• Le livre de M de Peng Sheperd

    Titre : : Le livre de M

    Auteur : Peng Sheperd

    Maison d’édition : Le livre de poche

    Genre : Science-Fiction

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    Je vous le disais Mercredi en podcast avec la citation du livre de la Guilde des queues de chats morts de P. Djeli Clark,  » On compose parfois étrangement avec la mémoire d’un traumatisme ». Et Eveen, notre héroïne, est amnésique. Elle ne se souvient de rien avant sa perte de mémoire et son double ne comprend pas tout de suite ce qu’elle ressent. Elle cherche à se retrouver dedans. Je me posais la question, pendant ma lecture, qu’est-ce que cela fait de perdre la mémoire ? Est-on vraiment attaché à nos souvenirs.? Et à quel point notre nous profond se situe dans la mémoire ? Qu’est-ce qui est prêt à sacrifier pour la garder, l’effacer ou la récupérer ? C’est dans le livre de M. de Peng Sheperd, publié chez le Livre de Poche depuis 2022, et c’est traduit par Sylvie Homassel.

    Le Livre de M, ça raconte quoi ? Un jour, en Inde, un homme perd son ombre et les scientifiques n’arrivent pas à l’expliquer. Quelques jours plus tard, il perd progressivement la mémoire. Cet homme s’appelle Hemu. Et le phénomène s’étend jusqu’à devenir mondial. Max et Ory sont montés et se réfugient dans un hôtel abandonné. Ils retrouvent un semblant de vie normale, sauf que Max perd son ombre.

    Perdre son ombre, voilà qui est effrayant. Alors que Bon… Vous vérifiez, vous, que vous avez encore votre ombre tous les matins ? L’ombre a une symbolique forte ! Elle est le prolongement de notre corps, alors notre imaginaire l’associe à l’âme. Si on prend le mythe de la caverne de Platon, l’ombre symbolise l’illusion. Dans le taoïsme, l’ombre est synonyme de sagesse. C’est aussi le symbole de notre individualité car on ne peut pas donner notre ombre. C’est un peu le symbole de notre inconscient. Donc, si on pend son ombre, on perd la mémoire. Qu’est-ce qu’il reste de nous quand le souvenir s’éteint ?

    La mémoire comme identité

    Vous l’avez deviné, dans le livre de M, on va parler de la mémoire de manière très individuelle, car on va se demander quelle part de nous il y a dans notre mémoire. La perte de mémoire dans ce livre est très particulière car oui, quand les gens perdent leur mémoire, ils deviennent dangereux, pour eux comme pour les autres. Si vous oubliez de vous nourrir, par exemple, ou de boire. Si vous oubliez comment ouvrir une porte. Si vous oubliez comment conduire alors que vous êtes au volant. Si vous oubliez que la personne en face de nous est celle que vous aimez, alors qu’elle se penche pour nous enlacer. Celles et ceux qui ont vécu l’expérience d’un membre de votre famille atteint de démence sénile ou d’Alzheimer, vous voyez tout de suite à quelle sensation je fais écho. Sans la mémoire, on a l’impression que la personne nous file entre les doigts.

    Pour savoir, je me suis tournée vers un philosophe : John Locke (1632 -1704). Cela m’est venu, pour être totalement transparente, par lecture de la biographie de Denis Diderot où j’ai appris qu’il avait traduit du John Locke. C’est une pointure de la philosophie britannique du XVIIe siècle et figurez-vous qu’il a marqué la pensée moderne avec sa théorie de la connaissance et de la mémoire comme fondement de l’identité personnelle. Et cela nous arrange ici. Chez Locke, une personne, c’est un être pensant qui se reconnaît comme unique à travers la variation de temps et de feux. Selon lui, il n’y a pas de perceptions inconscientes donc vous virez tout ce que vous savez, son Freud par exemple. Dans ce cadre, la mémoire, c’est la capacité de faire passer les perceptions passées aux perceptions présentes. Donc la mémoire fonde notre identité personnelle. Ainsi, le corps n’a pas d’importance. Si Locke vivait à notre époque, il considérerait par exemple que si l’on transfère notre mémoire dans une machine, nous devenons la machine et elle est nous. Qu’est -ce qui se passe alors si on oublie totalement ou une portion de notre vie ? C’est là que cela devient intéressant il dit que non, si l’on oublie une portion de sa vie, alors ou n’est pas la personne qui a fait ces actions ou qui a eu ces pensées. Donc là, il refait la distinction entre une personne et un individu : ce n’est pas la même personne car on n’a pas conscience d’avoir réalisé ces actes ou d’avoir eu ces pensées. Par contre, on est bien l’individu qui les a réalisées. De quoi vous donner des nœuds au cerveau. Mais cela montre bien la peur d’Orry quand il se rend compte que Max, sa femme, perd son ombre, il pense qu’il va la perdre. Et Max part pour qu’Orry ne la voie pas devenir quelqu’un d’autre. Il n’y a donc aucun espoir ?

    Demandons à Ricoeur, un autre philosophe du XXème siècle. Ricœur, il dit que ce ne sont pas nos actions qui font que nous avons une identité personnelle, mais c’est la manière de nous raconter. Selon lui, il y a un récit de notre personne qui intègre notre être et les événements qu’il vit ou se remémore. Selon Ricoeur, donc, Orry reste important car tant qu’il peut raconter Max, sa personnalité reste. D’ailleurs, il a cette idée de demander à Max de s’enregistrer pour qu’elle puisse se raconter à elle-même. Et Leibniz, un autre philosophe du XVIIème siècle, est d’accord avec cette idée parce qu’il dit que les autres peuvent t’aider à reconstituer ton identité. Ainsi, si Max décide de quitter Orry, elle renonce ici à une part d’elle-même, elle changera. Comme lorsqu’on décide de changer d’environnements d’ailleurs. D’un autre côté, on peut être influencé par des événements extérieurs, ce que l’on voit dans l’effet Mandela par exemple. Cela désigne les souvenirs partagés collectivement mais de manière enjouée. Et cela vient du fait que la croyance répandue selon laquelle Nelson Mandela serait mort en prison, Alors qu’il a été président après sa libération. La psychologue contemporaine Elizabeth Loftus a montré que nos souvenirs peuvent être modifiés par de nouvelles informations. Et dans le roman, Peng Shepard, elle le matérialise parce que si une personne oublie qu’une maison a des portes, et bien les portes disparaissent dans les alentours. Ce qu’on voit ainsi dans le livre de M et en piochant chez vos philosophes, c’est que la mémoire, ce n’est pas qu’une mécanique neuronale, c’est un lien entre soi et le monde. Comment la récupérer alors ?

    Les objets, des porteurs de mémoire

    Dans le livre de M, Max rencontre un groupe de personnes qui tentent de trouver une solution à la Nouvelle-Orléans. Or, c’est un groupe de sans-ombres. Comment ne pas oublier l’objectif ? Déjà, ils se le rappellent constamment, mais ils décident de dessiner sur le bus où ils sont leur objectif. Parce qu’ils vont oublier comment lire, donc oubliez les post-its : Max a un appareil qui enregistre sa voix, mais si elle oublie, comment cela fonctionne ? Quand la mémoire personnelle fait défaut, il faut faire appel à la mémoire collective et dans le livre de M, ils en parlent avec la mémoire des éléphants. Et genre, les éléphants auraient un super pouvoir de la mémoire. Cela m’aurait beaucoup interpellé car je l’avais déjà lu dans Défense d’extinction de Ray Nayler. C’est quoi cette histoire avec la mémoire des éléphants ?

    Ce que l’on sait, c’est que des éléphants d’Afrique sont capables de reconnaître des individus humains qu’ils n’ont pas eus depuis 13 ans via l’odorat, la vue ou le son. Ils savent aussi mémoriser des trajets vers des points d’eau sur plus de 50 km, mais aussi quels sont les lieux amis ou ennemis, comme les zones de braconnage. Est-ce une mémoire collective ? En fait, les groupes d’éléphants sont menés par des groupes de matriarches qui enseignent aux plus jeunes. Ils détiennent une mémoire sociale culturelle, même si cela n’a pas été formalisé expressément dans les études scientifiques, mais c’est un apprentissage social très fort. Et on n’a pas non plus de vision globale car les études se concentrent toujours sur des petits groupes. Mais la question reste ouverte. La mémoire des éléphants n’est pas une sorte de conscience partagée, mais cela démontre un processus de mémoire transgénérationnelle, c’est à dire la mémoire culturelle.

    Et en fait, on faisait cela depuis bien longtemps. En effet, dans les cultures orales, la connaissance se transmet !
    – Par les Anciens, dépositaires de la sagesse du groupe.
    – par l’observation, la participation et la répétition
    – Et enfin le récit collectif qui sert à la fois de mémoire et de lien social.
    Et on dit qu’on perd un peu cela avec l’écriture qui a permis de conserver et de fixer le savoir. D’un autre côté, cela détache la mémoire du corps, de la voix, du collectif. En fait, le livre de M pose la question : si on ne peut plus se baser sur l’écrit entièrement pour forger notre mémoire, comment fait-on dans une société profondément individualiste? Et il y a tellement de choses à retenir que, comment peut-on faire pour retenir des choses sans passer par l’écrit ? Sans passer par des supports comme internet, par exemple ? Comment se retrouver alors ?

    Disparaître par oubli, renaître par réminiscence.

    Dans le livre de M, on pense que la perte de mémoire conduit à la disparition, soit la mort symbolique de l’identité. Toutefois, Max démontre, par son voyage, qu’elle continue à se construire et même à se reconstruire avec des bribes de son identité et en faisant de nouvelles expériences, de ressentir de nouvelles émotions en créant de nouveaux liens.

    En effet, si on souffre d’amnésie, cela veut dire qu’on meurt ? Locke vous dirait que oui, mais Ricoeur nous dit que non : l’identité n’est pas figée. Elle se raconte à nouveau. Ainsi, et on le voit avec un de nos personnages, l’amnésie est une renaissance. C’est un recalibrage mais est-ce un reboot complet ? Les neurosciences se sont penchées dessus, figurez-vous. Ils montrent que l’amnésie n’efface pas toutes les formes de mémoire. Alors oui, la mémoire épisodique est atteinte. Ce sont les souvenirs personnels. Mais la mémoire procédurale, comme le savoir-faire, les gestes, perdurent. Vous savez Qu’il y a un exemple célèbre ? C’est Clive Wearing, un chef d’orchestre britannique est atteint d’amnésie totale. Il ne se souvient de rien au-delà de 30 secondes, mais il sait jouer du piano et reconnaît affectivement sa femme. Alors oui, il ne sait pas comment elle s’appelle, mais il sent qu’il l’aime. La personnalité ne se définit pas par la mémoire déclarative, donc non, si je transfère ma mémoire dans une machine, la machine ne devient pas moi. Une personne amnésique ne devient pas une autre personne au sens métaphysique, mais une autre version d’elle-même, toutefois sans les repères qui structurent son histoire. L’oubli n’est pas une fin, c’est la possibilité d’un autre commencement.

    La mémoire du monde.

    Ce que le livre de M parle en fait, ce n’est pas la fin d’une personne mais la fin d’une civilisation. Car perdre de mémoire devient contagieux. Et cela, on l’a connu tout au long de l’Histoire et en fait, on reste nostalgique des anciennes civilisations, personne n’avancera. La vraie question, c’est surtout qu’est-ce qu’on va en faire ? Dans le Livre de M, on parle d’un monde sans repères et l’autrice se demande comment on peut faire pour s’en construire de nouveaux pour survivre en fait. Sans mémoire, on se rend compte qu’il n’y a plus de futur car on perd ses racines. Il faut trouver un moyen d’utiliser ce qui nous reste pour rester stable et avancer. Il ne faut pas oublier les leçons du passé et si on détruit les sources, il en restera quand même une part en nous. Intéressant, Non ?

    Aussi, que lire après Le livre de M ? 

    • Pour explorer la dynamique de mémoire en tant que repère par le biais de la mémoire des éléphants, je vous conseille Défense d’extinction de Ray Nayler
    • Mais, quand la mémoire devient trop lourde pour une personne, est-il possible de la partager pour aller mieux ? C’est ce que tente de répondre Rivers Solomon via Abysse.
    • Et pour parler d’ombres, vous connaissez Peter Pan ? de James Matthiew Barry.

