ? Racontons un peu ma vie ! J’ai pour habitude de partager mes recettes de cuisine pour mes amis, acte tout à fait banal et social pour moi. J’adore donner des idées à mes amis et, quelque part, c’est un peu comme les inviter chez moi. Et bien, je peux vous certifier que pendant les trois jours qu’ont duré cette lecture, personne n’a reçu la moindre recette ! Juliette Oury a très bien respecté sa charte niveau description et l’a très bien écrite car, croyez-moi, ce n’est pas demain que je me mettrai à cuisiner une ratatouille !

    Au delà des descriptions très bien exécutées, qu’est ce que cet exercice de style va nous apporter ? Bien sûr, cela va nous lever le tabou sur le sexe. Oui, j’aime bien enfoncer des portes ouvertes, que voulez-vous ? Surtout, cela va nous traiter de manière délicate des injonctions faites aux femmes. On va parler des violences faites aux femmes dans leur couple – la fameuse zone grise- et en dehors. On parlera du regard des autres sur notre intimité, que ce soit des voisins, des collègues, des amis, des inconnus et pire encore, de nos compagnons. On est ici clairement à la place d’une femme qui découvre qu’elle est dans une relation toxique et nous allons voir ce qu’elle va faire de cette découverte. Enfin, on parlera de jalousie et de fidélité dans un couple et quels différents types de couple que l’on peut rencontrer.

    C’est un bon roman et même , je trouve, un excellent premier roman. L’autrice avait des choses à nous dire et elle y a mis autant de fond que de forme. Vous aurez le plaisir des belles lettres et vous aurez au autre regard peut-être sur votre intimité et comment le jugement des autres pourraient s’y introduire. Testez et n’hésitez pas à méditer les pistes de réflexion que Juliette Oury vous propose

  • Snowblind de Christopher Golden

    Titre : Snowblind

    Auteur : Christopher Golden

    Maison d’édition : Bragelonne

    Traducteur : Benoît Domis

    Genre : fantastique, horreur

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    En 2016… Il y avait une promo… C’était une opération genre 500 Ebooks à 1 euro chacun pendant une semaine. J’ai adoré ces promotions parce que, clairement, je me suis constituée un fonds de lecture de folie. J’y ai pris des livres que je n’aurai jamais acheté au prix fort, soyons honnête et si j’ai un goût plus assuré maintenant en littérature, c’est en grande partie grâce à ces promotions qui m’ont alimentée pendant des années.

    Snowblind, on ne va pas se mentir, je l’ai pris pour la couverture qui faisait hiver et le petit tip de Stephen King qui disait qu’il était bien. Je ne connais pas du tout l’auteur et l’histoire en elle même n’est pas tant que cela accrocheuse : On est dans une petite ville des États Unis. Il y a des disparitions un soir de tempête et nous retrouvons les habitants de cette charmante petite ville douze ans plus tard alors qu’une nouvelle tempête s’annonce….

    « Il savait qu ‘il ne pouvait pas la rendre heureuse – elle seule le pouvait – mais il refusait qu’elle soit triste à cause de lui »

    Ce roman nous promet du mystère, peut être du fantastique, et sûrement de la gestion de ceux qui restent et l’impact qu’a eu ces disparitions sur la ville et ses habitants. Si vous cherchez ce genre de choses, stoppez tout et allez voir la série de The Leftovers qui traitera bien mieux de ce sujet.

    Vous l’aurez deviné, ce n’est pas mon coup de cœur de l’année, ni du mois d’ailleurs. Est ce que ce roman est mauvais ? Non ! Il est moyen, tout simplement. En fait, j’aurai aimé plus de développement des personnages, peut être même un peu plus de développement du côté fantastique.

    Comment je vais vous dire cela ? Vous voyez ? Quand vous allez voir un blockbuster au cinéma ? Et bien Snowblind est un blockbuster de la littérature fantastique. J’y ai trouvé des choses, des pistes intéressantes mais on est pas allé plus loin. Il y a eu aussi quelques clichés qui, je vous l’avoue, m’ont fait éclatée de rire, ce qui n’est pas du tout prévu dans ce genre de bouquin.

