• Alliances de Jean-Marc Ligny

    Titre : Alliances

    Auteur : Jean-Marc Ligny

    Maison d’édition : L’Atalante

    Genre : Science Fiction

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    Cet été, j’avais prévu de lire mon petit roman écologique de l’année, petite tradition que j’ai depuis quelque temps. Et même que j’ai un auteur un peu chouchou dans ce domaine, c’est Jean-Marc Ligny. Sauf que j’étais tombée sur Terra Humanis de Fabien Cerutti et j’étais rassasiée car il faut l’avouer, il est excellent. Sauf que, je savais qu’Alliances m’attendait, dans ma liseuse, et que j’ai découvert qu’il avait un lien avec Semences, un autre de ses romans dont le souvenir est vraiment resté avec les années. C’est en repensant à tout cela et en enregistrant un épisode avec Sarah que j’y ai repensé. Il était temps pour moi de lire Alliances.


    Mais qu’est-ce que cela raconte ? Nous sommes sur Terre, dans le futur et après le livre Semences. Le monde a changé suite à de forts dérèglements climatiques : le Groenland essuie tempêtes sur tempêtes, le Canada est devenu une forêt tropicale et la Californie un désert. On suit Tikaani et Vinda, deux Inuits qui tentent de parvenir au Canada à bord d’un avion solaire, histoire de voir s’il y a encore des humains dans le monde. On observe la vie d’Ophélie, une herboriste canadienne qui préfère vivre en symbiose dans la forêt avec des animaux. Et enfin, on retrouve Den et Nao, nos anciens protagonistes de Semences, qui quittent la Californie avec une colonie de Fourmites en poche.

    Quel est le type de ce roman ? Alliances a été publié chez l’Atalante en 2020. Vous pouvez déjà soupçonner que c’est de la Science Fiction. Mais pour celleux qui adorent les étiquettes très très précises, je peux vous dire que c’est de la Science fiction climatique ou de la climate fiction. Ce sous genre aborde tout ce qui a attrait au changement climatique. Pour la faire simple, si vous êtes des angoissés du climat, ces romans vont vous imaginer comment vivre si personne ne réagit pour sauver notre planète. Et Jean-Marc Ligny est bien une figure de proue de ce sous genre.


    Et pourquoi j’aime ce type de littérature ? Et bien c’est à cause de cet auteur, justement. Il y a quelques années, je suis tombée sur Aqua tm et j’ai reçu une véritable claque et surtout, je me suis rendue compte que de lire un roman de SF climatique, surtout quand le réchauffement climatique est vraiment tangible chez nous : en été et en hiver, et bien cela me rassure et cela me permet de chercher des solutions à mon échelle et de me renseigner. Qui a dit que la Science Fiction ne changeait pas la vie ? Quant à Jean-Marc Ligny, j’aime beaucoup sa plume. On oscille entre des futurs assez durs, des instants complètement barrés, mais ça passe. Parce que, je pense qu’il a une manière un peu poétique, parfois, de m’emmener sur des terrains de réflexion. Vous allez voir comment. Dans Alliances, nous sommes dans un univers un peu post apocalyptique que je ne choisirais surement pas pour mes vacances.

    Prenez le Groënland, le premier lieu qu’on visite. Il ne reste qu’un seul village, apparemment et non seulement trouver de la nourriture, cela n’a pas l’air facile mais surtout, ce village est balayé par des tempêtes terribles qui menacent à chaque fois toutes les constructions. Quant au Canada, imaginez un peu vivre dans une forêt tropicale avec comme voisin un Anaconda et les villages qui sont menacés par des espèces de pillards cannibales. Et si vous souhaitez vivre sérénité en ville, vous ne vivrez pas en démocratie et surtout, vous tomberez malade car cette ville est à proximité d’une centrale nucléaire défectueuse donc avec toutes les maladies qui en découlent. La Californie, on ne la voit pas dans ce roman mais, pour avoir vu les descriptions de Semences, c’est un désert où trouver de l’eau, c’est très compliqué.

    Et puis il y a des Fourmites. C’est une espèce génétiquement modifiée, au croisement entre des Fourmites et des termites et, si vous ne parvenez pas à vivre en symbiose avec elles, elles peuvent détruire toute une communauté en quelques heures. Et ces Fourmites communiquent entre elles donc toute une colonie peut transmettre des informations à d’autres et vous poursuivre sur le monde entier.


    Dans ce monde très rude, Jean-Marc Ligny va nous montrer des personnages très lumineux. Tikaani et Vinda, par exemple, vont passer des années à réparer un avion solaire pour juste tenter de rétablir des liens avec des communautés. Et s’ils échouent parfois, ils reprennent toujours. Ce sont des explorateurs dans l’âme. Tout comme Manali, Den et Nao qui font le voyage inverse et à pied. Ils permettent ainsi à une colonie de Fourmites de communiquer sur le monde. Quant à Ophélie, certes, elle vit apparemment en recluse mais en symbiose totale avec la faune et la flore, montrant à d’autres ce qu’est un refuge et surtout comment vivre autrement Les Fourmites, elles, sont enfin un personnage central de ce roman. Il y a celles qui passent volontiers des Accords avec des communautés humaines et sont de véritables protecteurs. Mais elles peuvent aussi de choisir de vivre leur vie de manière isolée. Elles peuvent par contre choisir, comme les Fourmites ailées, de tout anéantir sur leur passage. Elles représentent à la fois la Nature mais aussi un lien entre les espèces. On ne sait jamais vraiment les considérer can elles sont, dans leur nature profonde, chaotiques. Elles échappent au contrôle des humains, et c’est peut être bien pour cela qu’elles paraissent un peu effrayantes.


    Mais vous allez me dire : c’est bien beau cette histoire de Fourmites qui vont surement dominer le monde avec des héros humains un peu farfelus mais qu’est-ce que cela nous apprend sur la réalité de nos jours ? Alors, pour plus de réalités, je vous conseillerai bien sûr de lire le rapport du GIEC mais je conçois que ce n’est peut-être pas votre lecture de chevet. Faisons l’exercice. Dans ces rapports, on montre que les actions globales sont impératives ! les gouvernements doivent à tout prix s’allier pour freiner le réchauffement climatique, sans cela, on atteindra le point de non retour. Et surtout, le temps presse et il faut impérativement que le monde s’adapte. Le lien avec Alliances est là, Jean-Marc Ligny a à peine poussé les curseurs.