    Une espèce en voie de Disparition J'ai un livre pour toi

    Le Vendredi, c'est chronique ! Je reviens avec vous sur un livre en particulier dans un format semi court pour vous donner envie ou pas de le lireTitre : Une espèce en voie de disparitionAuteur : Lavie TidharMaison d’édition : Le BélialGenre : Science FictionOù trouver le livre :https://belial.fr/legacy/a/lavie-tidhar/une-espece-en-voie-de-disparitionSi vous désirez déposer un commentaire sur la chronique, vous pouvez tout à fait le faire sur les réseaux sociaux : https://linktr.ee/koreminaldi ou tout simplement sur le répondeur de Vodio. Je me ferai un plaisir de vous répondre : https://www.vodio.fr/repondeur/1802/ ou en déposant votre fichier MP3 sur jaiunlivrepourtoi@gmail.comPour me retrouver sur les réseaux, c'est par là : https://linktr.ee/koreminaldiRetrouvez mes chroniques livresques sur le blog : https://jaiunlivrepourtoi.fr/Générique : Pitfall de Arthur Benson https://youtu.be/52SDMRNIGcM?si=OEo9m3wlAHmocLKpLe logo est une création de Shirayukisan et vous pouvez lui faire ses commandes ici : https://shirayukisancommissions.carrd.co
    1. Une espèce en voie de Disparition
    2. Qu'est-ce qu'on lit ? S01EP24
    3. Roman de Ronce et d'Epine
    4. La course au mouton sauvage
    5. Qu'est-ce qu'on lit le lundi ? S01EP23
  • Titre : Gidéon la neuvième

    Auteur :Tamsyn Muir

    Maison d’édition : Actes Sud

    Genre : Science-Fiction – Fantasy

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    Il y a des bouquins qui marquent votre imaginaire. Vous vous disiez que cela n’existait pas forcément. Pas à ce point là. Et c’est comme cela qu’en discutant un peu autours de vous, on vous dit qu’en fait, cela existe. Et c’est Gidéon la neuvième de Tamsyn Muir. et c’est paru chez Actes Sud. On est dans un empire interstellaire, dirigé par une sorte d’empereur immortel et promis, vous n’êtes pas dans Warhammer 40K On suit Gidéon Nav, une orpheline qui est élevée dans la sinistre neuvième maison. Elle rêve d’échapper à cette planète pour rejoindre l’armée. Mais la nécromancienne Harrow la force à devenir son épéiste personnelle dans une épreuve organisée par l’Empereur; Sauf que sur la planète où elles débarquent, après avoir résolu une ou deux épreuves, un meurtre est commis. Et de science-fiction, fantasy, on passe à un huis clos.

    Gidéon a été écrit pas une autrice du nom de Tamsyn Muir. Elle est née en 1985 et elle est Néo-Zélandaise. Au départ, elle n’était pas destinée à l’écriture puisqu’elle a obtenu un diplôme en éducation en 2010 mais voilà, la même année, elle fait un stage d’écriture spécialisé pour la science-fiction et la Fantasy. La saga du Tombeau Scellé, c’est son œuvre, pour le moment. Et c’est un univers qui mêle la science-fiction, la fantasy, l’horreur avec beaucoup d’humour noir. Son petit plus, c’est que les personnages, même sec ondaires sont très travaillés. Pour le moment, on a Gidéon la neuvième, le premier tome. Suivi de Harrow la Neuvième pour terminer par Nona la Neuxième parue en 2022. La quatrième tome est annoncé mais pas encore publié. Elle travaille maintenant et vit à Oxford, au Royaume Uni.

    Pourquoi ce livre est considéré comme un OVNI ? Et bien le ton est totalement décalé. On est sur du gothique très sombre, dans un environnement très religieux, très solennel avec des gros enjeux galactiques. Sauf que la narratrice, c’est Gidéon qui est une soldate lambda qui préfère astiquer son épée et regarder des livres pornos. Gidéon prend par sa narration les caractéristiques typiquement masculins, sans les grands idéaux de fantasy en même temps. C’est à la fois anachronique et cela bouscule la vision féminine d’une héroïne. Et pas que cela en fait, puisque l’autrice nous mélange trois genres littéraires dans la même histoire :

    • de la SF spatiale puisqu’on a neuf maisons qui sont sur des planètes différentes.
    • De la fantasy nécromantique mais qui ici sert de carburant pour de la technologie.
    • Un mystère en huis clos.
    • Et le petit plus, on a aussi un roman assez gothique et queer en même temps.

    Et pourtant, on va à la fois rire, explorer des relations de manière très profondes et en prime, on va parler d’idéaux de fantasy comme la loyauté, l’initiation. C’est simple, dès que vous commencez à caser ce livre dans une case, l’autrice vous démontre qu’il n’y entrera pas. Mais si vous voulez, on peut essayer.

    On est dans un univers de Science-Fiction. La première scène, c’est bien Gidéon qui attend une navette spatiale pour quitter la planète de la neuvième maison. Sauf que le carburant, ce n’est pas de l’essence mais bien le traitement d’âmes. Et pareil, les serviteurs ne sont pas des robots comme beaucoup de romans de SF mais des squelettes. Pareil, les épreuves qu’on voit sont quasiment toutes dans des laboratoires scientifiques mais il faut ce que l’on comprend être de la magie nécromantique pour y arriver. Gidéon se bat à l’épée et non avec un pistolet par exemple. Et tous les métaux semblent être recyclés sur des armes antérieures. On peut contacter d’autres planètes par défauts mais on aura plus vite fait d’obtenir des renseignements en pratiquant un sort sur une goutte de sang. Le progrès technologique n’est plus scientifique, il en devient mystique en fait. Donc est ce encore de la Science Fiction ou alors de la fantasy ?

    Et bien, on a un parcours initiatique avec des épreuves. On est dans une sorte de compétitions entre magiciens et le vainqueur deviendra un Lyctaire. Chaque mage a un champion pour le défendre aussi. Et le lien entre mage et champ ion est très ritualisé; On a une quête de pouvoir en fait. Et c’est vraiment un truc que l’on voit en fantasy. Mais là aussi, le genre est détourné. Franchement, ne prenez pas Harrow, la mage de Gidéon pour une sage. Elle tente de tuer Gidéon très régulièrement pendant les épreuves. Et si elle pouvait éliminer tout le monde et pas à la loyale, elle le ferait. On ne sait jamais si elle dit la vérité ou non non plus. D’ailleurs, Gidéon ne connaît pas les enjeux pour devenir Première cavalière de Harrow et elle lui force la main. De plus, Harrow ne fait pas ces épreuves pour l’élévation de l’esprit mais on ne sait pas bien si c’est une quête de savoir ultime ou tout simplement pour sauver sa maison. Dès que vous pensez Fantasy, l’autrice va vous dégommer les idées reçues à ce sujet.

    Un roman gothique alors ? C’est vrai qu’avec la nécromancie, on est bien dedans. Et puis le lieu de l’épreuve est un château un peu bizarre et décrépis. Il y a des esprits partout, les serviteurs sont des squelettes ambulants et il y a évidemment des pièces où on ne peut pas entrer sans résoudre des énigmes. Il y a une certaines fascination pour la mort en fait dans ce roman puisque la mort elle même des personnes devient un carburant. Chaque maison réagit un peu comme un couvent mortuaire et tout le monde est ultra méfiant vis à vis de l’autre. Et pourtant, pour s’en sortir, il va peut être bien falloir s’allier. Sauf que Gidéon, elle casse le côté couvent mortuaire, elle sympathise avec des gens et elle plaisante même avec les jeunes. Elle préfère lire et tenir compagnie à une malade plutôt que d’aller courir tout le temps après Harrow et l’aider.

    En fait, ce roman, c’est un peu le corps de la créature de Frankenstein. L’autrice a pris des bouts qu’elle aimait dans un genre ou dans l’autre et elle nous a refait un roman. Et chaque genre mange l’autre pour rester un peu sur le thème de la nécromancie. Cela en devient harmonieux, très facile à lire puisque c’est un véritable page turner mais votre esprit se demande quand même tout du long ce qui ne va pas. Parce que l’histoire, c’est aussi un huis clos et dedans, il y a un meurtrier qui cette fois ci ne s’en prend pas forcément aux personnes lambdas mais bien aux mages et à leurs chevaliers. Et dans quel but ? C’est ça le vrai moteur du roman en fait. Parce qu’on a bien une quête principale qui est de réussir les épreuves. Et on ne peut pas quitter ce lieux sans cela. Et avec ces meurtres, on a une certaine tension psychologique qui nous pousse à être toujours en alerte.

    Et le ciment de tout cela, c’est la relation entre Harrow et Gidéon. On sait qu’elles ont été élevées ensemble mais on ne sait jamais si elles s’apprécient puisque si elles pouvaient s’éliminer, elles le pourraient. Et pourtant, elles se surnomment patate très régulièrement. Chaque épreuve les amène à se raconter un secret. Et chaque secret révélé donne une autre vision de leur relation. Cette quête en devient totalement existentielle en fait. Ces deux héroïnes, de plus, ne sont pas transformées par ces épreuves, elles se révèlent l’une à l’autre. Elles se mettent à nu. C’est en s’acceptant mutuellement qu’elles y arriveront et c’est peut être bien cela le message fort de ce bouquin.

    Et tout cela dans un univers hyper malsain car c’est un monde de morts. Apparemment, l’empereur est lui même un être ressuscité. On utilise la génétique mais aussi la nécromancie pour composer la population des différentes planètes. La neuvième planète n’est qu’un tombeau, d’où le nom de la saga. Alors que les autres maison ont un rôle plus politique d’ailleurs. Cela fait que Harrow et Gidéon sont mise à l’écart. Elles font peur aux autres par la réputation de leur maison sans que Gidéon ne s’en rende entièrement compte de suite car elle est née là bas. De même, Gidéon et Harrow ne comprennent pas l’Empire car elles sont totalement ostracisées. Et nous, on se rend compte que pour les autres, ce sont des fanatiques religieuses. Alors que, lorsqu’on connaît Gidéon, elle est tout sauf cela. C’est une punk.

    Aussi, que lire après Gidéon la neuvième ? 

    • Le livre de M de Peng Sheperd pour le côté un peu SF Mystique
    • Harrow la neuvième de Tamsyn Muir car je veux savoir la suite !
    • Le goût de l’immortalité de Catherine Dufour pour cette vision de l’immortalité

    Une espèce en voie de Disparition J'ai un livre pour toi

    Le Vendredi, c'est chronique ! Je reviens avec vous sur un livre en particulier dans un format semi court pour vous donner envie ou pas de le lireTitre : Une espèce en voie de disparitionAuteur : Lavie TidharMaison d’édition : Le BélialGenre : Science FictionOù trouver le livre :https://belial.fr/legacy/a/lavie-tidhar/une-espece-en-voie-de-disparitionSi vous désirez déposer un commentaire sur la chronique, vous pouvez tout à fait le faire sur les réseaux sociaux : https://linktr.ee/koreminaldi ou tout simplement sur le répondeur de Vodio. Je me ferai un plaisir de vous répondre : https://www.vodio.fr/repondeur/1802/ ou en déposant votre fichier MP3 sur jaiunlivrepourtoi@gmail.comPour me retrouver sur les réseaux, c'est par là : https://linktr.ee/koreminaldiRetrouvez mes chroniques livresques sur le blog : https://jaiunlivrepourtoi.fr/Générique : Pitfall de Arthur Benson https://youtu.be/52SDMRNIGcM?si=OEo9m3wlAHmocLKpLe logo est une création de Shirayukisan et vous pouvez lui faire ses commandes ici : https://shirayukisancommissions.carrd.co
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    4. La course au mouton sauvage
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  • Livre de Ménilmonée de David Catuhe

    Titre : Ménilmonée

    Auteur : David Catuhe

    Maison d’édition : Auto édition

    Genre : Science-Fiction – Fantasy

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    Ces dernières semaines, nous avons vu l’évolution dans l’écriture de David Catuhe avec sa première saga d’Illuminaria. On a pu voir des présentations de personnages qui s’appuient sur des illustrations avec Légion Zodiaque. Puis, il a développé l’univers et son fonctionnement, toujours en se basant sur des illustrations avec Compendium de magie. Et ainsi, avec ce socle bien solide, il a établi un texte sous forme de novellas pour nous expliquer les origines de son monde avec L’Héritage de Zeus. C’est là la bascule car il y a l’équilibre qui se fait entre les illustrations et le texte. A nous d’imaginer la suite après. L’étape suivante et logique, c’est de produire un roman complet avec cette particularité de remplacer les descriptions écrites par ses illustrations. C’est ce que l’on va regarder avec ce nouveau cycle qui s’appelle les Titans. Le premier tome s’appelle Illuminaria et il est paru début Septembre de cette année. Son titre ? Ménilmonée. Et pour la suite, vous attendrez un petit peu parce qu’il paraît qu’écrire un livre, cela prend longtemps nianiania. Ce que nous allons voir ici, c’est comment on va avoir une certaine rupture avec le cycle précédent puisqu’on va entrer directement dans le récit sans présentation, rien. Mais ce récit va aussi garder les acquis du cycle d’Illuminaria en mêlant science et Fantasy mais aussi en parlant de divinités.