    « Je pense que j’aime bien l’idée de la maison plus que la maison elle – même . Quand tout est réparé, quand tout sera comme je l’ai imaginé, qu’est-ce qu’il se passera après ? »

    Après, j’ai passé un bon moment, un moment moyen en fait. Le début était pourtant très prometteur : le premier chapitre me donnait tellement d’espoir. Je pense que l’auteur s’est mis trop d’ambitions dessus, ou peut être pas, cela dit. Si vous voulez découvrir un peu le genre horreur/fantastique mais qui ne fait pas trop peur, ce roman est pour vous. Mais étant une grande lectrice de Stephen King, j’avoue que le soufflet est un peu tombé à plat.

    Après, il m’a fait deux soirées où je n’ai pas trop réfléchis. J’étais plutôt bien dans la tempête. J’ai eu des appréhensions au bon moment et à part mon fou rire final, cela s’est plutôt bien passé. S’il y a une promo, prenez le. Sinon, lisez the Shining ;)

    « Quelle chose étrange d’avoir subi une telle perte et être entourée au quotidien d’un si grand nombre de personnes qui ne s’en doutaient absolument pas . »

  • L’orage gronde de David Weber

    Titre : L’orage gronde

    Saga : Honor Harrington

    Numéro de tome : 13

    Auteur : David Weber

    Traductrice : Florence Bury

    Maison d’édition : l’Atalante

    Date de publication : 2013

    Où trouver le livre : ici

    Et si on continuait un peu nos sagas en cours ? Parce que j’en ai encore quelques unes à terminer dont une que j’affectionne particulièrement même si je trouve qu’elle a ses petits défauts : La saga d’Honor Harrington. Honor Harrington, c’est 14 tomes pour la trame principale et plétore d’autres tomes secondaires. C’est écrit par David Weber qui est un auteur très prolifique dans le domaine de la Science Fiction et de la Fantasy.

    Honor Harrington est une saga importante dans la Science Fiction. Ce personnage date des années 90, le sachiez vous ? Son éditeur américain de l’époque, Jim Baen, lui a demandé de créer ce personnage parce qu’il voulait renouveler la Science Fiction militaire en mettant à l’honneur un personnage féminin. Et c’est super important parce que Honor Harrington est le premier commandant de vaisseau spatial femme de la littérature de Science Fiction alors qu’à l’époque, l’US Navy commençait tout juste à accepter le personnage féminin à bord de leurs navire.

    « Virez vos putains de vaisseaux de mon espace »

    C’est pour cela que j’adore ce personnage parce que Honor Harrington n’est pas cantonnée à un rôle féminin : David Weber la considère comme un personnage masculin et par ce biais, toute la saga va nous montrer différents problèmes de genre dans la Science Fiction. Autant vous dire que la saga d’Honor Harrington relève haut la main le test de Bechdel et c’est avec ce tome que je vais d’ailleurs vous mettre un petit encart à partir de maintenant pour vous dire si à chaque fois un roman passe ce test ou pas.

    Mais c’est quoi ce test ? Car on en parle souvent mais peut être que vous ne le connaissez pas tant que cela. C’est un test en trois points :

    1 : Il doit y avoir au moins deux femmes nommées (nom/prénom) dans l’œuvre

    2 : qui parlent ensemble

    3 : et qui parlent de quelque chose qui est sans rapport avec un homme

    Et rendez vous compte que nous sommes sur une saga des années 90 alors que beaucoup de saga de Science Fiction (et pas que dans ce genre) qui ont du mal à respecter ce test!