    Dans ce monde, les gouvernements ont manifestement échoué et on se retrouve à vivre dans un monde plutôt hostile pour les humains mais qui tourne, en vrai. L’auteur nous montre ce monde comme un avertissement concernant les inactions gouvernementales et il place clairement ses espoirs dans les micro-sociétés. Les avertissements, c’est sans hésitation les villes et les villages fantômes que parcourent Tikaani et Vinda.

    Qui plus est, quand il existe une forme de gouvernement, comme la ville près de la maison d’Ophélie, on voit bien que cela ressemble à n’importe quoi. Par contre, voir le monde d’Ophélie au cours du roman donne envie. Et il y a Tikaani qui arrive à voyager sur de grands espaces avec une technologie non polluante Et pourtant, ces solutions ont leur limite, face à de grosses menaces comme les centrales nucléaires. Pour faire autre chose que survivre, les humains devront faire autrement, devront trouver des Alliances improbables en acceptant de faire des compromis. Ce que représente les Fourmites aussi, selon moi, c’est aussi la nécessité d’associer plusieurs choses. D’abord, les actions gouvernementales avec les actions locales. C’est cela l’Alliance dont parle le roman, du moins en partie. Mais aussi elles représentent la force d’une association transdisciplinaire : la science, l’écologie et la société Ne pensez pas que ce roman est pessimiste. Alors oui, il peut paraître un peu effrayant quand je présente le contexte mais l’auteur est là, avec son écriture toute fluide et facile d’accès. Il nous montre des personnages qui agissent vraiment. Malgré l’isolationnisme provoqué par la situation, les communautés restent. Les gens se lient et la clé reste de tenter de communiquer et de se comprendre. En créant ces histoires, l’auteur montre que l’on peut changer notre rapport à l’environnement, que l’on peut changer notre rapport à notre mode de vie actuel. Et puis, il nous montre l’espoir, l’existence d’une fenêtre, réduite certes, mais présente pour les humains.


    Alors oui, Alliances ne sera peut être pas le roman le plus réaliste qui soit. On aura peut être même l’impression que cela part un peu en sucette sur la fin. Mais j’ai envie de vous dire : et pourquoi pas ? Pas littéralement, bien sûr, mais les solutions apportées pourraient être envisageables. La vie serait dure au début mais pas exempte de paix ou de bonheur. C’est en cela que ce roman m’a complètement embarquée, qu’il m’a rassurée, y compris concernant les angoisses climatiques. Concernant le style et l’intrigue, on alterne les moments d’action avec les moments de calme. C’est fluide, cela vous fait ressentir des trucs et surtout, tout doucement, cela vous fait réfléchir.

    C’est en ça que l’auteur est génial et Alliances aussi. Vous pouvez ce livre en totale détente dans votre canapé. Parfois, vous serez totalement pris par les enjeux. Parfois, vous passerez des moments de paix avec Ophélie et son Anaconda. Et puis, au coin d’une ligne, vous vous demanderez à quel point le contexte du roman est plausible. Vous vous demanderez aussi si vous êtes prêts à vivre dans ce monde-là. Et vous, que pouvez vous faire ? Lire les rapports sur l’environnement, comme ceux du GIEC par exemple. Les vrais, pas les commentaires des journalistes. Vous pourriez regarder comment agir à votre niveau et montrer un peu l’exemple. Vous pourrez en parler autours de vous, lire d’autres fictions climatiques aussi ou des fictions qui parlent de vivre d’une autre manière


    En voici quelques unes que j’ai aimé !

    Et dites-moi ? Vous avez fait quoi pour la planète ces derniers temps ?

  • Bonne nuit, Maman de Seo Mi-Ae

    Titre : Bonne nuit, Maman

    Autrice : Seo Mi-Ae

    Traducteurs : Jihyun Kwon et Rémi Delma

    Saga : Ha-Yeong

    Numéro de tome : 1

    Maison d’édition : Le livre de Poche

    Genre : Thriller

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    Alex, c’est une super copine. Elle est drôle, elle est belle, elle est talentueuse et elle fait des podcasts parlant de Corée. Et elle m’a dit qu’il y avait cette autrice coréenne, Mi-Ae Seo qui fait des thrillers vraiment particuliers. Évidement que je me suis procuré les trois livres de cette femme, qu’on en fera un épisode de podcast et que ce sera génial !

    J’ai commencé par la saga Ha-Yeong parce que, il y a une histoire de tueur en série, que cela faisait longtemps que je n’en avais pas lu… C’était le moment, comme on dit. Me voilà donc partie pour lire joyeusement, Bonne nuit Maman. Nous, on suit Seon-Kyeong qui est criminologue. Elle obtient une série d’interviews avec un serial Killer. Dans le même temps, elle apprend que son mari a une fille d’un précédent mariage et, comme elle est devenue orpheline, et bien, elle va devoir accueillir l’enfant qui a l’air un peu inquiétante quand même

    Je sais ce que vous allez me dire : une allusion à Hannibal Lecter et hop, on est partis et on déroule les thèmes. Et bien non. Bonne nuit Maman n’est pas un roman parlant de Serial Killer (si un petit peu quand même) mais c’est surtout un roman féministe qui va pointer du doigt tout ce qui ne va pas en Corée. Et pour nous, cela va nous permettre de découvrir cette société que nous ne faisons qu’entre voir au travers des dramas coréens. Alors, accrochez vous à vos poignards en plastique, parce que promis, à la fin, on parlera un peu d’Hannibal Lecter.