    Ménilmonée, cela raconte l’histoire d’une mycomancienne qui préfère explorer la nature et raconter des histoires plutôt que de chercher un amoureux, contrairement à sa meilleure amie, Auréal. Lors de la fête du village, elle discute avec le titan de son village, Tonka, et se rend compte qu’il est fatigué. Le lendemain, celui-ci ne se réveille pas. Ménilmonée et Auréal décide d’enquêter auprès du titan du village voisin pour trouver un remède pour Tunka.

    Les Titans sont des animaux géants, un peu comme des gardiens des villages. Ils ont toujours été là et servent un peu de guide pour les villageois. Surtout, ils savent quand une personne peut procéder à l’Elévation, quand on peut retourner à la Mère. Pour cela, les gens partent dans une tour. Donc si un Titan s’éteint, personne ne peut accéder à l’Elévation. Vous voyez l’enjeu ? Tunka est très bienveillant mais on le trouve très vite fatigué. Las. C’est un peu comme si, dans notre roman, on est à la fin d’une période. Si vous voulez un point de comparaison, nous sommes clairement à la veille du retour des elfes sur leur terre dans le Seigneur des Anneaux. Pourtant, les Titans ne sont pas détachés de la population, ils sont impliqués, juste très fatigués. Et c’est triste de voir Tunka s’éteindre car il représente un peu la mémoire du village, il raconte les légendes.

    Dans ce monde, la nature est omniprésente. On va voir des golems de mousse, une forêt de champignons, des animaux alliés et doués de réflexion. C’est un univers où on voit des humains et la nature sensés être en symbiose. Mais depuis quelques temps, les Elévations ne se font pas bien. Et les Titans, chargés d’assurer le choix des personnes à élever, disparaissent. Plutôt que de migrer d’un village à l’autre pour garder leur élévation propre, Auréal et Ménilmonée vont plutôt chercher une solution. Et ça, c’est un peu ce qu’il se passe en ce moment dans notre monde, avec l’environnement. Beaucoup de pays déplacent le problème d’un endroit à un autre plutôt que d’agir vraiment.

    Et puis, le point central de ce roman, c’est l’alliance de deux jeunes filles qui font preuve tout du long de sororité. Ménilmonée est une guérisseuse, elle assume sa particularité qui est la communication avec les champignons. Auréal, elle, plutôt envie de suivre le mouvement, d’avoir une vie classique dans le village et donc de ne pas revendiquer son don propre qui est la communication avec les animaux. On sait que ces deux amies ont des avis opposés sur la question mais vont-elles se disputer à ce sujet ? Pas du tout ! Elles vont argumenter et présenter leurs points de vue mais jamais elles ne vont s’opposer à ce sujet. Tout comme la volonté d’avoir des enfants. Ménilmonée ne veut pas expérimenter la maternité et ce n’est pas parce qu’elle n’aime pas les enfants, elle s’en occupe très bien dans le village alors qu’Auréal si. Et jamais elles ne pointent cette différence de choix négativement. Elles exposent leurs arguments et leurs points de vue mais c’est tout. On est dans le respect du choix de l’autre. De même, cette sororité qui est selon moi dans le centre de ce récit s’étend sur les autres villages. Au fil de leurs pérégrinations, les deux amies vont aller de villages en villages. Et c’est assez frappant de voir qu’à chaque fois, c’est l’entraide et l’entraide entre femmes qui prévaut à chaque fois. Et enfin, on a des sujets rarement abordés en fantasy qui est la maternité et parfois même le non désir de maternité. Truc de dingue, on parle aussi de cycles et de leur régularité ou non. Vous allez me dire : oui cela fait partie de la vie mais pas beaucoup de personnes en parle, surtout en terme de récits d’aventures dans les livres. On ne sait jamais comment les femmes pendant ces quelques jours du mois alors qu’elles crapahutent en pleine forêt. Ici, David Catuhe en parle au coin d’une page, cela nous donne aussi un indice de temps dans cette aventure et un indice de comment le temps passe dans ce monde. Et cela c’est novateur je trouve. 

    On a aussi ici un rapport au genre qui est différent dans ce livre. Il n’y a pas de guerre, de combats entre le genre féminin et le genre masculin. Ici, on s’en fiche un peu. Alors, on est pas encore dans le plus du plus qui est une écriture inclusive totale, je vous le concède. Mais ! Aucun homme ici ne va dire à nos deux héroïnes qu’elles ne sont pas assez fortes pour faire l’aventure. On n’a pas non plus d’indication sur le genre des personnes qui sont responsables des villages. De même, les genres des Titans n’est pas forcément évoqués. On sait que la déesse est féminine puisqu’on parle de la mère, mais lorsqu’on parle de certaines entités, cela reste assez flou sur leur genre. On peut imaginer un peu ce que l’on veut. Qu’est ce que cela veut dire ? Et bien, nous avons ici un monde ouvert, plutôt.Où on ne précise pas forcément la sexualité des gens mais aussi leurs genres. De même, on ne précise pas forcément une certaine binarité chez les entités présentes dans ce livre. Cet univers est ouvert à ce sujet. Alors oui, on reste dans un schéma encore classique mais pas forcément traditionnel. Par exemple, à aucun moment nos héroïnes ne sont sexualisées dans leur descriptions. On ne les juge pas non plus en fonction de leur comportement ou de leurs habits. Et cela, je dois dire que c’est extrêmement reposant car ce n’est pas encore la norme dans les romans. 

    Il y a aussi et surtout des thèmes forts dans ce premier tome. David Catuhe attaque direct dans le dur. On parle de transmission par exemple puisque, au détours d’une scène, Ménilmonée parle de légendes à l’origine de ce monde pour le raconter aux enfants. C’est une culture qui n’a pas l’air écrite mais plutôt basée sur l’oral. Alors que, au fur et à mesure de ce tome, on voit aussi une autre culture basée sur l’écrit mais qui garde jalousement les écrits de sa bibliothèque. De même, ce n’est pas parce que le village de Ménilmonée ne met pas à l’honneur l’écrit que ce sont des personnes assez rustres. Au contraire, mais on met en avant ici le partage des connaissances. Ensuite, on revient ici sur les origines des divinités et on voit comment un récit peut se transformer, comment on peut changer la réalité en ne gardant pas en mémoire les événements du passé. C’est aussi intéressant cette histoire. Parce  cela montre bien que lorsqu’on n’a pas accès aux sources d’une histoire, lorsqu’on ne peut pas croiser des sources, et bien on peut très bien avoir de fausses informations. C’est aussi cela l’enjeu de la quête de Ménilmonée et d’Auréal : chercher l’origine des mythes pour trouver des réponses. Et l’auteur ne prend pas cela comme une espèce de revendication mais bien comme allant de soi. C’est le manque d’informations qui crée des problèmes ici. 

    Et les illustrations alors ? Je pense que David Catuhe a trouvé son petit truc, l’équilibre entre illustrations et le récit. J’avais à peine le temps de me dire au détours d’une page  que tiens, j’aimerai bien savoir à quoi cela ressemble ce dont il parle qu’il avait dégainé son illustration. On est plus dans un thème fantasy ici que dans le cycle précédent. On se détache un peu du monde du jeu vidéo pour entrer vraiment dans des illustrations d’ensemble. Allez y jeter un coup d’oeil sur le site de l’auteur si vous vous demandez à quoi cela ressemble mais vraiment, je crois que j’ai passé quelques temps à prendre des illustrations qu’il laisse à disposition pour faire mes fonds d’écran pour cet Automne.  Quant au récit, et bien on a gagné en fluidité. Franchement, cela fait plaisir de voir à quel point il devient à l’aise avec le format long. Le rythme est bien posé et cela me rend totalement confiante pour les tomes à venir. 

    En conclusion, et bien je suis extrêmement enthousiaste sur ce nouveau cycle. Et l’auteur a eu ce petit truc qui nous donne envie de poursuivre l’aventure, alors même qu’il n’y a pas de gros twist final. C’est une évolution dans le récit, tout simplement. Et c’est cela qui est vraiment bien fait.

    Aussi, que lire après Ménilmonée ? 

    • Legends & Lattes de Travis Baldree pour le ton, l’univers où même s’il y a des aventures, en vrai, on prend son temps. Et aussi pour la sororité 
    • La Moïra d’Henri Loevenbruck pour le côté légendes celtiques, la nature… C’était une des sagas où j’ai recommencé à lire de la fantasy à l’époque. J’en garde un excellent souvenir 
    • Gidéon la neuvième de Tamsyn Muir pour ce mélange entre fantasy et futur. Et puis c’est l’auteur lui même qui me l’a conseillé. Donc… C’est qu’il est fait aussi pour vous ! 

    Une espèce en voie de Disparition J'ai un livre pour toi

    Le Vendredi, c'est chronique ! Je reviens avec vous sur un livre en particulier dans un format semi court pour vous donner envie ou pas de le lireTitre : Une espèce en voie de disparitionAuteur : Lavie TidharMaison d’édition : Le BélialGenre : Science FictionOù trouver le livre :https://belial.fr/legacy/a/lavie-tidhar/une-espece-en-voie-de-disparitionSi vous désirez déposer un commentaire sur la chronique, vous pouvez tout à fait le faire sur les réseaux sociaux : https://linktr.ee/koreminaldi ou tout simplement sur le répondeur de Vodio. Je me ferai un plaisir de vous répondre : https://www.vodio.fr/repondeur/1802/ ou en déposant votre fichier MP3 sur jaiunlivrepourtoi@gmail.comPour me retrouver sur les réseaux, c'est par là : https://linktr.ee/koreminaldiRetrouvez mes chroniques livresques sur le blog : https://jaiunlivrepourtoi.fr/Générique : Pitfall de Arthur Benson https://youtu.be/52SDMRNIGcM?si=OEo9m3wlAHmocLKpLe logo est une création de Shirayukisan et vous pouvez lui faire ses commandes ici : https://shirayukisancommissions.carrd.co
    1. Une espèce en voie de Disparition
    2. Qu'est-ce qu'on lit ? S01EP24
    3. Roman de Ronce et d'Epine
    4. La course au mouton sauvage
    5. Qu'est-ce qu'on lit le lundi ? S01EP23
  • L'héritage de Zeus de David Catuhe

    Titre : L’héritage de Zeus

    Auteur : David Catuhe

    Maison d’édition : Auto édition

    Genre : Science-Fiction – Fantasy

    Où trouver le livre ? Clique ici

    Bon, on a posé l’univers, on a posé les personnages ! Et si on découvrait comment tout a commencé ? Ça pourrait être sympa ? Et bien vous ne serez pas déçus ! Et moi non plus parce que je partais en vacances et j’ai eu enfin des réponses à mes questions. 

    Ici, on a le point de vue de Mégara, une jeune fille à qui il arrive des tonnes d’évènements qui la conduisent sur le monde d’Illuminaria. Comment les humains ont attérit dans ce monde ? Pourquoi ce mélange entre technologie et magie ? Et bien c’est le moment de tout connaître ! 

    Pour nous, lecteurices, c’est la récompense ! On s’est fait tout le world building, les cartes, les fonctionnements de la magie. On était là avec nos pompoms pour permettre à David Catuhe de prendre la voix et il l’a fait ! Il a fait la genèse de ce monde en nous présentant le personnage principal : Mégara et il nous racontera tout cela au travers de son témoignage. Et pour celleux qui sont plus dans de la fantasy traditionnelle qui aiment avoir une histoire avant d’avoir toutes les caractéristiques, mais rien ne vous empêche de commencer par ce tome, en fait. C’est vous qui choisissez ! 

    Et quant à moi, mes soupçons étaient fondés ! 

