
Titre : La planète des toudous
Auteur : John Scalzi
Maison d’édition : L’Atalante
Traducteur : Mikael Cabon
Genre : Science-Fiction
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Qu’est ce qui fait que lorqu’une une personne débarque à un endroit qui semble libre, elle puisse exploiter les ressources de ce lieu ? Le droit de propriété concerne qui ? Quoi ? C’est la question que se pose John Scalzi mais avec humour dans son livre la Controverse de Zara XXIII republié sous le nom de la Planète des Toudous dans le format poche des éditions L’Atalante le 5 Mars 2026. La traduction a été effectuée par Mickael Cabon.
On y suit un prospecteur minier indépendant, ancien avocat, Jack Holloway, qui travaille pour une grande compagnie : Zarathoustra. Il découvre un filon de pierres précieuse sur une petite planète. C’est la fortune assurée pour lui sauf si, bien sûr, la Compagnie l’arnaque. Or, le soir même, l’alarme de son domicile se déclenche. L’intrus n’est autre qu’une adorable petite boule de poils. Problème : si le groupe de ces petites créature est douée de raison, la Compagnie ne peut pas exploiter le filon. C’est dans la loi. Elle a donc tout intérêt à ce que leur intelligence ne soit pas reconnue. Et elle en a les moyens. C’est la controverse de Zara XXIII.
John Scalzi, c’est un auteur de Science-Fiction américain qui a 57 ans et il est incontournable. Il est aussi vulgarisateur et tellement doué que son blog a obtenu le prix Hugo en 2008. J’ai découvert cet auteur un peu par hasard avec le Vieil homme et la guerre où il posait la question de : Qu’est ce qu’on fait de nos vieux ? Puis j’ai découvert comment en plein confinement on peut choisir une reconversion professionnelle de qualité avec la Société protectrice des Kaijus. Vous pouvez l’entrevoir avec juste deux titres, l’auteur aime s’attaquer à des questions de société au travers d’angles inattendus. Ainsi, vous risquez d’avoir des fous rire en lisant ces livres mais surtout apprendre des choses et réfléchir. Que va nous réserver la Planète des Toudous ? Et bien, il apporte son avis à une ancienne controverse, d’où le nom premier de ce livre : la Controverse de Zara XXIII. Et ici, on parlera de la Controverse de Valladolide. Il y a aussi une réflexion sur quel est le meilleur moyen de défendre une cause.
John Scalzi nous offre une réflexion sur le colonialisme
Vous allez me dire : il n’a pas inventé l’eau chaude et je vous dirai évidemment que vous avez raison mais comme toujours, il va un peu plus loin dans cette histoire. Et avec la Science-Fiction, c’est vraiment un débat vieux comme le monde. Imaginez qu’one st en pleine conquête spatiale et on tombe sur une planète avec une tonne de ressources minières, au hasard. On atterrit et on se frotte les mains des bénéfices économiques qu’on va en tirer. Alors oui, on va enrober cela avec des intérêts scientifiques comme l’étude de la faune et la flore, comment bien construire un habitat, les avancées technologiques que cela provoque, voire même créer une petite société utopise pour créer un monde meilleur. Et c’est une histoire vieille comme le monde. Regardez Christophe Colomb et consorts. Quand ils se sont lancés à la recherche d’un nouveau passage vers l’Asie et qu’ils se sont rendus compte qu’il y’avait un continent au milieu, ils pensaient exactement pareil vous savez.
Mais revenons sur notre planète nouvellement découverte, explorée, étudiée et bientôt exploitée. Appelons-là pour des facilités scénaristiques… Zara XXIII. On y découvre une super filon de pierres précieuses et c’est Jack, un avocat raté devenu prospecteur qui le découvre. Mais Jack, il découvre chez lui ce une boule de poils sensible et intelligente qu’il baptise un Toudou. Et comme il aimerait bien récupérer son ex qui est biologiste, il lui demande de l’étudier. Et là… On se rend compte que la petite bête est douée de raison. Cela n’est peut être pas dans les intérêts de la Compagnie donc celle-ci préfèrerait dire que les Toudous sont juste des animaux car si les Toudous restent « inférieurs » aux humains, la planète ne leur appartient pas.
