Du thé pour les fantômes de Chris Vuklisevic

Titre : Du thé pour les Fantômes

Auteur : Chris Vuklisevic

Maison d’édition : Editions Denoël

Genre : Fantastique

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Cela faisait quelques temps que je n’avais pas fait de lecture commune, et puis Corentin a fait sa liste pour le mois de février. Dedans, il y avait Du thé pour les fantômes de Chris Vuklisevic et publié chez les éditions Denoël. Et Chris Vuklisevic, c’est une autrice que je ne connaissais pas, mais, par contre, le livre était dans ma Pile à lire depuis quelques temps déjà. Et du thé pour les fantômes, cela raconte quoi ? C’est l’histoire d’Agonie, une sorcière, et de Félicité, une passeuse, qui sont sœurs et qui ne se sont pas parlées depuis des années. Sauf que leur mère, Carmine décède et on ne retrouve pas son spectre. Les deux sœurs partent donc à sa recherche en découvrant en même temps la vie de leur mère. Quant à nous, nous écoutons leur histoire dans un salon de thé. Cela a l’air tout doux, cosy ce roman. Et il semble se lire tout seul. Mais il cache pas mal de petites choses au point que, un mois après sa lecture, j’en suis encore marquée. Et si on allait voir pourquoi ?

Quand on me demande à quel univers Du thé pour les fantômes, j’oscille entre deux sagas, l’une française et l’autre anglo-saxonne : les sœurs Carmines d’Ariel Holtz pour le côté un peu décalé et les relations entre sœurs, même si ici elles sont différentes et les Désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire de Lemony Snicket pour le ton et le narrateur un peu mystérieux. Vous ajoutez cela un cadre un peu particulier qui est un salon de thé pour les fantômes, une agence de détective spécialisée dans le surnaturel mais aussi l’arrière-pays niçois et le désert d’Almeria. Donc on peut se dire, tiens : Cela va être un roman gothique mais au final, on est en pleine Provence, avec le bruit des cigales. Donc totalement décalé. Et ajoutez à cela le fait qu’on va partir à la chasse aux spectres, mais aussi dans la dégustation de thé. Si vous vouliez une ambiance unique, c’est vraiment pour vous.

On le sait dès le début, on va explorer les liens familiaux. Le narrateur est là pour vous raconter pourquoi un village a été entièrement déserté et que pour savoir cela, il faut commencer par le jour où Félicité a appris la mort de sa mère, Carmine, et que pour retrouver son spectre, elle a fait appel à sa sœur Agonie, une sorcière, avec qui elle n’a pas échangé depuis des années. Et c’est de cette dispute qu’est né un événement dans le village. Carmine, elle vivait dans une bergerie et elle a eu des jumelles et, de suite, on sent qu’elle n’en voulait qu’une. Son mari meurt le même soir, mais on n’en reparle quasiment pas. Apparemment, Carmine, elle a toujours rejeté Agonie et était super envahissante avec Félicité et avant d’arriver dans le village… et bien on ne sait rien. Et c’est ce premier truc qui arrive, c’est que les deux sœurs vont se rendre compte que leur mère a eu une vie avant et que cela avait l’air d’être un peu la vida loca. Alors, comment cela se fait-il qu’elle s’est enfermée dans une bergerie et surtout pourquoi a-t-elle eu un comportement aussi différent avec ses deux filles ? C’est un peu ça le moteur du livre, mais pas que.

Comme je vous le disais, on commence le roman avec le point de vue de Félicité. C’est une femme assez effacée et assez dévouée à sa mère, qui a l’air d’avoir un peu perdu la tête. On sent la femme prisonnière, qui suit littéralement le comportement toxique de sa mère. On dit qu’elle s’habille en gris et qu’elle vit seule à faire du thé. Et qu’elle va voir régulièrement sa mère en haut de la montagne. Elle est partie faire des études mais pareil, a tout arrêté pour elle. Au-delà de la mort, c’est elle qui initie cette enquête pour retrouver son fantôme. Quant à Agonie. C’est une femme brisée. Elle est dépeinte adulte comme une vieille sorcière. Avec presque pas de cheveux et très laide, alors que, quand elle était jeune, elle était magnifique. Agonie a été fortement maltraitée par sa mère. Son seul moyen de sociabiliser, c’est sa sœur, mais celle-ci n’est pas toujours disponible.Et puis, elle n’a pas pu aller à l’école. Enfin, elle a aussi été agressée par les gens du village. Maintenant, elle vit recluse, totalement, et ne revient que parce que sa sœur le lui demande. Ces symptômes physiques, c’est la visualisation de la maltraitance qu’elle a subie et c’est ce qu’Agonie nous montre : une personne qui n’est pas soutenue par son environnement proche est détruite de l’intérieur et elle nous montre les effets à l’extérieur. Et, ce n’est pas parce que certaines choses changeront qu’elle sera guérie, comprenez transformée de nouveau en belle femme. Elle va garder son physique de sorcière, mais sa manière de vivre va changer. Elle va apprendre, par exemple, à orienter ses pouvoirs sans leur côté destructeur.