    Tout le long de la lecture des romans précédents, je me disais que … Quand même, il y’avait bien de la technologie, là dedans. Et vous savez à quoi cela m’a fait penser ce tour de passe passe ? A Shannara de Terry Brooks. Un monde de pure fantasy mais dont la magie s’est introduite… Après une apocalypse ! Et est-ce déconnant ? Pas du tout, car pour vous rappeler les déclarations d’un certain Arthur C. Clarke, la magie n’est que l’expression d’une technologie pas encore découverte. 

    Ainsi, reprenons les influences, voulez vous ? On a le parallèle gros comme une maison qui est Saint Seya. Donc une douzaine de héros incarnant les Constellations. Je me demandais pourquoi nos constellations à nous mais avec ce roman qui nous indique que les gens d’Illuminaria viennent de Terre, forcément, cela a du sens. La Légion Zodiaque fonctionne comme une élite de champions cosmiques et chacun est lié à un signe zodiacal. On est totalement dans ce mouvement ici. Voire, chaque signe est relié à un élément, à un trait de caractère. Et tout ceci relié à de la fantasy moderne puisque on a tout simplement différents types de magie que l’on retrouve un peu partout.

    Et puis on a le parallèle avec Shanara, bien entendu. Chez Terry Brooks comme dans Illuminaria, on n’est pas dans le passé. On est dans le futur mais ils s’est passé des choses qui font que la magie et la technologie se sont mêlées. De plus, la description des univers montrent bien qu’on est après le post apo. Le monde s’est soigné après des évènements douloureux et nos habitants d’Illuminaria ne savent pas forcément ce qui s’est passé. Et l’enjeu de l’auteur, c’est cela. Savoir ce qui s’est passé et imaginer un vrai travail d’archéologie pour deviner comment un savoir qui pour nous est futuriste, en devient archaïque. Et surtout il faut deviner pourquoi on est reparti dans un monde de fantasy au lieu d’un monde de science-fiction à nos yeux.

    Et les illustrations dans tout ça?

    Elles sont toujours aussi présentes dans ce troisième tome mais laissent encore plus de place au récit. Et en lisant ces trois tomes à la suite, on se rend compte que nous avons de moins en moins besoin d’un support visuel, on peut laisser plus de place à la narration de David Catuhe. Cela vous donne un sacré mélange d’influences, qui sont assez accès sur notre pop culture. Mais aussi sur les mythologies. On est à la fois sur un univers hybride et familier. On passe aussi, au niveau des graphismes, de portraits à des mises en situation. Car oui ! les graphismes évoluent aussi au fur et à mesure et c’est vraiment agréable de voir comment tout cela fonctionne. C’est aussi cela que nous partage l’auteur, sa vision qui s’affirme au fur et à mesure des tomes

    Alors ? Qu’est ce qu’on lit après l’Héritage de Zeus ?

    • Shannara de Terry Brooks, évidemment ! Pour le mélange entre fantasy et science-fiction
    • Mais aussi le Sang des 7 Rois de Reggis Goddyn où vous voyez aussi que la science-fiction et la magie peuvent très bien s’accorder dans une saga assez épique
    • Je pense à notre héroïne, Mégara et je lui souhaite un bon voyage. Pour cela, l’Espace d’un an de Becky Chambers qui aurait pu être son voyage rêvé.

    Une espèce en voie de Disparition J'ai un livre pour toi

    Le Vendredi, c'est chronique ! Je reviens avec vous sur un livre en particulier dans un format semi court pour vous donner envie ou pas de le lireTitre : Une espèce en voie de disparitionAuteur : Lavie TidharMaison d’édition : Le BélialGenre : Science FictionOù trouver le livre :https://belial.fr/legacy/a/lavie-tidhar/une-espece-en-voie-de-disparitionSi vous désirez déposer un commentaire sur la chronique, vous pouvez tout à fait le faire sur les réseaux sociaux : https://linktr.ee/koreminaldi ou tout simplement sur le répondeur de Vodio. Je me ferai un plaisir de vous répondre : https://www.vodio.fr/repondeur/1802/ ou en déposant votre fichier MP3 sur jaiunlivrepourtoi@gmail.comPour me retrouver sur les réseaux, c'est par là : https://linktr.ee/koreminaldiRetrouvez mes chroniques livresques sur le blog : https://jaiunlivrepourtoi.fr/Générique : Pitfall de Arthur Benson https://youtu.be/52SDMRNIGcM?si=OEo9m3wlAHmocLKpLe logo est une création de Shirayukisan et vous pouvez lui faire ses commandes ici : https://shirayukisancommissions.carrd.co
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  • Livre Compendium de Magie

    Titre : Compendium de Magie

    Auteur : David Catuhe

    Maison d’édition : Auto édition

    Genre : Science-Fiction – Fantasy

    Où trouver le livre ? Clique ici

    Vous avez fait vos fiches de personnages ? Parce que moi, personnellement, j’étais prête ! Mais comment répartir vos points ? Compendium de magie ne répondra pas à cette question mais vous saurez au moins comment fonctionne ce monde particulier d’Illuminaria ? Et bien figurez vous que je n’étais pas la seule à me poser cette question puisque l’auteur, David Catuhe, s’est posé la même question. C’est sympa d’avoir des personnages mais il faut les faire évoluer. Pour cela, bienvenue dans le Compendium de magie, le deuxième tome des Légendes d’Illuminaria. Et oui, on reste bien dans un manuel bien développé en jeu plutôt que dans un roman classique. 

    Est-ce qu’on va être sur un catalogue avec les personnages principaux ou les cartes du monde ? Non. Ici, on va vous faire voyager directement en vous montrant le fonctionnement. Avec ce volume, vous comprendrez enfin comment s’articule la magie, comment ce monde fonctionne, comment il utilise la magie dans sa vie de tous les jours. 

    Et nous, on se projette, bien évidemment. Là où le premier tome s’appuyait uniquement sur les images pour nous immerger, Compendium de magie commence à nous laisser de la place au texte. Il est encore assez scolaire dans le sens où l’on présente des caractéristiques mais c’est pour mieux me guider.

    A mon sens, c’est ce qui démontre le plus le fait que l’auteur apprend aussi à monter son univers avec nous. Malheureusement, on commence à  déterminer à ce moment précis de sa saga si c’est un auteur Architecte ou un auteur jardinier. Mais de quoi je vous parle ? Allez, je vous raconte ! 

    Un auteur architecte, c’est typiquement un JRR Tolkien ou un Brandon Sanderson pour vous donner les plus connus. Quand ce type d’auteur invente un monde, il vous débarque avec des fiches personnages et des cartes à foison. Et oui ! C’est bien ce que l’on voit présentement dans cette saga. Et c’est cela qui est intéressant dans le monde d’Illuminaria puisqu’on voit tout au long de ces livres le processus d’écriture d’un auteur. Ah oui ! Un auteur jardinier est celui qui part d’une idée et qu’il ajoute des trucs au fur et à mesure, comme cela lui vient et tant mieux si cela colle. Un des plus fameux auteurs jardinier est Stephen King. Mais vous pouvez aussi retrouver ce principe chez Michel Robert et sa saga de l’Agent des Ombres par exemple. 

    Et pour nous en tant que lecteurices, c’est quoi l’impact ? On peut être un peu impatients ! En effet, on a très vite l’habitude de consommer les histoires de nos jours. Mais si vous prenez le partie de vous prendre une soirée pour lire l’un puis continuer par le deuxième tome une autre semaine, et bien croyez moi, cela se passe extrêmement bien. Personnellement ces deux premiers tomes ont été lus dans le jardin, au calme et dans un état pas contemplatif, ne vous m’imaginez pas en pleine méditation mais en profitant, tout simplement. En fait, Compendium de magie vous permet de prendre le temps, de vous noyer dans un univers qui a un je ne sais quoi de futuriste, d’ailleurs. C’est un mélange de genres car il me semble bien que David Catuhe parle de magies qui ressemblent un peu à de la Science-fiction pour nous. On n’aura plus qu’à vérifier avec le troisième tome de la saga.

    Que lire après Compendium de magie ?

    Et qui ne soit pas du Simarillon parce que deux fois dans le mois, cela va commencer à être beaucoup. Laissez moi vous présenter des formes de récits différents !

    • Foodistan de Ketty Steward. C’est une entrée dans un univers où après une apocalypse, on définit les personnes selon leur régime alimentaire. On raconte l’histoire de Maelle qui cherche un sens à sa vie en élaborant un livre de cuisine. C’est surtout l’excuse pour nous de découvrir un monde au travers son fonctionnement plus que par l’histoire de son héroïne
    • Subtil béton de les Aggloméré.s qui est aussi un récit très atypiques puisque l’on reconstitue une histoire au travers de témoignages de différentes personnes.
    • Le monde de Julia de Jean Baret et Ugo Bellagamba qui raconte un monde au travers de deux points de vue et qui se questionne sur la notion de Justice. 

    Une espèce en voie de Disparition J'ai un livre pour toi

    Le Vendredi, c'est chronique ! Je reviens avec vous sur un livre en particulier dans un format semi court pour vous donner envie ou pas de le lireTitre : Une espèce en voie de disparitionAuteur : Lavie TidharMaison d’édition : Le BélialGenre : Science FictionOù trouver le livre :https://belial.fr/legacy/a/lavie-tidhar/une-espece-en-voie-de-disparitionSi vous désirez déposer un commentaire sur la chronique, vous pouvez tout à fait le faire sur les réseaux sociaux : https://linktr.ee/koreminaldi ou tout simplement sur le répondeur de Vodio. Je me ferai un plaisir de vous répondre : https://www.vodio.fr/repondeur/1802/ ou en déposant votre fichier MP3 sur jaiunlivrepourtoi@gmail.comPour me retrouver sur les réseaux, c'est par là : https://linktr.ee/koreminaldiRetrouvez mes chroniques livresques sur le blog : https://jaiunlivrepourtoi.fr/Générique : Pitfall de Arthur Benson https://youtu.be/52SDMRNIGcM?si=OEo9m3wlAHmocLKpLe logo est une création de Shirayukisan et vous pouvez lui faire ses commandes ici : https://shirayukisancommissions.carrd.co
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  • Couverture de Légion Zodiaque

    Titre : Légion Zodiaque

    Auteur : David Catuhe

    Maison d’édition : Auto édition

    Genre : Science-Fiction – Fantasy

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    Quand on commence une saga, on a l’habitude de vouloir s’attacher à un univers, à un héros, à un début d’histoire initiatique. David Catuhe, il vous sort des fiches de personnages. Comme si vous aviez trouvé un vieux manuscrit dans une bibliothèque. Après, à vous de reconstituer le puzzle. Alors faites comme si, deux secondes avec moi, vous aviez trouvé des fiches de descriptions de personnes dont vous n’aviez aucune idée de leur existence. Et si vous y arrivez, détachez vous des images deux secondes pour apprendre à connaître La Légion Zodiaque, premier tome du cycle d’Illuminaria

    Autant vous dire que je me suis bien marrée en découvrant le premier tome parce que je suis comme vous formatée aux sagas fantasy classique. Et pourtant, il ne vous ment pas. Dès le début, il vous donne le corpus de ce livre : On est dans le monde d’Illuminaria, il y a des dieux qui ont toujours été là. Pas des dieux terrifiants mais bien des dieux bienveillants qui n’hésiteront pas à prendre les armes pour vous, tout simplement. Mais aussi pour le monde qui vous abrite. Et c’est pour cela que les gens de ce monde sont croyants. Comme si ces dieux le méritaient. Mais, moi je veux bien croire en un panthéon avec des temples très jolis. Mais je veux savoir en qui je crois. 

    Et bien figurez vous que si personne n’a vu ces dieux, les gens d’Iluminaria ont vu leurs émissaires : La légion Zodiaque. Et chaque chevalier va représenter un signe du Zodiaque et va intéragir avec la population. Et l’auteur va ainsi nous présenter chaque chevalier, avec sa constellation, ses actions, ses qualités, parfois même ses petits défauts car, hey, personne n’est parfait ! 

    On est clairement dans un codex, une compilation de fiches de personnages et je dois vous avouer que j’ai eu deux difficultés : d’abord, lire les textes car les images sont extrêmement mises en avant. On sent que l’auteur, son tout premier plaisir, c’est de dessiner. Et moi, je ne suis pas une spécialiste du graphisme, celleux qui me connaissent savent que mon point culminant en dessin est un lapin moche que même mes enfants ont trouvé très laid dès leur 6 ans. Ce qui m’a fasciné là dedans, c’est la précision des graphismes. Ils sont vibrants. Et c’est ainsi qu’on découle sur mon autre difficulté : j’étais carrément chaude pour me faire une fiche de personnage pour jouer dans cet univers. Où sont les points de compétence ? 