Et ça, c’était un peu tout le débat de la Controverse de Valladolide qui a eu lieu en Espagne du 15 Août 1550 au 4 Mai 1551 concernant les relations entre colonisateurs espagnols et les Natifs américains. Alors, personne ne s’est posé la question de savoir si les Natifs américains avaient une âme car la Papauté avait déjà tranché en leur faveur. Cependant, l’objet du débat est devenu autre, histoire de garder l’avantage : Est-ce qu’ils sont des esclaves naturels ? Donc capables d’avoir un droit de propriété sur leur territoire. On en revient donc à notre récit sur Zara XXIII. Je ne vous laisse aucun suspense, cela s’est mal passé pour eux et quand on regarde les débats dans notre livre, cela en prendrait les mêmes chemins sauf que les Natifs Américain, ils n’avaient pas un Jack Holloway dans leur besace. Et cela m’arrange parce que cela va initier le deuxième point de cette chronique.
Faut-il être altruiste pour défendre une cause ?
Et oui, ce roman a un personnage principal qui s’appelle Jack Holloway… Et Jack, ce n’est pas un héros. Ce n’est pas une raclure non plus. C’est un type lambda qui a fait de mauvais choix dans le passé et qui continue d’en faire, d’ailleurs. Je veux dire, quand on donne la responsabilité du déclenchement des explosifs à son chien voire qu’il l’a dressé pour cela… Cela montre l’ampleur de la maturité du gars. Ce n’est pas sur lui que devrait reposer les chances d’être reconnue comme espèce sciente pour les Toudous. Personnellement, ma première réaction serait de prendre des grands scientifiques reconnus, des biologistes, des ténors du barreau, des comportementalistes, des économistes… Des gens du haut du panier qui savent de quoi ils parlent.
Et c’est ce qu’ils avaient fait en Espagne en 1550. Des philosophes, des politiques et des religieux ont décidé que tout un peuple n’était pas libre et ne pouvait pas faire ce que bon lui semblait. Les Natifs Américains n’ont pas eu de voix à eux. Et c’est la différence de ce qui s’est passé sur Zara XXIII, Jack, il connaît les Toudous puisqu’il vit avec. Il n’a pas besoin de données scientifiques vues sous le prisme d’un avis extérieur et non concerné. Il n’est pas non plus un comportementaliste ni un spécialiste des civilisations qui pourrait avoir envie de sauver à tout prix un groupuscule. Oui, je fais références à toutes ces personnes qui, sous couvert d’égalité font du paternalisme et ont en réalité un comportement colonialiste et/ou sexiste, cochez la case que vous voulez. Jack, il est dans la même galère que les Toudous. Il se fait menacer par la Compagnie, a un intérêt financier dans l’histoire et surtout, il a déjà été arnaqué par Zarathoustra.
Ainsi, John Scalzi démontre dans son roman que pour affronter des raclures, il ne faut pas être un parangon de vertu. Il n’est même pas nécessaire d’être droit dans ses bottes, d’être altruiste. IL vous faut juste une personne qui sait comment cela fonctionne. Une personne qui se sente concernée par le projet. Et une personne qui a un intérêt aussi dans cette affaire. Et quand on regarde toutes ces fameuses affaires type David contre Goliath dans la réalité, où c’est un petit avocat ou un petit activiste qui gagne contre un énorme groupe, c’est toujours la même histoire. Le gagnant utilise toujours des stratégies inattendues et surtout n’a pas d’autres choix que de gagner.
Alors ? La Planète des Toudous ? Récit fictif, témoignage historique, ou critique de la société actuelle ?