    Bonne nuit Maman, cela parle avant tout de la société coréenne car, ce qu’il faut savoir, c’est que dans cette société, la famille en est le coeur. Les Coréens ont des attentes très élevées sur le modèle familial mais surtout par rapport au rôle de mère. La pression y est dingue et on le voit de suite par rapport au personnage de Seon-Kyeong. Dès que son mari ramène cette enfant, la question ne se pose pas : Seon-Kyeong va prendre en charge cette petite fille : elle la lave, la nourrit, l’habille, l’inscrit à l’école et gère tout le matériel. Son mari joue un peu avec la gamine mais, vous comprenez, il a un métier important. Jamais personne ne pense à lui reprocher le fait qu’il n’ait jamais prévenu sa femme actuelle qu’il avait un enfant. Jamais une personne de l’extérieur ne va le contacter au sujet de sa fille. Tout est pris en compte par notre héroïne qui n’a aucune expérience. Personne ne va l’aider non plus. Par contre, dès qu’elle fait quelque chose de “travers”, tout retombe sur elle. Jamais on ne prend en compte que Seon-Kyeong est en train de vivre un moment très intense professionnellement et que son travail, le fait d’interviewer un serial killer, va l’affecter émotionnellement.

    Cela va même plus loin. On sent que cette petite fille a vécu des traumas. Et pourtant, son père fait tout pour qu’elle ne soit pas suivie psychologiquement. Tant que la gamine paraît équilibrée, tout va bien. Si elle ne l’est pas, c’est sûrement de la faute des réactions de Seon-Kyeong. Et l’école de Ha-Yeong va alerter Seon-Kyeong mais ne va jamais alerter les services sociaux. On sait qu’en France, les comportements de la gamine feront de suite l’objet d’un signalement aux services sociaux, permettant ainsi un soutien pour la famille. De même, on a ainsi un véritable tabou autours de la violence et des comportements antisociaux. Ce qui est logique quand on observe ce schéma puisque si tout le monde doit être cantonné à un rôle : de mère, de père, d’enfant ou autre, le fait qu’une personne commette des crimes, ce n’est pas normal. En pointant cela, l’autrice critique indirectement l’idée que l’apparence d’harmonie va prévaloir sur la vérité. Et cela conduira à l’histoire du Serial Killer mais aussi au développement de Ha-Yeong.

    Et, comme toute cette société oscille entre traditions et individualisme, on sent que les personnages sont très seuls. Par exemple, je suis incapable de vous dire si les parents de Seon-Kyeong sont vivants ou morts. Et on ne sait pas non plus si la famille du mari de Seon-Kyeong est vivante ou morte. Pareil, ne me demandez pas le nom du mari car on ne ressent que son ombre en fait. Il rentre le soir pour donner des reproches à sa femme, minimiser toutes ses frayeurs et sous entendre que tout est de sa faute et il se casse. On ressent fortement l’isolement social de cette femme et de sa belle fille. De même, on sent que la famille n’est pas un refuge dans cette société mais plus une prison. Quand on regarde Ha-Yeong et Seon-Kyeong, on sent que, toutes les deux, elles pourraient franchir le pas et se rapprocher mais le carcan de leur famille ne leur permette pas de le faire.

    Qu’est ce que ce roman nous dit de la famille coréenne ? Et bien une tonne de choses. La famille, comme je le disais plus tôt n’est pas un refuge mais bien un endroit où on va garder les secrets pour protéger à tout prix une image de normalité. Ha-Yeong présente des traumas et des comportements un peu bizarres. Seon-Kyeong, elle voudrait l’aider en l’emmenant faire un suivi psychologique, ce que son mari refuse catégoriquement. L’école va en ce sens du moment que Ha-Yeong donne une apparence de normalité. Et cela, ça va rendre les problèmes individuels plus profonds et surtout plus difficiles à guérir. Et d’ailleurs, on n’y pense même pas puisque c’est l’ensemble de la famille qui doit rouler. Cela nous amène aussi aux poids des attentes sociales : Seon-Kyeong doit devenir le modèle maternel dans ce schéma familial, au point qu’il est évident que son métier passera au second plan. Et à aucun moment, elle ne reçoit de l’aide. Enfin, dans ce roman, on sous entend grandement que la famille, à défaut d’être un refuge, devient en fait un terrain de transmission des traumatismes. En effet, le fait d’occulter les traumatismes des uns, cela les rend plus fort et ce sont les générations suivantes qui risquent d’en pâtir.

    Bon, on a quand même un tueur en série, dans ce roman : Lee Byong-Do. Celui qui ne veut que Seon-Kyeong pour l’interroger et qui va évidemment tenter de lui retourner le cerveau. A quel point Bonne nuit Maman pourrait être considéré comme un Silence des Agneaux coréen ? C’est vrai, les deux protagonistes sont deux femmes qui étudient la criminologie. Sauf que Clarice Starling est une jeune stagiaire du FBI qui affronte un serial Killer malgré son inexpérience. Seon-Kyeong, elle, est une criminologue expérimentée. Elle arrive à avancer avec Lee Byong-Do mais on l’empêche d’aller au bout des choses et en plus elle est en danger dans son espace privé aussi. Quant aux deux tueurs en série, oui, ce sont tous les deux des énigmes résoudre. J’avoue que, selon moi, c’est un peu l’essence même du rôle. Ce qui est intéressant, par contre, c’est la vision de Seon-Kyeong du tueur en série. Elle dit un truc au début de l’histoire qui m’a marquée. En effet, elle donne les critères qui fait qu’on décèle si une personne peut être tueuse en série en fonction de son enfance comme martyriser de petits animaux. Je vous donne cette exemple car c’est lui qui m’a marqué car elle demande à ses élèves qui a déjà noyé une fourmilière, enlevé des pattes à une araignée, etc. Et oui, on a tous.tes plus ou moins eu la possibilité ou fait à un moment donné du mal à un animal. Ce n’est pas vraiment ces “critères” qui fait qu’une personne va devenir tueur plus tard. C’est plutôt quelque chose dans son histoire qui va faire basculer une personne du mauvais côté. Ce qui m’amène à une autre différence dans ce roman : la représentation du mal. On voit bien que dans le Silence des Agneaux, il n’y a aucune nuance. Hannibal Lecter est un personnage totalement détestable qui est un cannibale et qui assume totalement. Alors qu’avec Bonne Nuit Maman, c’est beaucoup plus nuancé. Il y a tout un passé de Lee Byong-Do qui pourrait expliquer le basculement de celui-ci et surtout, il y a ce questionnement par rapport à Ha-Yeong. Enfin, Clarice et Seon-Kyeong ne sont pas taillées du même bois et ne devront pas affronter les mêmes choses. Clarice doit affronter un traumatisme d’enfance (les agneaux), et la mort de son père. Elle veut échapper aussi à la pauvreté. C’est pour cela qu’elle se lance dans cet interview. Seon-Kyeong, elle, commence l’interview de manière totalement sereine car c’est une professionnelle aguerrie. Mais, c’est en découvrant un peu la psychée de Lee Byong-Do qu’elle se pose des questions sur sa vie personnelle, et plus précisément sur sa belle-fille et c’est cette relation professionnelle qui va la rendre plus forte dans le domaine personnelle. Ce qui la fragilisera, ce n’est pas son métier mais bien sa famille.