    Je vous vois rire sous cape, en train de m’imaginer chercher mes dés de jeu. Mais quelque part, c’est aussi cela l’intérêt de ce livre. On ne vous propose pas une belle histoire pour commencer. On vous propose tout un univers. Et après votre lecture, vous travaillez votre imagination, tout simplement. Pourquoi ces chevaliers sont apparus ? L’auteur a-t-il lui aussi passé ses matinées devant le Club Dorothée en boulottant les Chevaliers du Zodiaque ? Est ce qu’on va devoir sauver une déesse ? Et oui, tout est possible ! 

    Alors non, c’est tout sauf une copie du célèbre manga de Saint Seya, à peine on s’inspire de l’esthétisme mais j’ai adoré me souvenir de cet univers en fait. Et on a la présentation pas d’une histoire mais d’un monde entier. Vous savez ce que cela me rappelle ? Oui, je vais encore vous balancer une reco dans la reco : C’est Je suis une fille sans histoire de Alice Zeniter où, quand j’ai lu ce livre, je me suis dit : mais oui ! On voit toujours les mêmes choses débarquer dans nos lectures : Un héros ou une héroïne qui part nous faire découvrir un monde tout mignon et qui va suivre sa petite quête initiatique. Alors oui, j’aime bien ce genre de romans mais j’aime aussi être bousculée dans mes récits.

    Alors, que vous dire de plus ? Parce que, concernant les illustrations, il faut que vos yeux le voient. Et concernant votre chevalier ou votre chevalière préférée, c’est très personnel. Vous allez devoir étudier tout cela.

    Et que dit la critique française ? Et bien que dalle à part quelques appréciations sur les sites de revente comme Amazon et Cultura. Pourquoi on ne s’intéresse pas plus à ce type d’oeuvre ? Est ce trop atypique ? 

    Effectivement, on peut le reconnaître : on a une structure narrative inhabituelle, plus proche d’un codex ou d’un bestiaire (l’image d’un Pokedex de chevaliers me vient en tête, je retrouve un peu mes esprits et je reviens). Mais c’est un peu cela car chaque chevalier va arriver sous vos yeux ébahis avec une armure particulière et des caractéristiques. C’est aussi un choix visuel assumé. C’est l’image qui remplace la description ici. Pas besoin de passer passer des heures à vous demander à quoi les chevaliers ressemblent puis être déçus par une adaptation en séries qu’on imagine mondiale. Et je peux dire ce que je veux, c’est moi qui ait le micro. En fait, je trouve cette approche plutôt intimiste. C’est David Catuhe qui vous propose une vision de cet univers. On est à la frontière de plusieurs univers et il n’est pas le seul à avoir fait ce tour de passe passe. Venez avec moi, je vais vous le montrer.

    Ce bon vieux JRR Tolkien nous avait déjà fait le coup avec le Silmarillon. Et oui ! Le Simarillon n’est pas un roman en tant que tel mais bien un ensemble de chroniques, souvent vécues comme un catalogue de peuples ou de personnages mythologiques avant même qu’on ne découvre une intrigue linéaire. L’avantage ici, c’est que l’auteur a une tablette graphique et monsieur Tolkien… Et bien non ?

    Vous pensez que je tape dans un auteur trop ancien ? Et bien allons voir Brandon Sanderson et sa saga Coeur d’acier ? Si mes souvenirs sont bons, pour les anglophones, il a bien publié un carnet que notre héros principal avait compilé avant même le début de ses aventures. Et on en parle tout le temps de ce carnet. Et puis, La Légion Zodiaque nous rappelle pas mal l’univers comics ou même manga. Et pardonnez moi si je m’excuse, mais on a très régulièrement des fiches persos avec caractéristiques dans cet univers. 

    Et enfin, je vous rappelle l’univers propre des origines de l’auteur : Magic, World of Warcraft. Et pour celleux qui sont tombés dans la spirale de Wow, vous avez sûrement passé une bonne heure à choisir votre perso. Moi, j’en ai passé du temps à choisir ma race et ma classe. Et je ne vous parle même pas de mes choix capillaires. 

    Il n’est donc pas étonnant, finalement, ce choix de David Catuhe. Il a commencé par ce qu’il maîtrise, tout simplement. Et quitte à faire de l’autoédition, autant se faire plaisir ! Alors prenez-vous au jeu. 

    Que lire après La Légion Zodiaque ? 

    • On peut totalement se faire une petite relecture de Saint Seya de Masami Kurumada pour rester dans l’ambiance. Personnellement, mon cadet m’a piqué mes tomes mais je ne désespère pas d’avoir à nous accès à sa bibliothèque
    • Ah bah oui, le Silmarillon de JRR Tolkien , mais vous n’aurez pas les images qui vont avec, je vous préviens.
    • Cœur d’acier de Brandon Sanderson parce qu’on est bien sur une réflexion sur des gens aux grands pouvoirs. Même si ici, tout se passe un petit peu mieux j’ai l’impression ! 

    Une espèce en voie de Disparition J'ai un livre pour toi

    Le Vendredi, c'est chronique ! Je reviens avec vous sur un livre en particulier dans un format semi court pour vous donner envie ou pas de le lireTitre : Une espèce en voie de disparitionAuteur : Lavie TidharMaison d’édition : Le BélialGenre : Science FictionOù trouver le livre :https://belial.fr/legacy/a/lavie-tidhar/une-espece-en-voie-de-disparitionSi vous désirez déposer un commentaire sur la chronique, vous pouvez tout à fait le faire sur les réseaux sociaux : https://linktr.ee/koreminaldi ou tout simplement sur le répondeur de Vodio. Je me ferai un plaisir de vous répondre : https://www.vodio.fr/repondeur/1802/ ou en déposant votre fichier MP3 sur jaiunlivrepourtoi@gmail.comPour me retrouver sur les réseaux, c'est par là : https://linktr.ee/koreminaldiRetrouvez mes chroniques livresques sur le blog : https://jaiunlivrepourtoi.fr/Générique : Pitfall de Arthur Benson https://youtu.be/52SDMRNIGcM?si=OEo9m3wlAHmocLKpLe logo est une création de Shirayukisan et vous pouvez lui faire ses commandes ici : https://shirayukisancommissions.carrd.co
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  • Couverture du livre Hard Mary de Sofia Samatar

    Titre : Hard Mary

    Auteur :Sofia Samatar

    Maison d’édition : Argyll

    Genre : Science-Fiction

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    J’avais très envie de le lire, ce livre, quand j’ai reçu le mail de nouveautés des éditions Argyll. Je pense que leur collection Récifs m’a portée toute l’année. Ce titre, c’est Hard Mary de Sofia Samatar, qui est la dernière novella de cette autrice que je ne connaissais pas du tout. C’était donc la porte d’entrée qui me fallait. Hard Mary, c’est l’histoire de jeunes filles qui font le tour d’une étable pour, selon les histoires, trouver le nom de l’homme qu’elles vont épouser. Et c’est sur une androïde de Profane Industries sur qui elles tombent. Elles l’adoptent et l’humanisent.

    Au travers de cette histoire de communauté religieuse, Sofia Samatar met en lumière la place de la femme.


    Nos héroïnes sont des jeunes filles qui vivent dans une communauté religieuse fermée qui est inspirée par la communauté des Amish ou des Mormons. J’avoue ne pas beaucoup connaître les subtilités entre ces communautés, mais ce que l’on peut en retenir, c’est que leur vie est entièrement réglée par la foi, la tradition et elles sont soumises à l’autorité patriarcale. Cela leur donne surtout très peu de place pour leurs réalisations personnelles. Elles ne vivent que par leur rôle de futures mariées et de futures mères. Elles n’ont pas de place pour exprimer leur curiosité, leurs avis, leur personnalité, non plus. De même, elles n’ont aucune notion de ce qui se passe en dehors de leur communauté. Ce village sert, pour l’autrice, à nous installer un huis clos qui met en lumière un système oppressif pour des femmes qui n’ont aucune voix propre.

    Et nos jeunes femmes ne s’en rendent absolument pas compte car elles vivent dans ce système. Sauf qu’on a un élément déclencheur : une androïde qui est là, on ne sait pas pourquoi. Elles auraient pu la remettre aux autorités du village, mais elles décident d’avoir un projet personnel : réparer cette androïde, de la nommer : Hard Mary et, plutôt que de la rejeter, de l’intégrer. Hard Mary, elle est différente. Elle n’est pas tout à fait humaine, pas tout à fait machine. Des filles pourraient la rejeter, avoir peur d’elles. Mais elles décident de faire preuve de sororité. Et en décidant de prouver aux hommes du village que c’est une personne, elles se posent des questions sur leurs propres conditions. La toute première est : Qu’est-ce que vivre ? Est-ce tenir son rôle dans une communauté ou est-ce se réaliser ? Ensuite, qu’est-ce qu’une femme idéale ? Est-ce sa capacité de travail, sa capacité à se reproduire ? Quelle est la valeur d’une femme dans cette communauté et surtout comment les hommes voient les femmes dans cette communauté ? Et ainsi, dernière question qu’elles se posent : Faut-il accepter ce que l’on nous dit comme argent comptant ou faut-il remettre en question ce que l’on nous impose ?

    Ensuite, en regardant évoluer Hard Mary, elles découvrent que cette androïde est un miroir sur leur condition. Mary est une femme, mais pas tout à fait. Elle a été construite par des hommes et programmée pour obéir. Et c’est exactement dans ce cadre-là qu’elles évoluent : elles sont élevées pour obéir et se soumettre d’abord à leur père, et ensuite à leur mari. Et pourtant, ce n’est pas une question de foi, de religion. Et même si elles veulent l’accueillir dans leur communauté, elles choisissent d’abord de la déprogrammer et en fait, on parle de leur déprogrammation à elles. Elles voient qu’il y a autre chose que leur communauté et qu’elles peuvent réaliser quelque chose pour elles-mêmes

    Parce que Hard Mary, elle a tout pour se faire rejeter par la communauté. En effet, Jericho repose sur l’artisanat et l’agriculture. Il n’y a pas de télévision et très peu de contacts avec l’extérieur. On se demande même comment nos héroïnes parviennent à réparer Hard Mary car ce genre d’outils est prohibé, caché. Hard Mary représente le monde technologique, une espèce d’irruption du futur dans un monde totalement figé dans le passé. Vous aurez donc une grande partie de la communauté qui risque d’être hostile car elle représente le changement. Peut-on préserver l’authenticité d’une communauté sans se fermer au monde ? Ça, c’est une question intéressante et c’est un enjeu quotidien. Combien de fois on n’a pas sorti cette fameuse phrase : « c’était mieux avant »? Comment peut-on survivre dans le monde sans évoluer ?

    Ce livre parle de liberté. Or qui l’est dans Jericho ? Les femmes qui naissent humaines dans une société oppressante ou une machine dont on enlève la programmation et qui a une chance d’échapper aux règles sociales ? Ce texte est fort dans le sens où il joue totalement sur l’ambigüité de ces deux formes d’asservissement : le patriarcat et la programmation. Et elle démontre surtout que les chaînes ne peuvent être brisées que par les femmes.

    Hard Mary est un procès de l’Humanité


    Tout le long du récit, notre narratrice va démontrer, en fonction des écrits religieux, que Hard Mary peut faire partie de l’humanité : C’est une créature pensante. Elle ne consomme que ce dont elle a besoin. Elle est aussi innocente qu’un enfant. Elle rêve. Elle espère, mais pas trop. Elle se languit de la demeure céleste. Si elle se perd, elle peut revenir…

    Ce plaidoyer, c’est un paradoxe car elle ne défend pas que Hard Mary, elle se défend elle-même. Car la défendre, c’est défendre l’idée que les femmes de la communauté sont aussi des personnes à part entière. Je vous disais que cet androïde était un miroir pour ces femmes et c’est exactement cela : si les hommes refusent de la reconnaître comme humaine, ils confirment qu’ils refusent de voir la pleine humanité de leurs propres filles et de leurs propres femmes.