    « Il paraissait impossible, voire grotesque à première vue que deux jours aient suffi à changer tout ce qu’elle croyait savoir de deux décennies de guerre amère et de millions de morts »

    Mais Honor Harrington, qu’est ce que cela raconte ? Honor Harrington est le personnage principal d’une immense saga de space opera. Nous sommes à bientôt deux millénaires d’une diaspora : Les humains ont émigré de notre Terre natale vers les étoiles voisines. Nous avons trois grandes puissances : la Ligue Solarienne, la République du Havre et l’Empire andermien. Nous suivons Honor qui est au départ capitaine de vaisseau et nous verrons tout au long de la saga l’évolution des trois grandes puissances.

    « On croirait qu’ils veulent qu’on leur mente parce qu’ils en ont l’habitude, ou Bren parce que ça préserve Pan petit confort ou les dispensant de réfléchir « 

    Au moment de ce treizième tome, nous sommes en vrai à la veille d’une guerre entre ces trois puissances. C’est un tome un peu particulier car nous sommes plus dans les intrigues politiques et le personnage d’Honor Harrington est moins mis en valeur. Vous aurez beaucoup d’information à ingérer mais vous aurez aussi beaucoup, beaucoup de réflexion sur la politique. Et c’est en cela que je trouve ce tome particulièrement réussi. Cela promet un tome final très remuant et j’ai hâte de le lire.

    « Le panache, c’était trop souvent le dernier recours de celui qui s’était planté dans les grandes largeur et devait trouver le moyen de sauver ses fesses de ses propres erreurs »

    Promis, quand j’aurai un petit plus de temps, vous aurez les chroniques des précédents tomes car j’ai très envie de vous faire un gros gros point sur la Saga Honor Harrington car je trouve qu’elle est importante pour le Space Opera. En attendant, rien ne vous empêche de lire le premier ! Il s’appelle Opération Basilic

  • Les étoiles sont légion de Kameron Hurley

    Autrice : Kameron Jurley

    Maison d’édition : Le livre de Poche

    Genre : Science-Fiction

    Où trouver ce livre : Clique là

    Je le dis toujours, il y a des livres qui vous marquent par leurs univers, leurs aventures, leurs personnages. Et puis, il y a aussi les livres concept qui réussissent ou pas d’ailleurs. Et, cerise sur le gâteau, il y a, selon moi, les livres à citations. C’est un peu tout cela qui s’est passé avec Nos étoiles sont légion de Kameron Hurley. Cela a été publié chez le Livre de Poche mais aussi chez Albin Michel Imaginaire. Cela a été traduit par un homme : Gilles Goullet et je vous le note parce qu’il a fait un super boulot, ce que vous comprendrez quand je vous raconterai le projet de ce livre.

    Kameron Hurley est une autrice américaine âgée de 44 ans (oui, c’est la minute Wikipédia mais vous verrez, ça va être utile). Elle est romancière, nouvelliste mais aussi essayiste. autant vous dire que lorsque la dame se met à écrire un roman, c’est qu’elle a réfléchi sur le projet. Elle a eu moultes prix dont le Prix Hugo du meilleur écrivain amateur en 2014, le Prix British Fantasy de la meilleur œuvre non fictive en 2017 et enfin deux fois le Prix Ignoto du meilleur roman étranger en 2018 et 2020. Comme je vous le disais, Kameron Hurley est reconnue pour son travail, c’est une autrice très engagée dans le féminisme et elle aborde la Science-Fiction sous un angle féministe et queer.

    Sauf que voilà ! La Science-Fiction et surtout en France, est une chasse gardée des hommes, même si nous, les femmes (je m’inclus car vous verriez certains regards quand je dis que la SF est mon genre préféré) progressons. Si vous voulez en être convaincus, lisez Futur au pluriel : réparer la Science-Fiction de Ketty Steward et vous comprendrez. (On en reparlera dans une autre chronique) Or, les Etoiles sont légion est un roman de Science-Fiction doublement atypique : non seulement il n’est situé ni dans l’espace ni dans le temps mais l’action se situe dans des vaisseaux organiques uniquement habité par des femmes. Je vous laisse imaginer la teneur des chroniques de bon nombre de mes collègues quand ils ont reçu leur service presse. Cela n’a pas empêché le roman d’avoir le prix Locus de meilleur roman de SF en 2018 mais, personnellement, je ne l’ai vu nulle part en tête d’affiche en librairie.