    Je m’arrête là mais il y a tellement d’autres choses à dire sur ce roman. Choses que je développerai sûrement avec Alex. Je vous mettrai bien entendu le résultat de nos réflexions ici.

    Lisez Bonne Nuit Maman qui, selon moi, de loin, surpasse Le Silence des Agneaux. C’est beaucoup plus fin psychologiquement. C’est plus glaçant aussi car les peurs sont de l’ordre de l’intime. Et sa suite, Chut, c’est un secret, est tout aussi développé. Mais on en reparlera plus tard. Bonne lecture à vous.

  • Le démon de Maître Prosper de K.J. Parker

    Titre : Le démon de Maître Prosper

    Autrice : K.J. Parker

    Traducteur : Michel Pagel

    Maison d’édition : L’Atalante

    Genre : Fantasy

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    C’est une histoire vieille comme le monde, vous allez me dire : Je suis allée chez mon libraire. Il m’a dit qu’il avait un livre. Mais qu’il ne l’avait plus en stock Après la folie des vacances d’été, on se retrouve, on se demande comment on va. Et il me dit qu’il a de nouveau ce livre en stock. Ce livre, c’est Le démon de Maître Prosper de K.J. Parker, publié chez l’Atalante. K.J Parker, c’est un pseudo féminin utilisé par Tom Holt, un écrivain britannique. Je trouve cela amusant parce que, d’habitude, ce sont les femmes qui prennent un pseudo masculin. Je n’ai malheureusement pas trouvé la raison de ce surnom mais si vous avez la réponse, dites le moi en commentaires parce que je suis très curieuse.

    KJ Parker, c’est un écrivain prolifique. Et je dois vous avouer que je ne connais aucune de ses sagas. Il y a la série Loredan qui est dans ma bibliothèque, je pense, et la série Le Charognard. Ces deux sagas sont publiées chez Bragelonne. Quant au Démon de Maître Prosper, c’est aussi le premier tome d’une saga. Il y a en effet un deuxième tome appelé The Inside man mais il n’est pas encore traduit. La personne qui s’est occupée de la traduction est Michel Pagel, un des traducteurs attitré de chez l’Atalante.

    Quant au pourquoi j’ai dit oui au Démon de Maître Prosper. Et bien… Cela faisait trois mois que je n’avais pas vu mes libraires, ce qui est déjà une souffrance en soit. C’est un roman court : 96 pages. Hugo, mon libraire, me l’a présenté sans aucun synopsis et je dois dire que c’est le spécialiste pour trouver des romans atypiques. Autant vous dire que j’étais emballé juste quand il m’a dit que cette novella était sensass. Et surtout, j’avais un trajet à faire en métro. Il me fallait bien quelque chose à lire, vous me direz !

    Le Démon de Maître Prosper, c’est l’histoire d’un exorciste anonyme qui raconte sa dernière mission. Il en profite pour raconter un peu sa carrière et son histoire mais aussi ses pensées. C’est littéralement un extrait de journal ou de confession, selon moi. Et en très peu de pages, on cerne de suite que ce n’est pas vraiment un exorciste dit classique mais plutôt une espèce de Constantine, vous savez, cet électron libre que l’on croise dans les comics Hellblazer ? Quant à cette mission de Maître Prosper, et bien elle semble bien ardue et elle va lui poser quelques dilemmes, qu’il va bien entendu nous exposer.

    L’histoire commence avec cet exorciste qui se réveille à côté d’une prostituée morte et il doit cacher le corps. Et là, on sait déjà que ce roman ne sera pas classique, que la moralité de cette personne pourrait paraître ambigüe. Et bien évidemment, il doit fuir la ville où il se trouve. C’est en deux ou trois paragraphes que je me suis dit que cette personne, c’était un Constantine du Moyen Age. Vous voyez ? Et je dois dire qu’après lecture, je suis plus ou moins d’accord avec cette idée première. Faisons le jeu de la comparaison.

    Déjà ce sont deux exorcistes et deux anti héros : en effet, pour rappel, John Constantine est un maître des arts occultes qui se bat constamment contre des forces démoniaques. il se sait condamné à l’Enfer parce qu’étant jeune, il a tenté de se suicider parce qu’il voyait des démons. Or, quand on prend le “règlement” de l’Eglise catholique, les personnes qui s’ôtent eux-mêmes la vie sont interdits de Paradis. John Constantine se bat contre les démons pour “mériter” son ticket pour une meilleure après vie. Quant à notre exorciste, il est un peu pareil parce qu’on sait qu’il voit des démons, contrairement au reste du monde. C’est un don, un pouvoir qui place automatiquement ces personnes dans la fonction d’exorciste. Et c’est un peu comme la profession de bourreau, c’est devenu un paria. On sait rapidement aussi que son premier exorcisme, c’est le sien puisqu’un démon était entré dans le ventre de sa mère alors qu’il était encore une fœtus. Et ce démon, on va le retrouver tout au long de sa vie. Par contre, on se rend vite compte que les exorcistes, dans ce monde, sont très vite livrés à eux mêmes, sans aucun soutient de leur Eglise. Cela en fait, comme John Constantine, un personnage un peu désabusé, avec un humour plutôt cynique. Et c’est essentiel de comprendre ce trait de caractère avant d’avancer un peu dans l’histoire car étant notre narrateur, vous aurez un rapport à son image.