Et c’est en voyant l’histoire à travers de ces deux sœurs, on voit le thème principal qui nous saute à la figure : les traumatismes, qu’on se refile de générations en générations et comment briser ce cercle. Je sens qu’il va falloir un exemple pratique, alors accrochez-vous. Réfléchissez, dans le cadre de votre environnement familial, au schéma, une habitude qui se transmet. Par exemple, chez moi ! Mes grands-parents ont découvert la télévision et ils ont commencé à regarder le fameux JT de 20 heures. Oui, je prends volontairement une habitude anodine. A l’époque, cela allait très bien parce que la famille mangeait à 19 heures. Mais, avec la génération suivante, celle de mes parents, on ne mangeait plus vers 20 heures. On a pris donc l’habitude de manger devant la télévision et d’enchaîner avec le film et la série sur la même chaîne. Sauf que, pour communiquer en famille, ce n’était pas top. En en discutant avec ma mère quand j’ai eu mes propres enfants, j’ai pu déceler pourquoi on avait eu un manque de communication que je n’appréciais pas forcément de regarder un écran le soir et que c’est parce que j’associais ce moment à un moment sans communication. Résultat : avec mes ados et mon compagnon, on mange à table en semaine pour papoter de tout et de rien et le week-end, on le consacre à trouver un film ou une série que l’on a choisi de regarder ensemble. On garde le fait de regarder de temps en temps un programme ensemble, mais avec une période aménagée aussi pour communiquer. Appliquez ce principe avec l’histoire de Carmine et de ses filles et vous voyez le roman se dérouler. Carmine a eu un comportement toxique avec ses filles et c’est en comprenant son passé qu’Agonie et Félicité, avec l’aide d’un autre personnage apportant un vécu différent, qu’elles sortiront de ce cycle.

Et comme tous les romans parlant de sujets profonds et d’évolution des personnages, il va changer avec vous. Comprenez que vous en aurez une vision totalement différente selon l’âge ou l’humeur que vous le lirez. Selon aussi votre histoire familiale ou vos traumatismes personnels aussi. Cependant, ce roman garde un ton étonnamment léger malgré les sujets traités assez lourds. On parle tout de même de maltraitance, de rejet et de construction de soi. Et ce ton particulier, c’est grâce au choix du narrateur qui est une personne tierce à l’histoire. Cela permet d’avoir un filtre par rapport aux tristes événements racontés, mais sans dénaturer le récit. C’est ce que j’aime dans ce roman ainsi que la manière dont il se finit sur une fin ouverte, comme la vie, en fait.

C’est pour toutes ces raisons que Du thé pour les fantômes est un livre qui marque. Pas parce qu’il a des twists de fou. C’est un roman qui suit des cheminements de vie. C’est plutôt un récit d’ambiance, en fait, d’introspection et dans un ton vraiment unique. Pour moi, c’est un livre à lire mais aussi à relire, de temps en temps quand on a besoin de se replier sur soi.

Si vous avez aimé ce roman, vous aimerez aussi !

  • La saga des sœurs Carmines d’Ariel Holzl pour le côté sororité et l’ambiance, car on va suivre la vie de trois sœurs dans un univers très gothique.
  • Qui a peur de la mort de Nnedi Okonafor pour la transmission héréditaire des traumatismes et comment en sortir.
  • Mordre le Bouclier de Justine Niogret où l’héroïne tente de se reconstruire en marquant une rupture nette avec son passé.
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2 réponses à « Du thé pour les fantômes de Chris Vuklisevic »

  1. Avatar de clairemielcarek
    clairemielcarek

    Ca donne vraiment envie de le lire, très chouette chronique !

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  2. Avatar de mielou35
    mielou35

    Une super chronique qui m’a vraiment donné envie de lire ce livre ! Je ne connaissais pas du tout !

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