    Commençons par le début : est-ce que l’histoire est bonne ? Jugez par vous même : quelque part dans une galaxie très lointaine en des temps indéterminés… Avouez, ça commence comme un Disney ! Allez un peu de sérieux ! Il y a une armada de vaisseaux organiques dont seule l’armature est faite en métal. Cette armada se nomme la Légion et depuis des décennies, il y a une grande bataille de factions pour s’emparer d’un vaisseau en particulier : le Mokshi car celui -ci a essayé de quitter la Légion. Il n’a pas réussi et depuis, il subit les assauts des autres.

    « C’est la bordure qui nous a brisées. Quand nous l’avons franchie, quelque chose l’a franchi avec nous ».

    Pendant ce temps-là, nous, on assiste au réveil de la Guerrière Zan. Celle-ci a perdu la mémoire. On sait qu’elle est amoureuse, retenue prisonnière dans un vaisseau et que ses habitants prétendent être de sa famille. On sait aussi qu’elle a été recyclée, sans précision aucune, et que cela fait plusieurs fois qu’elle tente d’envahir la Mokshi à l’aide d’un peloton, qu’elle échoue à chaque fois et qu’à chaque fois, elle est la seule survivante.

    « La Guerre fait de nous toutes des monstres. Mais qu’arrive-t-il à celles d’entre nous qui souhaitent cesser d’être des monstres?  » .

    On va commencer par l’intrigue en elle-même. L’autrice ne va pas vous simplifier la vie puisque Zan, le personnage principal, est amnésique. Donc, concrètement, vous serez dans le même état qu’elle : on a un objectif principal qui est de pénétrer et de chercher des informations et des ressources dans la Mokshi. Et il n’y a pas de question à se poser là-dessus pour deux raisons. La principale, c’est que si Zan ne le fait pas, elle meurt. Pardon, elle est recyclée je vous expliquerai cela un peu plus tard. Et surtout, on ne prend pas la peine de lui expliquer parce qu’on veut sûrement lui cacher un quelque chose et, cela fait des dizaines d’années qu’on reproduit ce schéma.

    Toute ressemblance à des situations géopolitiques ou des déclarations publiques actuelles est totalement fortuite, bien entendu. Comment sait-on qu’au cache des choses à Zan ? C’est grâce à la deuxième voix de ce roman : Jayd, l’amante de Zan. Elle n’a pas perdu la mémoire donc on en sait… que ce qu’elle veut bien nous en dire.

    On sait par exemple que le vaisseau sur lequel on se trouve s’appelle le Katazyrma. Il est dirigé par Anat, une vraie despote et seigneure de guerre et Jayd est une de ses filles (On y reviendra aussi après). Ce que veut Jayd , à part garder ses secrets, c’est contrer sa mère, arrêter le cycle des guerres et sauver la Légion. Vu comment elle n’énonce que des demi vérités à chaque fois, on en déduit qu’elle a plutôt utilisé des chemins de traverse. Et si vous vous demandez, vous devrez attendre quasiment le dernier chapitre pour comprendre son plan tordu.

    « Quand au comprend la nature du monde, on a le choix entre deux possibilités : soit en devenir une partie et perpétuer ce système jusqu’à la génération suivante, soit le combattre, le briser, et construire quelque chose de nouveau ».

    Maintenant qu’on soupçonne l’intrigue qu’elle est bien, laissez-moi vous montrer à quel point l’univers de ce roman est fou. Vous le voyez en couverture, on a affaire à des vaisseaux organiques, qui voyagent depuis on ne sait combien de temps. Mais comme tout ce qui est organique, les vaisseaux vieillissent et peuvent tomber malades. Le tout est de comprendre pourquoi.