    En faisant cela, elles font une inversion des rapports de pouvoir. D’ordinaire, ce sont les hommes qui décident du vrai, du juste, de la foi. Ici, c’est la narratrice qui se hisse au niveau d’un théologien et elle force les hommes à entrer dans son jeu d’argumentation. Qu’elle gagne ou non n’a pas d’importance, parce que le simple fait que son argumentation existe démontre que la vérité peut émerger d’une voix qu’on n’entend tout simplement pas d’habitude. C’est un changement de l’intérieur.

    Aussi on peut se poser la question : est-ce que Hard Mary est un texte de théologie ou est-ce un texte de science-fiction ? Et pourquoi pas les deux ? Je sais, par exemple, qu’il y a une rumeur très persistante qui dit que l’Église elle-même a débattu de l’existence de l’âme chez la femme. On attribue cette légende au Concile de Mâcon qui a eu lieu en 585, mais cette rumeur s’est apparemment développée entre le XVème et XVIème siècle. Pour cela, je vous conseille un podcast des Nuits de France Culture, Histoire des femmes par Michelle Perrot (épisode 5). Cependant et actuellement, on se pose beaucoup de questions sur la personnalité juridique des machines, des intelligences artificielles par exemple. Ce débat sur l’androïde montre, selon l’autrice, que les débuts théologiques avec les enjeux féministes et contemporains ne sont pas clos.

    Hard Mary, sous couvert d’une histoire de science-fiction avec une androïde dans une communauté religieuse, cela met en lumière une jeune fille qui met en lumière une certaine hypocrisie des religieux qui prônent des principes d’accueil et de charité alors qu’ils ont plutôt tendance à rejeter ce qui est étranger et inconnu.

    Dans Hard Mary, on voit deux types de femmes.


    On a les femmes qui partent. Celles qui choisissent la fuite, l’exil, la libération. Partir, c’est franchir la frontière, c’est refuser le patriarcat de la communauté. Et cela demande un courage de dingue, de tout abandonner, de s’élancer sans filet comme cela pour rester dans ses propres convictions.

    Et puis on a celles qui restent, celles qui demeurent dans l’enfermement de la communauté. Mais ce sont elles qui gardent le souvenir de ce qui s’est passé. Et elles ont initié aussi ce changement pour qu’il soit possible. Elles ne sont pas libres extérieurement, mais elles deviennent le vecteur d’un changement intérieur.

    Hard Mary a été un déclencheur, une étincelle qui va embraser des consciences. Il n’y a pas non plus plus de courage entre celles qui restent ou celles qui partent, mais on a plus tendance à mettre en avant les personnes qui partent dans les romans. Ici, l’autrice nous montre le point de vue de celles qui restent. Elles n’auront plus de lien avec celles qui sont parties, leur lien symbolique reste : certaines agissent par le geste : partir, et les autres par le verbe, par l’argumentation et le témoignage, par leur seule présence, elles deviennent une faille dans cette communauté. Leur position est duale : enfermées mais éveillées. On peut même aller plus loin. Elles deviennent une figure de prophète : elles n’accompagnent pas l’événement, mais elles le déclenchent et le gardent en mémoire. Leur vie est transformée de l’intérieur.

    Hard Mary et Sofia Samatar.


    Sofia Samatar est est née en 1971 dans l’Indiana. Son père, Saïd Sheikh Samatar, est un éminent historien somalien. Sa mère, elle, est une mennonite germano-suisse. C’est en Somalie qu’ils se sont rencontrés. Le mennonisme, c’est un mouvement chrétien anabaptiste. Une partie de ce mouvement rejette, d’ailleurs, le progrès technologique. Elle a vécu dans beaucoup de pays, suite aux déplacements de son père, pour suivre une scolarité dans une école mennonite. Et elle a continué la tradition familiale puisqu’avec son mari, l’écrivain Keith Miller, elle a enseigné l’anglais au Soudan puis en Égypte. Elle enseigne depuis 2020 en Virginie la littérature africaine, la littérature arabe et la fiction spéculative.

    Cette autrice aime écrire sur la parole et la mémoire et on le voit dans sa duologie Un étranger en Olondre qui est l’histoire d’un homme hanté par une jeune femme morte qui exige que son histoire soit racontée : Et dans la suite, the Winged Stories qui n’est pas encore traduit, ce sont quatre femmes qui vont apporter d’autres points de vue de cette histoire. Cela rejoint bien Hard Mary de par sa vie propre et ses écrits antérieurs où on a des narrateurices qui deviennent une mémoire vivante de ce qui s’est passé.

    Dans son essai The White Mosque, elle raconte aussi l’histoire d’une communauté mennonite partie s’installer en Asie centrale, ce qui raconte une belle rupture avec ce qu’ils ont toujours connu. Ça montre bien cette dualité avec ceux qui restent et ceux qui partent, je trouve, ce dilemme entre le voyage et l’enracinement.

    On part souvent dans son univers dans un endroit clos, fermé, qui se fissure par un élément extérieur. Et c’est exactement le thème qu’on retrouve dans Hard Mary. Enfin, l’autrice aime porter notre vue sur des voix marginalisées, celles qu’on oublie ou qu’on écarte, rarement à des héros ou des héroïnes classiques.

    Hard Mary et la critique


    C’est un roman qui a du mal à être noté, j’ai l’impression. Les gens ont l’air d’être déstabilisés par l’atmosphère du récit, en France. Peut-être parce qu’on est moins familiers des communautés religieuses en vase clos ? Je ne sais pas du tout. Et pourtant, il trouve son public grâce à sa fin ouverte, à sa narration un peu particulière et son format court.

    Et cela a l’air similaire dans les revues anglophones. C’est qualifié, selon la revue Lightspeed, d’Above average Story : une histoire au-dessus de la moyenne. C’est souvent beaucoup d’interrogations sur la nature même du récit : est-ce un texte sur le divin ? Ou alors un texte de science-fiction ?

    Pour ma part, c’est un texte qui a mis du temps à faire son chemin. Au début, j’ai beaucoup aimé l’argumentation de la narratrice pour démontrer que Hard Mary peut être intégrée à la communauté. Cela m’a parlé. Et puis, j’ai été très frustrée de ne pas avoir suivi la finalité de l’histoire de Hard Mary. Et puis, je me suis dit que ce n’était pas cela l’important, mais bien cette étincelle qui a provoqué ce changement. Et puis, j’aime beaucoup aussi le format court qui nous oblige un peu aussi à imaginer la suite par nous-mêmes. Ce récit est exactement comme cette histoire ! Un déclencheur. A nous de faire le reste. Vous voyez ?

    Que lire après Hard Mary ?

    • L’évidence serait de vous proposer la Servante écarlate de Margaret Artwood. Pour raconter comment une société peut enfermer les femmes uniquement dans un rôle.
    • Un roman qui m’a énormément marquée quand j’étais adolescente : Une femme qui ne disait rien de Michelle Schuller, qui pour moi fait écho dans ce roman. C’est l’histoire d’une femme qui raconte la vie des hommes autour d’elle alors qu’elle est totalement effacée. C’est l’histoire d’une femme qui reste.
    • Et en parlant de dilemme entre femme qui reste et femme qui part, j’ai envie de vous proposer La couleur pourpre d’Alice Walker.
  • Couverture de l'Enigmaire de Pierre Cendors

    Titre : L’Enigmaire

    Auteur : Pierre Cendors

    Maison d’édition : Quidam Editeur

    Genre : Science-Fiction

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    Je suis allée en librairie car j’avais un problème : je participais à un club de lecture dont le thème était : choisir un livre pour son titre. Donc, sans lire la quatrième de couverture. Pour cela, je vais voir mon libraire et comme il connaît maintenant bien mes goûts, il m’a donné trois livres, je les ai payés et basta. Ces trois livres, c’était Une vie de Saint de Christophe Siégert, mais je ne pouvais pas le choisir parce qu’on lit la première phrase et celleux qui l’ont lu savent. Le deuxième est celui que j’avais choisi pour ce club et je l’ai lu sur le chemin du retour dans le métro : La migration annuelle des nuages de Premee Mohamed. Le troisième que j’ai adoré mais que je n’ai pas choisi car j’avais peur de ne pas pouvoir l’expliquer : l’Enigmaine de Pierre Cendors et publié aux éditions Quidam.

    Et de quoi cela parle ? L’action se situe à Orze, ville bombardée en 1916 et depuis transformée en zone rouge interdite au public. Sauf que des fouilles archéologiques montrent qu’il y a une activité magnétique anormale ainsi que les vestiges d’un ancien culte chtonien. Ceux qui s’y rendent en reviennent changés. D’ailleurs, nous suivrons trois personnes qui y sont allées : Lazlo Ascendio. Adna Szor et Sylvia Pan. Pourquoi s’y rendent- ils ?

    Pour comprendre ce livre, il est indispensable de connaitre l’auteur et ses influences.

    Pierre Cendors est né en France en 1968. Il est écrivain, illustrateur et artiste peintre. Après son service militaire, il part habiter au Conemara, puis il rejoint une communauté spirituelle en Écosse où il rencontre sa femme. Il publie son premier roman en 2006 qui s’appelle l’Homme caché. En 2010, il publie Engeland, en 2015 Archives du vent ; en 2018, la vie posthume d’Edward Markham ; en 2019, Silens Moon et enfin en 2021, l’Enigmaire dont il dit lui-même que c’est un hommage à Andrei Tarkovski

    Mais qui est-ce ? Andrei Tarkovski est un cinéaste soviétique né en 1932 et décédé en 1986. Il est considéré comme l’un des plus grands réalisateurs soviétiques et il a réalisé sept longs métrages qui le placent en tant que maître du septième art : L’enfance d’Ivan en 1962, Andreï Rublev en 1966, Solaris en 1972., Le miroir en 1975, Stalker en 1979, Nostalghia en 1983 et le Sacrifice en 1985. Personnellement, je n’en ai pas encore vu, mais je les ai ajoutés à ma liste de films à regarder en urgence.

    Ce qu’il faut retenir, c’est que les livres de Pierre Cendors sont comme des puzzles. Il prend les codes de la Science Fiction pour transformer ses livres en quêtes oniriques. Il aime désorienter ses lecteurs.

    Et ici, où retrouve la patte de l’auteur au travers des thèmes développés

    Notre intrigue prend place à Orze, une ville bombardée en 1916, et cette ville est en elle-même un personnage de ce roman. C’est un lieu très bizarre qui ne prend pas en compte le temps. Il les superpose. Ainsi, nos personnages peuvent se voir s’ils ont déjà été présents ou voir les autres personnages présents sur ces lieux. Mais peu importe le moment où ils étaient présents. Vous voyez ? Orze devient une bulle en elle-même et nos personnages le sentent dès qu’ils y pénètrent. Ce qu’on veut nous dire par là, c’est que certains lieux gardent en mémoire ce qui s’est passé sur leur sol. Comme un traumatisme mémoriel et c’est quelque chose que l’on ressent un peu lorsqu’on visite un lieu chargé en histoire.

    De plus, quand Pierre Cendors fait de la Science Fiction, il l’associe avec une sorte de sacré. Dans l’Enigmaire, on voit, via les fouilles, qu’il y a des traces d’un culte chtonien, par exemple. Et plus on avance dans le temps, plus le résultat de ces fouilles semble bizarre. La modernité n’arrive pas à percer ce mystère. Qui plus est, le gouvernement a interdit l’accès à ce lieu où non seulement ce lieu attire les gens, mais il les transforme.

    Et tout cet environnement va nous servir de cadre pour des quêtes personnelles. Nos trois personnages : Lazlo, Adna et Sylvia sont là pour combler un vide intime. Lazlo est le premier spationaute, autrement dit le premier enfant né dans l’espace. Il se sent déconnecté des autres car il n’est pas né sur Terre et il développe une attirance pour l’archéologie car il cherche ses racines, en fait. Adna, elle, est veuve et elle cherche l’inspiration – pour composer de la musique. Elle est perdue et cherche un nouvel élan, quelque chose à laquelle se raccrocher. Enfin, Sylvia. C’est une page blanche, elle passe mais on connaît des histoires par Adna. Sylvia, elle cherche qui elle est. Elle cherche son essence.

    Ensuite, je vous disais que l’Enigmaire est un hommage au cinéma de Tarkovski. Alors, certes, j’avoue mon ignorance sur l’œuvre de cet homme, mais de ce que j’ai pu glaner dans mes recherches, cela est dû à une certaine lenteur assez fascinante dans la manière de filmer. Tarkovski aimait beaucoup faire des focus sur l’eau, la nature ou le temps qui file et en lisant cela, je me dis que l’hommage y est évident ! C’est exactement ce que j’ai ressenti à la lecture de ce récit. Alors oui, ce livre m’a donné envie de voir ces films. Et même que j’ajouterai un encart si jamais.