    L’une des choses que notre exorciste va nous dire est essentielle : les humains meurent très facilement. Par contre, les démons sont immortels. Et ils suivent un grand plan. Lui, n’est pas là pour anéantir leur plan car il est humain et donc très fragile. Par contre, il est là pour les contrarier un max. Sa seule règle c’est qu’il ne faut à aucun prix négocier avec un Démon. Or, après cette fuite suite au meurtre d’une prostituée, il change de ville et se rend compte que le démon de son enfance va tenter de posséder le fils du Duc qui va naître. Il va vérifier son intuition. Et là, quelle est sa surprise quand il se rend compte que non seulement le fœtus est déjà possédé mais qu’en prime, Maître Prosper, le futur instructeur de cet enfant, est possédé lui aussi, par un démon qu’il en connaît pas.

    Le dilemme est là : s’il exorcise le démon du bébé, celui ci ne survivra pas. Le Duc va le tuer, lui et le démon de Maître Prosper va s’en sortir. S’il épargne le bébé et exorcise le démon de Maître Prosper, un véritable génie de son temps, les gens sauront que Maître Prosper était possédé et donc toute son œuvre va être décrédibilisée et détruite et un démon possèdera un futur puissant du Royaume. Et si la seule solution de notre exorciste était de négocier ? Or, c’est la seule règle qu’il s’impose.

    Et oui ! Le démon de Maître Prosper est petit … Mais hyper dense. En quelques pages, on se rend compte de plusieurs choses. Déjà, à aucun moment, nous n’avons le nom de l’exorciste. Alors que c’est notre narrateur. Même, le titre de notre roman est le démon de Maître Prosper. Dans la ville où nous nous trouvons, on sait de suite que cet exorciste n’est pas le bienvenue. Pourtant, cet univers a l’air d’être envahi de démons puisque notre exorciste en voit très souvent du coin de l’œil. Et jamais on ne le remercie, jamais on le protège. On l’efface tout le temps. Et on sent bien qu’il y a du ressentiment derrière tout cela.

    Et puis il y a ces enjeux moraux. En effet, le point essentiel est bien celui là : Maître Prosper. Comment juger si une l’œuvre d’une personne est influencée par des démons si on sait qu’il est possédé ? La fameuse question de : doit on séparer l’artiste de l’homme en fait ? Et cette question est vraiment d’actualité quand on voit les différents artistes de notre monde qui se révèlent être des personnes pas du tout sympathiques, voire criminelles. Citons le plus évident : Picasso. Et le plus actuel : Gérard Depardieu. Et il y en a pléthore. Par cette simple novella, l’auteur nous pose cette question qui nous taraude tous.tes en ce moment et qui est importante. Et chaque personne aura sa propre réponse, j’imagine.

    Je ne vous en dis pas plus sur ce roman même si j’aimerai vous en écrire des pages entières. Mais c’est vraiment une novella qui m’a marquée, tant par son style que par les sujets qu’elle traite. Je l’ai tellement aimé que j’en ai fait un épisode sur Choixpitre où j’ai fait d’autres thèmes. Vous pourrez l’écouter ici :

    Et bien entendu, si le deuxième tome est traduit, on en reparlera. Bonne lecture !

  • Fragile/s de Nicolas Martin

    Titre : Fragile/s

    Auteurice : Nicolas Martin

    Maison d’édition : Au diable Vauvert

    Genre : Science Fiction


    Date de publication : 24 Août 3035


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    Il y a des personnages publics qui vous inspirent confiance de manière instinctives et d’autres par leur travail, leur chemin de vie. Nicolas Martin fait partie de ces personnes là. Homme multidisciplinaire, il a eu plusieurs casquettes dans sa vie. Et puis, il y a l’engagement pour des causes qui me tiennent à cœur aussi. Je vous laisserai éplucher sa bio pour cela mais elle vaut le coup d’œil : il a eu une vie palpitante. Fun fact, je ris toute seule en ce moment même d’écrire son nom de famille car c’est celui de mon grand-père. Heureusement pour nous deux, le nom Martin est très courant en France. Nicolas Martin, je l’ai découvert avec son émission La Méthode Scientifique où j’ai eu cette révélation que j’aimais vraiment me tenir au courant de cette actualité alors qu’à la base, j’y allais pour des recommandations de Science Fiction. C’est amusant, la vie, parfois, quand on est un peu curieux. Aussi, quand il a sorti la Naissance du savoir, j’ai pris le livre et je me suis éclatée à le lire. C’est ainsi que je vois qu’il annonce cette année que son premier roman sortirait le 24 Août 2024 et, évidemment, je l’ai lu à sa sortie.

    Ce roman, c’est Fragile/s dont vous n’avez la chronique que maintenant parce que, depuis, j’ai participé à deux podcasts avec ma comparse Pomme sur ce livre. Et si j’ai tardé, c’est parce que je n’avais pas envie non plus de vous en faire une bafouille rapide. Parce que ce roman m’a marquée. Je me souviendrai longtemps de la nuit où j’ai lu Fragile/s, un cochon d’inde au creux du cou, mâchouillant son céleri, à la fin de l’été. L’histoire m’a marquée parce qu’elle a raisonné en moi sur différents niveaux, que ce soit en politique ou dans ma vie personnelle. Et l’écriture de cet auteur me parle aussi. Il a donc dû être nécessaire pour moi de faire un vrai travail de tri pour ne pas trop en vous en dévoiler mais pour vous, et bien de lire toute cette tartine que je risque de trouver insipide dans quelques heures. Maison va se dire qu’on se fait confiance mutuellement pour se lancer dans l’aventure.