    « Les mondes naissent et meurent. Mais je ne m’attendais pas à ce que le monde qui meurt soit le mien  »

    On a parlé de filiation tout à l’heure puisque Jayd est la fille d’Anat. On a parlé implicitement de sexualité puisque Jayd et l’amante de Zan. Et je vous ai dit tout à l’heure que c’est un monde peuplé uniquement de femmes. Si vous pensez à une espèce de société ruche, vous brûlez un petit peu parce que l’esprit n’est en rien collectif là dedans. Accrochez-vous à vos petites culottes parce que ça risque de chauffer un peu. Ici, les grossesses ne sont pas sexualisées. Vous pouvez avoir la partenaire que vous voulez, il n’y aura aucun soucis. Par contre, vos grossesses, vous ne les contrôlerez pas sauf si vous vous ôtez l’utérus ou si vous échangez votre utérus avec une autre personne. Quant à ce que produit votre utérus… oui, on peut dire que c’est comme une ruche ou une fourmillière. Votre corps produit ce dont votre vaisseau a besoin et vous ne gardez pas ce que vous accouchez ou vous pouvez accoucher d’une pièce de vaisseau par exemple, ou d’un animal, ou d’une humaine ou encore, chose plus recherchée, d’un monde c’est-à-dire du cœur d’un vaisseau.

    « Ça ne les terrifient donc pas toutes de n’avoir de contrôle ni sur quand ni ce à quoi elles donnent naissance ? Mais c’est normal ici, non ?  »

    Si vous vous demandez s’il y a un message de l’autrice avec ce mode de fonctionnement. Laissez-moi enfoncer une double porte ouverte, j’adore ça. En plus, je viens de lire un essai sur l’Etat des droits des femmes depuis le confinement, autant vous dire que je suis bien au taquet. Certains hommes souhaiteraient garder le contrôle sur la gestion des naissances et de la contraception des femmes et des personnes détenant un utérus, que ce soit dans le monde entier -coucou les Etats-Unis et l’annulation par la Cour suprême de l’arrêt Roe vs Wade le 24 Juin 2022- , en Europe -la fermeture des frontières a causé 1,4 millions de grossesses non désirées- ou en France – on parle de réarmement démographique, on recule comme on peut l’introduction du droit à l’avortement dans la Constitution et on obligeait jusqu’en 2016 les personnes transgenres à subir une stérilisation pour changer d’état civil !

    Certains avanceront que, de toutes façons, les gens et même les femmes ne s’en plaignaient pas avant. Alors pourquoi s’en inquiéter maintenant ? Et bien parce que toutes ces personnes au mieux, encaissaient, au milieu avortaient dans des conditions déplorables et au pire, et c’était souvent le pire, en mourraient. Dans ce roman, les fausses couches et les risques de décès sont plus que fréquents mais cela disparait toujours parce que, quand quelque chose meurt dans ce vaisseau, et bien le vaisseau recycle. On efface les opposants mais aussi les résultats de grossesses non concluants. Mais personne ne dit rien car cela a toujours été comme cela et il n’y a que Zan, cette femme amnésique, donc un regard extérieur, pour le remarquer.

    Qu’est-ce que cela évoque dans la réalité ? Et bien parlons fausse couche. Le sachiez-vous ? 85% des femmes en France peuvent souffrir de maux physiques et psychologiques, pendant le premier trimestre de leur grossesse. 25% des femmes subissent une fausse couche. Cela représente 200.000 personnes chaque année. La fausse couche est banalisée par la médecine parce que c’est fréquent. Mais cela laisse les femmes assez seules dans leur détresse physique, psychiques et émotionnelles. En général, le discours en médecine c’est de se projeter sur la prochaine grossesse. Or, dans le cas de la fausse couche, souvent, la grossesse est désirée, programmée et je ne vous parle pas des injonctions à la maternité qu’on donne aux femmes. Et pour le coup, je ne parle pas des autres personnes qui portent un utérus car vous vous en doutez, on leur met plutôt des bâtons dans les roues. Or, quand on voit une grossesse désirée s’interrompre de manière abrupte par un fausse couche, la personne le vit comme un deuil. Et je vous passe le nombre de témoignages où des femmes ont dû « tirer la chasse » sur leurs embryons. Et on sous-entend régulièrement que s’il y a fausse couche, que c’est la faute de la personne enceinte. Ce n’est que par la loi du 7 Juillet 2023 où on peut obtenir un arrêt maladie sans jour de carence.