    Enfin, l’Enigmaire est une énigme. C’est un roman où on n’a pas toutes les clés. On tâtonne, on cherche, on revient en arrière. J’ai même envie de vous dire : ce livre doit être encore meilleur à la relecture. On l’apprécie et on pose ses moments préférés la première fois, puis on se pose des questions. On laisse mûrir et on y revient. Laissez de la chance à votre esprit qui fera de nouveaux liens et vous verrez cette histoire sous un nouvel œil.

    Tout ceci est renforcé par un style un peu.. particulier.

    L’Enigmaire n’est pas le genre de livre qu’on prend sur un coup de tête, sauf votre chroniqueuse, bien entendu. Quand j’ai fait mon petit panel après lecture des avis des personnes, j’ai vu qu’il y avait deux écoles. Où les gens ont aimé ou ils ont été déroutés par leur lecture, par le style. Et c’est aussi pour moi la patte de Pierre Cendors.

    C’est différent. Cela peut vous marquer parce qu’on n’a pas vraiment l’habitude d’avoir des écritures différentes dont le style est atypique. C’est un voyage, en somme, dans un univers un peu onirique. Vous voyez un peu ce sentiment quand on arrive à Silent Hill ? Eh bien c’est un peu cela. On n’a pas les codes, mais on apprend.

    Et l’Enigmaire dans tout ça ?

    Pour moi, c’est un très bon livre, on il est un univers à lui tout seul. Pour paraphraser un peu mon libraire, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris mais j’ai adoré. Et c’est tout à fait cela. Ce livre m’a appris à lâcher prise, à prendre des pauses dans la lecture. Et me demander : Mais qu’est-ce que je suis en train de lire ?

    Peut-être que vous aimerez cette sensation. Peut-être pas, d’ailleurs. Peut-être que, comme moi, vous le mettrez dans la pile à relire. Ce sera demain, dans un mois, dans un an. Peut-être me reverrais-je dans ce livre ? Allez savoir ?

    Que lire après l’Enigmaire ?

  • Couverture du livre La dernière tentation de Judas de Philippe Battaglie

    Titre : La dernière tentation de Judas

    Auteur : Philippe Battaglia

    Maison d’édition : L’Atalante

    Genre : Thriller

    Où trouver le livre ? Clique ici

    La couverture était là, tentante, en librairie : colorée, fun, et surtout, ce titre un peu bizarre qui : La tentation de Judas. Intriguée, je regarde et on me souffle à l’oreille : « Imagine que les Apôtres sont devenus immortels et ils sont dans notre époque maintenant. Cela donnerait quoi ? » Autant vous dire que j’avais très envie de le lire. De plus, je ne connaissais pas du tout l’auteur : Philippe Battaglia. Et c’est publié chez l’Atalante.
    Et la dernière tentation de Judas, cela raconte quoi ? Judas, Rome, de nos jours est complètement déprimé depuis 2000 ans, depuis qu’il est séparé de Jésus. Sauf qu’un jour, il tombe sur une évangile écrite par Satan qui lui informe que s’il retrouve les 30 deniers de sa trahison, il retrouvera son compagnon. Dans sa quête, il entraine certains des apôtres, se fait poursuivre par d’autres et se fait aider par Marie de Magdala et de Lazare.

    Pour comprendre un peu ce livre, il faut d’abord se pencher sur son créateur : Philippe Battaglia

    Oui, parce qu’on n’écrit pas un roman comme ceci par hasard. Est-ce qu’on va découvrir qu’il avait des posters de Judas partout dans sa chambre et qu’il se balade constamment avec trente deniers dans la poche ? Non, pas du tout, mais quand on regarde ce qu’a fait Philippe Battaglia dans sa vie, on comprend un petit peu mieux. Il est né en 1981 et il a fait plein de métiers. Il y a 10 ans, on m’aurait dit, dans une discussion au boulot : « Mouais tu sais, ce gars, c’est un slasher. Il est cuisinier, slash vendeur, slash vendeur, slash chroniqueur radio, slash programmateur de festival…. « Et sûrement cette personne aurait longtemps soupiré en disant : « C’est un personnage en soi »

    Ce que j’en ai retenu, c’est que j’aurais adoré bosser avec, mais passons. Ce qu’il faut que vous reteniez surtout, c’est que c’est un auteur qui a été nourri de beaucoup d’influences et qui aime jouer avec. Or, l’une des plus grandes influences en Occident, et bien c’est la religion catholique. On ne peut pas y échapper puisque c’est la fondation même de notre calendrier. On pourrait en discuter pendant des heures et je pourrai vous donner des bouquins là-dessus qui montrent que vraiment, ils en ont fait beaucoup en bien et en mal, mais là, on va parler de Philippe Battaglia qui s’est dit : Hey ! On va jouer avec la Bible.

    Et pourquoi pas, en vrai. La Bible, c’est quoi ? Selon le dictionnaire, c’est un recueil de textes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Certain.es vont vous dire que c’est sacré et que donc pas touche. Et d’autres vont sûrement prendre ces textes pour ce que c’est : des récits. Parce que, en vrai, la mythologie grecque, c’est un peu pareil. Et pourtant, personne ne s’est gêné pour prendre ces histoires pour en faire des films et autres. Et même l’Ancien et le Nouveau Testament, en fait. La vraie question c’est : mais quel angle Philippe Battaglia va prendre ? Il va prendre le personnage que tout le monde déteste : Judas. Et qu’est-ce qu’on fait depuis 2000 ans ? Eh bien, on le déteste, tous.tes. Alors, imaginez maintenant qu’on l’a devant les yeux? Vous n’auriez pas envie de savoir pourquoi?

    Quand l’auteur se saisit de la Bible, il la consacre en œuvre de Pop culture. Et cela nous permet de développer des thèmes forts

    Parlons de Judas, notre héros. On a une personne qui a perdu la personne qu’il aimait le plus : Jésus. Et on apprend assez vite qu’il a été manipulé pour faire cette fameuse trahison. Mais il en porte la culpabilité depuis 2000 ans. C’est un apôtre, donc il est capable de faire des miracles et sans fards, sans paillettes, il s’occupe des exclus de Rome. Qu’est-ce que cela dit de Judas ? Ce n’est pas le traître dont on a l’habitude d’entendre parler, mais quelqu’un qui prend soin des autres, alors qu’il n’arrive pas à prendre soin de lui-même. Et en fait, c’est cela qu’il veut que l’on retienne de cette mythologie biblique. Les apôtres étaient des personnes comme tous les autres : des personnes passionnées comme des personnes orgueilleuses, généreuses, drôles. C’était des personnalités comme tout le monde, mais sous la direction bénéfique, certes, mais direction de Jésus. Et si on enlève l’élément fédérateur de ce groupe, et bien ils reviennent vers leur personnalité. Sauf Judas qui garde cette image de Jésus et c’est quand il a cet espoir de le revoir qu’il se sublime à nouveau. Intéressant, non ?

    Et puis, grâce à cette transposition des personnages dans notre époque, on peut revisiter les mythes bibliques puisque les personnages sont là pour le raconter. Et ils n’ont pas eu forcément la belle vie après le départ de Jésus. La plupart ont été torturés et tués de manière atroce. Sauf que si on reprend le raisonnement de l’Esprit Saint, et bien… Ils sont immortels. Donc, ils ne peuvent pas mourir. C’était donc bien un enfer sur Terre. Et Lazare, autre personnage qui a été ressuscité, qui a une grande longévité mais qui n’est pas immortel, et bien, il devient un homme qui a peur de la vie, qui la regarde de loin. Est-ce vraiment dire ?

    Ensuite, La dernière tentation de Judas met surtout en valeur la marginalité. Car Judas, c’est bien cela : un marginal, soit une personne mise de côté. Alors oui, quand on est surnommé traître ultime depuis 2000 ans. Mais avec qui traîne-t-il depuis : avec les personnes sans domicile fixe qui ont construit une communauté à part dans un entrepôt. Et dont personne ne s’occupe. Il est ami avec Marie de Magdala qui est devenue directrice de maisons de passe. Elle s’occupe des prostituées pour les protéger des hommes tout en leur permettant d’exercer leur métier sans jugement. Grâce à ce livre, on les voit comme des héros et des héroïnes du quotidien, dont le seul fait de vivre est compliqué à cause du système.

    Enfin, il n’y a pas plus grande institution que la Bible et la religion catholique. On les rend intouchables malgré toutes les histoires qu’on entend sur eux. Eh bien, Philippe Battaglia, il balance tout cela. On voit que la Bible, c’est un livre. Et que les membres du clergé sont des hommes. Comme tout le monde. Et que les histoires sont des histoires. Pourquoi ne pas s’amuser avec ? Pourquoi ne pas les remettre en question ? Cela se fait très bien puisque regarder ce livre. Et ce n’est pas dénigrant. C’est une certaine réalité. Il faut les désacraliser. Par contre, les humains, il faut les valoriser, peu importe leur position sociale, peu importe leurs choix de vie. Et c’est peut-être cela le message originel de Jésus, non ?

    Et Philippe Battaglia s’en sort très bien grâce à son style

    C’est amusant, je dois dire, de voir les personnes de la Bible parler comme nous, s’habiller comme nous (enfin à peu près parce qu’il y a des looks un peu particuliers à base de… Non mais lisez, vous saurez). Et mélanger ces images mythiques avec un environnement moderne, ce n’est assez pas si facile. Il faut la bonne dose, il faut de bons dialogues et tourner même parfois, des événements historiques et/ou mythiques dans notre quotidien, c’est un vrai sport.

    Et qui plus est, il nous donne par ci par là des références à la pop culture qui m’ont valu des éclats de rire totalement incroyables. Et cela m’a fait penser à une affirmation d’Umberto Eco, figurez-vous. Je vous raconte : imaginez le Pape, le Dalaï Lama qui peuvent consacrer des années à débattre de la question de savoir si Jésus est vraiment le fils de Dieu. Et pourtant, ces deux hommes sont contraints d’admettre en deux secondes que Clark Kent, c’est Superman sans lunettes. Voilà, cela ne sert à rien dans cette chronique, mais moi, cela me fait dire que peut-être, en admettant que la Bible est une œuvre de pop culture, et bien… On aurait peut-être moins de problèmes de religions. Allez savoir !

    Bref, vous l’avez compris. On fait beaucoup de mélanges dans ce livre et cela se voit dans le style d’écriture. Mais cela se voit aussi dans notre humeur pendant la lecture. On peut passer par des moments hilarants, des moments complètement absurdes à de moments juste poignants, forts. C’est tout un panel d’émotions qui vous traversent et je ne sais pas vous, mais c’est un peu ce que je recherche dans les livres.

    Et alors ? Quel est l’impact de ce livre ?

    Eh bien, il a été pas mal reçu en fait. Les magazines et les blogs ainsi que la presse ont salué ce récit. J’ai même eu le loisir et le plaisir d’entendre l’épisode de du podcast Mauvais Genres où l’auteur parle de son livre. Les librairies spécialisées, dont celle que je fréquente (coucou la librairie Les Quatre Chemins), ont tendance à le recommander. C’est d’ailleurs comme cela que j’ai eu ce livre entre les mains. Et oui, je vais vous recommencer mon éternelle litanie, mais pourtant, c’est bien vrai : trouvez-vous une librairie qui vous correspond et si elle existe, vous aurez accès à des recommandations de fifou.

    Allez, on arrête les digressions. Mais quelle place a ce livre dans l’univers de l’auteur ? On va commencer par une novella que j’ai trouvée : le Jour des cons, publié en 2012, dans laquelle un anti-héros qui règle ses comptes avec le monde pendant un road trip. On a aussi ce roman graphique qui s’appelle Personne n’aime Simon, publié en 2019, qui me tente juste par son titre et qui à lui seul raconte pas mal l’intrigue. Bah oui, personne ne l’aime. Pourquoi ? Et si on allait le découvrir un jour ? Enfin, il a aussi écrit Astor Pastel et les vilains gamins qui parle d’une petite fille qui partage ses histoires avec les animaux. Et il y en a d’autres, bien entendu, mais cela vous donne un petit panel de ce que l’auteur fait : il s’intéresse à des personnages souvent rejetés, des anti-héros, des personnes à la marge et on ajoute cela un univers assez fun en fait, des univers que l’on peut appréhender car on les connaît. Donc La tentation de Judas n’est pas un ovni, c’est plutôt un livre qui s’accorde totalement avec son univers personnel. Et cela se voit ! Et moi, cela me ravit !