    Fragile/s, qu’est-ce que c’est ? C’est un roman paru depuis le 24 Août 2024 au Diable Vauvert. Pour celleux qui aiment les étiquettes, c’est un roman classé dans l’anticipation et dans la dystopie. Alors oui, mais pas que. C’est aussi, selon moi, un roman de société. Ce que cela raconte, en gros, c’est qu’on est dans un futur, en France. La fertilité s’effondre et la plupart des enfants naissent avec le syndrome de l’X Fragile. Nous, on suit Typhaine qui a déjà eu une fille, Madeleine, atteinte de ce syndrome. Elle est en couple avec Guillaume. Elle travaille comme avocate dans le sociale et lui dans la politique dans un parti d’extrême droite. Ils veulent changer le système de l’intérieur. Et pourtant, grâce à ses relations dans le parti, Typhaine peut faire partie d’un programme de génoembryonlogie pour avoir un enfant dit normal et peut être même plus. Nolan est né et le pays bascule dans la dictature.

    Pour celleux qui se demandent, oui, on est dans de la Science Fiction parce que pouvoir modifier un embryon génétiquement, ce n’est pas vraiment possible actuellement. Et c’et interdit légalement si vous vous posez la question selon le paragraphe I de l’article 23 de la loi déférée remplace, à l’article L. 2151-2 du code de la santé publique. Mais pour faire un peu de Science Fiction, l’auteur va nous l’ancrer dans le réel. Et pour cela, il y a ce syndrome de l’X fragile qui est bien réel. C’est une maladie génétique qui est due à une mutation du chromosome X (même en ne faisant plus d’émissions scientifique, cet auteur me fera faire des recherches scientifiques, tsss). Les garçons en sont donc plus touchés que les filles. En gros, la plupart des personnes atteintes par cette maladie on un retard intellectuel allant de léger à sévère. Cela touche aussi leur comportement car elles ont des difficultés à s’intégrer socialement, ont une hypersensibilité sensorielle, des comportement répétitifs aussi et il en résulte qu’elles ont de l’anxiété, de l’impulsivité par exemple. Des recherches sont bien en cours. On ne peut pas en guérir mais on peut les prendre en charge, plus ou moins bien, selon votre milieu social ou votre emplacement géographique. Quant au contexte politique, rappelons qu’en 2024n en France, il y a une montée de l’extrême droite sans précédent, des minorités qui sont encore plus stigmatisées, un dialogue politique et sociale rompu et un certain mélange entre les différents pouvoirs, ce qui pourrait peut être nous faire demander si on est toujours en République. On peut dire donc qu’on glisse doucement vers le régime politique présent dans le livre.

    Fragile/s, de prime abord, va vous parler de fertilité, de dictature et comment on va associer tout cela. En effet, je vous ai signalé dans le résumé que Typhaine et Guillaume ont une fille du nom de Madeleine atteinte du syndrome de l’X fragile. Et comme nous sommes dans un gouvernement d’extrême droite, autant vous dire que vous pouvez oublier des choses importante comme l’avortement. Vos conversations et vos écrits numériques sont surveillés aussi. C’est pour cela que Tiphaine va utiliser des carnets. En ce qui concerne le système judiciaire, vous l’oubliez aussi puisque l’on procède à des arrestations arbitraires, on peut envoyer qui ont veut dans des camps de réhabilitation, la peine de mort est rétablie, des gens disparaissent. Si vous êtes une femme, par contre, petit bonus : vous ne serez pas exécutée de suite, surtout si vous ne transmettez pas l’X fragile. On vous pompera vos ovules avant. Quant à ce programme génique, ne pensez pas que votre enfant vous appartiendra pour de vrai : votre foyer sera scruté et une assistante sociale / nourrice viendra vous observer continuellement, rapportant vos moindres faits et gestes. Et si vous avez un précédent enfant avec un X Fragile, il serait peut être temps de le placer aussi. Pour éviter un environnement stressant pour cet enfant parfait. Ah oui, le fameux sujet de l’immigration, cher à l’extrême droite. Vous ne pourrez pas immigrer en France, sauf si vous avez une réelle utilité ou alors si vous avez des enfants sains. Mais on vous les prendra pour les placer. Pour leur bien évidemment et on les fera adopter par de “bons Français”.

    Typhaine, cela ne la dérange pas d’avoir Madeleine parce qu’elle aime sa fille. Par contre, cet autre enfant, Nolan, elle a du mal à l’aimer car il ne lui appartient pas non plus. Sauf que Guillaume voudrait un enfant normal pour son avancement, pour avoir moins de problèmes, que sais-je ? Des trucs de mecs, quoi. Et c’est sans trop se préoccuper du consentement et de la carrière de Typhaine qu’il l’inscrit à ce programme. Et Typhaine a une telle pression qu’elle n’osera pas dire non, non plus. Elle va donc perdre ses droits sur son propre corps, sur son propre mental car tout est fait pour ne pas la soutenir et pour la faire craquer afin d’enlever toute influence qu’elle pourrait avoir sur cet enfant. Elle va perdre sa fille car oui, tout sera fait pour placer Madeleine. Elle va perdre son emploi car c’est quand même mieux d’être à la maison pour élever ce fils parfait. Et elle devra aussi trier ses relations car il serait malvenu d’avoir des connaissances qui seraient contre le gouvernement. Typhaine sera isolée et coupée de son monde dès l’instant où Guillaume prendra la décision d’avoir cet enfant. Et comme Typhaine a du caractère et qu’elle veut avoir ses propres opinions, on la traite de folle, la diagnostique, l’abrutit chimiquement pour la placer aussi. Parce qu’elle ne correspond pas à ce qu’on attend d’elle. Et si vous pensiez que son époux va la soutenir parce qu’il l’aime… Et bien je vous laisse relire le début de ce paragraphe.

    Alors, vous allez me dire : c’est de la Science Fiction. C’est pas comme ça dans la vraie vie, ma petite Koré (désolée, mais je vous imagine du genre masculin quand vous me dites cela). Avant toute chose, avant que qui que ce soit me dise que je ne sais pas de quoi je vais parler, on va dire les choses de suite : je suis mère de famille et j’ai déjà avorté. Autant je vais bien vous démontrer à quel point Nicolas Martin a fait plus un roman social qu’un roman dystopique, en ayant totalement conscience que je suis blanche, non racisée et hétéro. Donc plutôt dans la partie privilégie de la gente féminine (et j’en reviens pas d’écrire cela).