    « Je ne trouve pas correct que des femmes donnent naissance à ce dont le monde dit avoir besoin et non ce dont elles ont envie ».

    Un dernier thème pour la route, si vous tenez encore le choc. On va parler de guerre et de prix de la vie. On a affaire ici à des guerrières impitoyables. La valeur de la vie individuelle est, comme vous vous en doutez, pas très élevée. Et pour parvenir à rétablir la balance, à sortir de ce cycle infernal, nos deux personnages principales ne font pas des choses tendres. Mais elles y sont obligées car tous ces vaisseaux, ces mondes, en perpétuant ce mode de fonctionnement, sont en voie d’extinction. Ces femmes pensent œuvrer pour le bien commun : pour les femmes qui ne voient pas qu’il existerait une autre solution, pour les femmes qui ne veulent rien changer, pour les femmes qui aimeraient changer mais qui n’en trouvent pas la force. Mais qu’est-ce qu’on va retenir de Zan et Jayd ? Jayd, celle qui garde la mémoire va être retenue comme la traîtresse. Zan, par contre, tant qu’elle n’a pas recouvert la sienne, a une chance d’être une héroïne

    « On est davantage que la somme de ce qui nous est arrivé ».

    Je m’arrête là, sinon je vais être obligée de vous raconter l’histoire. Et croyez moi, à part vous dépeindre le tableau, vous semer quelques citations marquantes et donné des pistes de réflexion, je ne vous ai rien dévoilé. Je disais tout à l’heure que le travail du traducteur, Gilles Goullet, était impressionnant et c’est le cas. car à aucun moment, il n’a cherché à masculiniser le récit, sinon, il aurait complètement dénaturé cette œuvre. Et pour avoir lu quelques passages en V0, je peux dire que l’esprit a été respecté.

    On a vu il y ‘a deux semaines un roman qui poussait l’inclusivité au maximum avec un Psaume pour les recyclés sauvages de Becky Chambers. L’inclusivité y était vue comme quelque chose d’apaisant. Ici, on pousse les cursus beaucoup plus loin. Nous avons un roman de Science-Fiction sans aucun homme à l’horizon, dans un monde où les hommes ne semblent jamais avoir existé. Cela montre que la violence n’est pas genrée et on le voit dans certaines déclarations de femmes quand on parle de féminisme ou de dénonciations d’inégalités dans le monde, (je vous laisse penser à n’importe quelle affirmation publique récente, ça me fait plaisir). Cela montre que oui, on a un problème de genre actuellement dans le monde mais pas que. On a surtout un problème de stagnation. Chaque avancée contre les discriminations contre n’importe quel groupe de personnes peut être menacé à tout moment.

    Ce n’est pas agréable à se dire ces choses-là, et croyez-moi, mes lectures ont eu un goût particulièrement acide la semaine dernière. Un roman comme Les Etoiles sont légion aurait mérité un meilleur accueil en France. On a aucun mal à faire des émissions, des articles, des podcasts sur des auteurs dits classiques, masculins et blancs. Et je suis la première à les lire, à les regarder ou à les écouter, je fais aussi partie quelque part de ce système. Mais quand il y a des romans qui osent à ce point, qui nous font réfléchir tant à notre présent qu’à changer notre vision de l’avenir, on devrait leur laisser la place et les mettre en valeur, tout simplement.