    Alors ? Qu’est ce que je pense de la Tentation de Judas ?

    J’ai été très enthousiaste par cette lecture. Et comment peut-on le savoir ? Dans ces cas-là, j’ai la tendance de débarquer dans les messageries de mes copaines en proposant un résumé rigolo avec des questionnaires et des réflexions qui n’ont rien à voir (oui, on ne juge pas mon comportement obsessionnel sur mes partages de lecture, vous en bénéficiez aussi en quelque sorte).

    C’est un roman de très grande qualité qui peut correspondre à toustes les lecteurices qui sont curieux, qui aiment passer par toutes les gammes d’émotion. Mais aussi à celleux qui aiment les réécritures de mythes et de l’Histoire, tout simplement. Vraiment, vous allez vous amuser avec ce livre tout en explorant plein de concepts.

    Que lire après La tentation de Judas ?

    • Le silence des vaincues de Pat Barker, si vous souhaitez repartir sur de la réécriture de mythes.
    • On parle dans La tentation de Judas de transidentités à un moment. Et pour ceux qui viendraient faire nianiania, ce n’est pas du tout historique. J’ai envie de vous recommander Les Genres Fluides de Clovis Maillet qui traite de la transidentité dans l’Histoire, et même au temps de la Bible. Et ouais !
    • Enfin, pour le mélange livre historique et univers un peu fantastique, La reine Sirène de Nghi Vo qui est aussi incroyable.

  • Couverture du livre Par une nuit claire de Kim Yi-Sak

    Titre : Par une nuit claire

    Auteur : Kim Yi-Sak

    Maison d’édition : Editions Matin calme

    Traducteurices : Lee Hyonhee et Isabelle Ribadeau Dumas

    Genre : Historique

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    Vous savez ce que je dis toujours ? On a les copaines qu’on mérite ! Et un jour, une certaine Lexine me dit : j’ai une liste de livres à lire sur la Corée. On en fait quelque chose ? Bien entendu que j’ai tout lu sur sa liste et dans celle-ci, il y avait ce roman : Par une nuit claire de Kim Yi-Sak, paru aux éditions Matin calme en France. Et je dois vous avouer quelque chose : jamais je n’aurais pris ce roman si on ne me l’avait pas conseillé. Parce que moi et les auteurices coréen.nes, et bien il y a toute une culture, en fait. Autant je peux vous trouver très vite des auteurices occidentaux mais j’avoue, je n’ai pas encore le réflexe de chercher ailleurs. C’est pour cela, comme je le dis souvent, qu’il faut lire en dehors de ses petites habitudes, chercher de nouvelles maisons d’édition à chouchouter et surtout, ne pas hésiter à se lancer.

    Contexte du livre


    Par une nuit claire, de quoi cela parle ? Eh bien on suit A-Ran, la fille naturelle d’un dignitaire du préfet de Séoul. Et A-Ran, elle est à la fois sage-femme et légiste. On l’appelle pour enquêter sur une suite de meurtres étranges. Par une nuit claire, c’est un polar historique. Il se situe pendant le règne de Taejong qui est entre 1400 et 1418 en Corée. Taejong, selon mes sources de Wikipedia, il a fait des trucs. En gros, on est dans une grosse phase de renforcement de la centralisation administrative : on affaiblit les clans aristocratiques et on concentre le pouvoir sur une bureaucratie confucéenne. C’est le moment où les fonctionnaires sont nommés par une décision royale, mais surtout, par un concours administratif. C’est une ouverture, mais pas si grande. Et surtout, on surveille beaucoup plus les provinces via des magistrats locaux nommés par la cour. C’est un gros climat d’intrigues et quelque part, c’est un peu ce que l’on retrouve un peu comme en France quelque part. C’est vraiment une vague de centralisation.

    Vu qu’on va parler de médecine légale, comme vous avez vu dans le résumé, parlons de la matière. La médecine officielle est basée sur la médecine traditionnelle chinoise. Il existe bien des légistes qui sont des médecins attachés aux tribunaux et qui sont formés au bureau de médecine (Uilak). Concernant les autopsies humaines, parce qu’on en parle pas mal, et bien elles ne sont pas très fréquentes. Et c’est une pratique très réglementée. C’est d’ailleurs souvent en cas de crimes graves, sur ordre officiel. Il y a des méthodes décrites dans des manuels venus de Chine. Et si d’ailleurs vous avez des sources à ce sujet, n’hésitez pas à m’en parler en commentaires. Et concernant les femmes, officiellement, elles ne pouvaient pas exercer ces postes. Donc ce n’est pas étonnant que A-Ran soit une sage-femme, mais que par quelques voies détournées, que l’on voit dans le roman, et bien elle occupe des fonctions de légiste.

    Parce que le statut des femmes n’est pas ouf à l’époque. La Corée était déjà une société strictement hiérarchisée et patriarcale : les femmes appartiennent d’abord à la maison de leur père, puis celle de leur mari. Leur mobilité est aussi fortement limitée. Et enfin, autre thème du roman, il y a des enfants illégitimes qui ont un statut social inférieur et ils ont un accès limité aux fonctions publiques.

    Enfin, le système judiciaire reposait sur : des interrogatoires, des rapports écrits et surtout il y a une grosse importance de la hiérarchie : des enquêteurs locaux sont sous la houlette des magistrats. Si un crime grave implique la noblesse, et bien ces affaires sont directement traitées par les organes centraux.

    Et l’autrice dans tout ça ?


    Et oui ! Parce que je ne la connais pas, mais vous non plus, je pense, car c’est son premier roman publié en France. Kim Yi-Sak fait partie du collectif Greenbooks qui est une agence de littérature sud coréenne spécialisée dans la science-fiction, la fantasy, les dystopies et les récits historiques. Avant d’écrire, elle a étudié le chinois et le journalisme, ce qui explique la rigueur dans son univers et le foisonnement de détails dans son roman. Ce qu’elle aime écrire, apparemment, c’est sur l’Histoire et le féminisme. Et d’après ce que je vois, elle aime réécrire l’Histoire d’un point de vue féminin. Et cela, c’est intéressant car on va voir aussi si elle traite cela différemment des réécritures historiques féministes en Occident.

    On sait aussi qu’elle a publié une nouvelle : « Nangjiron » (낭인전 Le Vagabond) qui raconte Byeon Gang-soe, l’un des douze cycles de pansori. Celui-ci offre une vision humoristique de la vie souvent douloureuse des gens du commun. Dans la version de Kim, les loups-garous sont incorporés dans une réinvention SF des pansori traditionnels. Kim a fait ses débuts littéraires en remportant la première édition du concours de fantaisie urbaine de Golden Bough pour sa nouvelle, « Raosanghaiui siginjadeul » (라오상하이의 식인자들 Les cannibales du vieux Shanghai). Situé dans le Shanghai animé de 1934, le protagoniste de « Raosanghaiui siginjadeul » est un jiangshi qui s’attaque au qi des hommes occidentaux tout en se faisant passer pour un « garçon moderne » urbain. L’histoire qui en résulte est un vol de fantaisie mettant en scène un tueur en série Jiangshi sur fond de Shanghai des années 1930. Par une nuit claire est son premier roman complet.

    Par une nuit claire est un polar historique, certes, mais ce roman traite de thèmes féministes

    On suit un médecin légiste, A-Ran, qui est en réalité une sage-femme. C’est la fille naturelle d’un préfet et elle enquête de manière discrète sur la mort d’une femme dont on n’a pas réclamé l’autopsie. Déjà, est-ce possible qu’A-Ran ait pu être légiste ? Alors non, car la plupart des métiers de la médecine sont réservés aux hommes. Maiiiiissss… Et bien oui, on peut avoir un petit chemin de traverse, comme beaucoup de femmes. Les métiers médicaux qui sont réservés aux femmes, c’est bien entendu tout ce qui traite du corps féminin : donc les sage-femmes. Et il est tout à fait possible qu’avec une éducation adéquate, elle ait la possibilité de lire et d’avoir accès à des traités de dissection, par exemple, puisqu’on sait que ces manuels existent. Par conséquent, avec les bons appuis (comme étant la fille d’un dignitaire), elle peut être embauchée dans un service qui pratique aussi des autopsies.

    On parle aussi beaucoup dans ce roman d’enfants légitimes et d’enfants illégitimes et de leur statut. Cela montre une société très hiérarchisée et surtout très accès sur une espèce d’élite. On n’a évidemment pas de trace d’enfants illégitimes puisqu’ils n’avaient pas accès aux hauts postes dans l’administration. Cela ne veut pas dire qu’ils aient pu faire une carrière plus petite et donc moins retranscrite dans les livres historiques. C’est le biais que va prendre l’autrice pour nous montrer ce point de vue. On voit donc une histoire de l’élite coréenne, avec un scandale puisqu’il y a une enquête policière pour un crime grave, mais l’autrice va nous montrer tout le boulot qu’il y a avant le résultat.

    On va parler aussi de la pression exercée pour ces jeunes femmes qui restent encore à marier. On y voit la domination que peuvent exercer les mères, que ce soit pour les enfants naturels et les officiels. On y voit les différents mariages possibles, mais aussi et enfin le poids de la réputation. Cela n’était pas une période simple quand on vivait en famille à l’époque, et la marge de manœuvre pour les générations futures était extrêmement mince. Et quand on compare à des romans plus contemporains (comme Bienvenue à la librairie Hyunam de Hwang Boreum, par exemple), et bien ce sont des thèmes toujours actuels.

    Et puis, parler de personnes dont on ne parle pas dans l’Histoire écrite, et bien c’est aussi un devoir de mémoire. Alors ce n’est pas facile parce que je pense que l’autrice a dû jouer avec les écrits, faire des recherches assez poussées et surtout garder sa rigueur qu’elle a eue dans ses études journalistiques et les appliquer à son roman. Pour que cela soit crédible. Pour qu’on puisse aisément se projeter aussi.

    Et tout cela, c’est possible grâce à l’écriture de Kim Yi-Sak

    Il faut que vous compreniez que ce polar historique est très simple à lire. On est dans une écriture assez immersive avec le point de vue de deux personnages principaux : d’un côté A-Ran qui est notre héroïne et Yoon-O, le fils caché du roi qui évolue dans l’administration. On a ainsi de mêmes difficultés puisque les deux n’ont pas de reconnaissance officielle, mais on a une mise en valeur des difficultés que peut avoir A-Ran du fait qu’elle soit une femme.

    Par ci par là, l’autrice va nous mettre tous les ingrédients historiques, mais sans non plus placarder les informations comme je vous l’ai fait plus tôt. On est dans l’immersion totale et de manière assez légère. Et c’est en faisant deux ou trois petites recherches de mon côté, et bien cela fait complètement sens.
    C’est un style direct, qui n’en fait pas trop et qui décrit autant les objets, les situations et les sentiments des personnages. Elle y mélange la science avec le folklore aussi. On en ressort avec un récit très lisible, mais aussi poétique à sa manière. Et croyez-moi, avec quelques libertés scénaristiques, on a une assez bonne vision de la réalité historique de la Corée.

    Et Par une nuit claire, cela donne quoi ?

    Cela donne un polar prenant. L’autrice ne nous donne pas de grosses ficelles. J’ai été assez surprise par la fin. Il y a un peu de romance mais pas lourde. Dans ce contexte, elle passe en arrière-plan mais sert vraiment l’intrigue. Et surtout, et bien, on voyage littéralement dans la Corée du XVeme siècle. On en apprend plus sur l’administration, sur l’univers assez codifié qui y est présent, on sent très vite qu’il y a beaucoup d’intrigues politiques et surtout, on en apprend sur les métiers de l’époque et sur le contexte social et politique.

    Et en fait, quand on regarde bien, Par une Nuit claire peut totalement avoir sa place dans toutes les réécritures féminines de l’histoire occidentale. Vous aurez en plus l’avantage que l’autrice ne prend pas comme beaucoup de nos contemporaines des mythes assez connus. Ici, on découvre. C’est frais et en prime, on se cultive. Et ça, j’aime bien !

    Que lire après Une nuit claire ?