    On va déjà parler d’injonction à la maternité. C’est toujours sympathique pour commencer un argumentaire. J’ai aujourd’hui 42 ans (donc périmée pour beaucoup d’hommes) et j’ai eu deux enfants. Vous pensez que c’est assez ? On me demande encore régulièrement pourquoi je n’ai pas de petit troisième. Et pourquoi je ne suis pas mariée non plus ni pacsée alors que je suis en couple. C’est pas normal. Ayant beaucoup de difficulté avec la contraception hormonale, j’ai eu l’occasion aussi d’expérimenter l’avortement plusieurs fois. Vous n’imaginez pas le parcours que c’est, les jugements que l’on peut avoir Les retards sur les suivis médicaux. Et ne pensez pas que l’on vous laissera vous reposer après, car j’ai repris l’après midi même. Et c’est un sujet tabou aujourd’hui encore. Sans compter que les premiers rendez vous, c’est dans un endroit où il y a pleins de femmes enceintes. Vous avez votre dossier en main avec toutes les échographies. Vous imaginez la violence du truc ? Et à l’époque, on a grandement supposé aussi que je me trompais dans la prise de ma contraception, parce que évidemment c’était de ma faute. Jamais de mes partenaires. Qui n’ont jamais vu le moindre bout de rendez vous à ce sujet. Parfois même j’ai dû le cacher pour éviter qu’on me traite de tous les noms. Avec l’implant contraceptif, j’ai gagné un répit après la naissance de mes enfants mais j’ai gagné aussi 15 kgs. J’ai bien entendu pensé à me faire ligaturer les trompes mais il y a dix ans, c’était plus qu’un parcours du combattant, que j’ai perdu d’ailleurs. La plus belle remarque que j’ai eu c’est quand on m’a demandé ce que pensais mon compagnon de cette opération. Tout, absolument tout dans notre société actuelle oriente les femmes vers la maternité. Quand on parle d’avortement, on est jugées. Quand on parle de ne pas avoir d’enfant, on est jugées. Quand on ne peut pas en avoir, on est jugées aussi.

    Mais attendez, ce n’est pas encore fini. Si jamais vous tombez enceint.e, vous aurez toutes les injonctions sur votre grossesse. Votre corps sera ausculté en permanence. Il faudra être active, mais pas trop. Avoir une vie très saine, mais fun et réjouie en n’oubliant pas de faire tout le social sur l’évènement. Si vous avez une fausse couche, vous serez invisibilisé.es, sachez le. On vous parlera juste de la “prochaine fois”, car tout sera fait pour recommencer. Si vous avez du mal à tomber enceint.e, j’espère pour vous que vous ne serez ni obèse, si malade, ni racisé.e. Et que vous êtes en couple hétérosexuel aussi. Sinon ça va être galère. Et faites aussi des enfants dans la bonne tranche d’âge. Assez mais pas trop non plus. Vous l’aurez deviné, votre corps ne vous appartient déjà plus. Mais ne pensez pas non plus que cela va s’arrêter à l’accouchement. Car on vous dira aussi comment allaiter votre enfant, et cela dépendra des tendances du moment, comment il doit se coucher aussi. Et si vous loupez le moindre rendez vous, on vous jugera socialement. Ah oui, et si vous pensez que votre enfant a quoi que ce soit, ne pensez pas qu’on vous écoutera. Je le sais, je l’ai vécu. On ne prendra pas compte non votre baisse hormonale juste après et la dépression qui en découlera. On sous entendra que vous aimerez votre enfant de suite. Au premier regard. On vous demandera de vous remettre en forme, de vous réintégrer socialement mais dans un groupe de mères de famille, d’ignorer vos cicatrices et votre corps pour vite relancer le désir de votre partenaire parce que, oui, vous devez être aussi un couple.

    Alors, parle-t-on vraiment de Science-Fiction dans Fragile/s? Je ne pense pas. On parle de projection de société, oui, mais croyez moi, dans cet univers encore fortement patriarcal, cette projection semble inéluctable. Alors pourquoi ne pas se révolter ? Et bien je vous renvoie à Typhaine/ Tout est fait pour étouffer les révoltes, tout est fait pour que l’on se taise. Et surtout, tout le monde ne peut pas être totalement intègre, soyons honnête deux minutes et regardons nous. Nous faisons tous.tes des compromis que ce soit dans nos foyers que dans le travail, que dans nos entourages, que dans la société. Je le répète, tout le monde fait des compromis avec ses convictions, moi la première et c’est un des sujets principaux de ce roman. Nicolas Martin nous montre la réalité de la vie des gens, il nous poste un miroir notre présent. Commet vivre dans une société où on a le sentiment d’avoir perdu le combat ? Comment composer avec une société qui nous silencie ou qui ne nous correspond pas?

    Et pourtant, il va redonner la parole aux femmes de ce roman. Il va mettre en lumière leurs actions et leurs sentiments. Si vous pensiez que ce roman va parler énormément de cet enfant parfait qu’est Nolan, vous vous trompez. La place sera prise par Madeleine, que ce soit dans le roman ou dans nos cœurs. C’est Typhaine aussi, fragilisée, écrasée par ce système qui prendra la lumière. Car si Typhaine n’est pas parfaite, c’est une survivante à ce système, comme tant d’autres. C’est leur chemin de vie et leurs décisions, que vous soyez d’accord avec elles ou pas, qui vont vous marquer.