Je vous l’ai dit au tout début, John Scalzi est un excellent vulgarisateur. Et c’est ce qu’il a fait dans ce roman. Il vous a expliqué dans une histoire assez drôle les enjeux de la Controverse de Valladolide. Et il le fait de manière assez ludique puisque c’est un excellent écrivain. Le rythme est bon, le ton est à la fois léger et sérieux. L’univers est très bien construit. Il vous montre ainsi pourquoi à l’époque cela n’a pas fonctionné. Et il n’a pas utilisé uniquement ses talents d’écriture et son savoir pour le faire, il a cherché en vous l’empathie pour que vous puissiez comprendre tous ces enjeux et ainsi vous permettre de réfléchir pour ne pas recommencer.
Et ce n’est pas innocent puisqu’on peut retrouver les éléments de cette ancienne controverse dans un débat plus actuel car là on parle de ressources et de grandes compagnies industrielles. Et vous savez ce que cela évoque aujourd’hui ? Ne vous inquiétez pas, je ne vous ferai pas monter le suspense trop longtemps. Ce sont tous les enjeux du Groenland. Allez ! Je vous fais un point rapide sur le sujet ! Le Groenland, c’est la plus grande île du monde mais comme il caille sa maman là-bas, elle n’est peuplée que de 57.000 habitants dont 90% est composée d’Inuits. Voilà, vous commencez à deviner. Mais le Groenland, c’est pas un pays. C’est un territoire autonome qui est rattaché au Danemark. Rapport que si tu es un peuple qui a refusé l’industrialisation en masse, tu ne possèdes pas entièrement ton île car bon, c’est pas facile de gérer la souveraineté économique toussa toussa. Or, c’est ce que demandent les Inuits depuis des années. Mais ce n’est pas le seul sujet, attendez ! Depuis quelques temps, on subit ce que l’on appelle le réchauffement climatique, pardonnez mon expression un peu woke. Or, qui dit réchauffement climatique dit fonte des glaces et donc, découverte et exploitation de nouvelles ressources de cette île. Si vous vous demandez pourquoi les politiques n’investissement pas dans l’écologie, vous avez en partie une réponse. Or, le Groenland possède dans son sol 24 des 34 matières listées par l’Union Européenne comme le lithium, le cuivre, l’uranium ou le zinc ainsi que Sept gisements de terres rares évaluées à 37 tonnes. Imaginez les tonnes de batteries qu’on peut faire avec ! Et comme ce sont des ressources qui sont de plus en plus rares, cela attire des puissances économiques comme… Les Etats Unis et la Chine ! Et donc on a Donald Trump qui veut récupérer le Groenland. Le Danemark veut continuer à le garder aussi. Et les Inuits… Ah bah non ! Laissez tomber ! On ne leur demande pas leur avis.
Ainsi, non seulement la Planète des Toudous vous fait comprendre comment les Natifs Américains ont été évincés de leurs droits primordiaux et surtout vous voyez toute l’ironie et vous pouvez ressentir toute l’aberration de la situation des Inuits actuellement. Et tout l’enjeu économique, politique, militaire et surtout humain qui se cache derrière. Tout cela dans un roman bourré d’humour, pleins de rebondissements et avec surtout cet avertissement essentiel : ne laissez pas la responsabilité des charges explosifs à votre chien ! Bandes d’inconscients !
Que lire après La planète des toudous ?
- Si vous voulez continuer dans la même vibe mais d’un point de vue écologiste, lisez Poisson poison de Ned Beauman qui parle de la gestion économique de la biodiversité. Faites moi confiance, vous serez très en colère contre les politiques mais en riant beaucoup.
- Si vous préférez un livre plus léger du même auteur, prenez la Société Protectrice des Kaijus pour vous assurer une reconversion professionnelle aux petits oignons.
- Pour l’autodétermination d’une espèce mais qui cette fois n’est pas toute douce, lisez le Journal d’un AssaSynth de Martha Wells. Un classique aussi dans son genre.