  • Cartes sur table de Agatha Christie

    Titre : Cartes sur table

    Saga : Hercule Poirot

    Numéro de tome : 13

    Autrice : Agatha Christie

    Traducteur : Alexis Champon

    Maison d’édition : Le Masque

    Genre : Policier

    Où le trouver : ici

    Nous sommes à la fin du mois et c’est la première fois que vous verrez sur ce blog le petit Agatha Christie du mois. Pour ceux qui vont découvrir, il s’avère que je suis le Podcast d’Agatha Crimstie. Et ce podcast lis un livre de cette actrice par mois et je vous invite vraiment à le découvrir. Pour le mois de Février, on parcourt le treizième tome de la saga Hercule Poirot, dénommé Cartes sur table.

    Qu’est-ce que cela raconte ? M. Shaitana est un homme très intriguant et mystérieux. Il a des airs de Mephisto. Il décide d’inviter 8 personnes À dîner : Quatre spécialistes du crime et quatre personnes qui, selon lui, ont commis un meurtre mais ne se sont jamais fait prendre. Or, au cours de la partie de bridge qui a suivi le repas, l’un des invités l’a poignardé

    Commençons par les enquêteurs qui sont tous différents : le premier est celui que vous attendiez tous : Hercule Poirot. C’est lorsque M. Shaitana le rencontre qu’il a eu l’idée de ce dîner. Nous le connaissons par cœur : tout dans les cellules grises. Il va poser les questions qui dérangent et qui nous paraissent un peu farfelues et nous fera le coup de la réunion finale. Ariane Oliver : c’est une actrice de romans policiers. Elle a l’air d’être une féministe engagée. Qui plus est, elle dit elle même qu’elle fait tout à l’instinct. Ce sera l’élément chaotique de cette enquête. Le Colonel Mace est l’homme de l’ombre. Il est réputé faire partie des services secrets. C’est lui qui va enquêter sur le passé des suspects. Enfin, le chef de la police Battle. C’est un enquêteur assez tenace qui se fait passer plus bête qu’il ne l’est. C’est le liant de cette enquête et nous avons déjà eu l’occasion de le rencontrer dans d’autres livres d’Agatha Christie.

    Évidemment, nous avons des suspects : ceux qui étaient présents dans la pièce et au moment du meurtre de M. Shaitana. Et ces quatre personnes sont des meurtriers impunis selon la victime. Tout d’abord, il y a le Docteur Roberts. Il aurait peut-être tué un de ses patients pour l’amour de sa femme. Ensuite, Mme Lorrimen, la soixantaine, est une joueuse de poker professionnelle. Le Major Despard est lui un explorateur aventurier mais il y a peut être eu une mort suspecte pendant un de ses voyages. Enfin, il y a Miss Meredith, une jeune femme timide, émotive et d’apparence angélique : rien ne laisse supposer qu’elle ait pu commettre un meurtre.

    Cette enquête est difficile car nous soupçonnerons ces quatre personnes d’avoir déjà commis un meurtre. Et la seule personne à l’avoir deviné est M. Shaitana. Par conséquent, ces quatre protagonistes ont une sérieuse raison d’assassiner la victime. Qui plus est, elles sont seules avec lui dans une pièce au moment des faits. On ne peut donc faire confiance en leur déposition. Est-ce un acte isolé ? Un acte prémédité ? Là est le cœur du mystère et toute la difficulté de le résoudre.

    Notre quatuor d’enquêteurs, pour découvrir le meurtrier vont devoir d’abord déterminer quel est le crime qu’elles ont commises et qui a tué au final M. Shaitana. Je peux vous dire que je me suis bien pris la tête avec ce roman et j’ai aimé cela. Que ce soit ce meurtre où tout le monde avait une bonne raison d’assassiner la victime, ou les quatre manières différentes d’enquêter. J’aime aussi quand Hercule Poirot n’est pas toujours au premier plan : cela apporte un centaine vent de fraîcheur à la saga.

    Pour le reste ? Si vous désirez avoir l’avis de Delphine, Greg et de leur invité du mois ou si vous voulez en savoir plus sur les adaptations et la place de ce livre dans la vie de l’autrice, foncez écouter l’épisode d’Agatha Crimstie : il vient juste de sortir