    Est ce que ce roman est bon ? Il est excellent. Je vous le rappelle, je l’ai lu en une nuit. Et je ne regrette rien (et pourtant cela a bien piqué le lendemain). Est ce qu’il est parfait ? Sûrement pas ! Car ce sont les imperfections de ce roman qui le rendent mémorable. Et Nicolas Martin manie cela avec brio. En changeant de style, en explorant différents types de récit, en le rendant visuel, en utilisant toutes les facettes des multiples vies qu’il a mené. Il nous balance des chapitres courts pour vous tenir en haleine (comprenez pour vous empêcher de dormir). Fragile/s vous fera poser des questions sur le monde dans lequel nous vivons mais aussi sur vous même : vos forces, vos faiblesses, vos limites. La vraie question est : prêt.es à être bouleversé.es ?

  • Le Maître de Claire North

    Titre : Le Maître

    Autrice : Claire North

    Traducteur : Michel Pagel

    Maison d’édition : Le Bélial

    Genre : Fantasy

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    La trilogie s’achève avec « Le Maître ». Si vous avez encore des doutes sur les deux premiers tomes, allez voir les chroniques du tome 1, « Le Serpent », et du tome 2, « Le Voleur ». Maintenant que vous êtes dans l’ambiance, embarquez avec moi dans « Le Maître ». Que raconte-t-il ?

    On retrouve Argent, un joueur intriguant de la Haute Loge que l’on a déjà croisé dans les deux premiers tomes. Cette fois-ci, c’est différent : Argent se lance dans le Grand Jeu. Il veut détrôner la Maîtresse de la Maison des Jeux. Pour cela, il devra apporter ses propres cartes. L’enjeu ? L’avenir même de la Maison des Jeux.

    Ici, le jeu est poussé à son paroxysme. L’autrice nous livre tout cela en 150 pages. On découvrira peut-être enfin ce que représente Argent. On comprend un peu mieux les enjeux de la Maison des Jeux, mais l’autrice ne nous dévoile pas tout. La fin reste ouverte, et c’est vraiment ce que j’aime dans cette trilogie : avoir cette histoire avec Argent, sans tout savoir pour autant.

    J’apprécie le fait de devoir imaginer la suite, de spéculer sur l’histoire d’Argent avant la Maison des Jeux. C’est fascinant, car on connaît l’entrée dans la Maison des Jeux avec Thene dans le premier tome. On comprend pourquoi les gens jouent grâce à Remy Burke dans le deuxième. Et maintenant, avec Argent, on découvre pourquoi on voudrait en sortir. Que peut-on y gagner ? Que peut-on y perdre ? Quels sont les buts des joueurs ?

    On devine les enjeux que représente la Maison des Jeux, mais là encore, on ne fait que supposer. Ce mystère persistant est, je crois, ce que j’ai préféré dans cette trilogie.

  • Un animal sauvage de Joël Dicker

    Titre : Un animal sauvage


    Auteurice : Joël Dicker

    Maison d’édition : Editions Rosie & Wolfe

    Genre : Thriller
    Date de publication : 27 Février 2024


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    J’ai un petit plaisir coupable avec ma copine Melcouette : à chaque sortie de Joël Dicker, on se le lit en duo et en audio. J’avais découvert Joël Dicker avec la Vérité sur l’affaire Harry Québert. De cet auteur, j’ai tout lu à part le tigre dont le résumé ne me tente pas. Mais ce n’est pas le sujet !

    Un animal sauvage, cela raconte quoi ? Le 2 Juillet 2022, deux cambrioleurs s’attaquent à une bijouterie. Deux ans plus tôt, sur les rives du Lac Leman, Sophie fête ses quarante ans. Un de ses voisins, un policier, est fasciné par elle. Son mari a des soucis. Et un rôdeur survient.

    Vous vous sentez perdu par ce synopsis ? C’est tout à fait normal puisque c’est la particularité de l’auteur. Il aime vous faire voyager dans le récit, au travers différents points de vue dans le désordre le plus total. Si vous vous décidez à lire du Joël Dicker, dites vous que vous ne maîtriserez rien. Il faut que vous acceptiez de vous laisser porter totalement par le récit. Vous assemblerez les pièces plus tard.

    Et le résultat fonctionne puisque, au final, votre cerveau passera son temps à turbiner tout le long du livre. Et je dois dire que, en faisant totalement l’impasse sur l’intrigue, j’aime beaucoup cette pause « turbinage » dans mes lectures. Je sais comment fonctionne l’acteur, je connais le principe aussi, pour moi, une sortie Joël Dicker fait partie de mes lectures un peu plaisir coupable de l’été.

    Maintenant qu’on a déterminé que la structure même du roman allait me faire passer un bon moment, est -ce que les personnages et l’histoire m’ont touchée ? Et bien ce n’est ni une réussite ni un échec. Ce roman est, pour moi, dans la moyenne. En même temps, ce n’est pas de sa faute. Selon moi, quand vous lisez le livre des Baltimore qui, dans son récit, m’a réellement touché en plein cœur, c’est dur de faire mieux..

    Et puis, entre nous, est-ce si grave que ce récit ne m’ait touchée que moyennement ? Il est bien écrit. Il est rempli de twists étonnants ce qui est, je le répète, une spécialité de l’auteur. Cela a été un bon moment passé en fin de l’été et avec ma fidèle copine de lecture. Et c’est cela le plus important. J’espère que ce livre vous trouvera, vous touchera et vous donnera envie de lire.

  • Maîtresse des maîtresses de E. R Eddison.

    Titre :Maîtresse des maîtresses

    Auteurice : E.R Eddison

    Traducteurice : Patrick Marcel

    Maison d’édition : Editions Callidor

    Genre : Fantasy

    Date de publication : 1935

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    C’était l’été et j’aime bien, pendant l’été, de sortir de mes sentiers battus. C’est aussi l’occasion, parfois, de lire des classiques et là, j’ai eu l’occasion de découvrir un classique de la fantasy grâce au boulot formidable des éditions Callidor : Maitresse des Maitresses de E. R Eddison, publié initialement en 1935. Et oui ! On parle d’une fantasy avant le Seigneur des Anneaux.

    Mais E. R. Eddison, qui est-ce ? C’est un écrivain britannique de fantasy, un des premiers auteurs du genre, d’ailleurs, qui est connu pour son roman Le Serpent Ouroboros panu en 1922, situé sur la planète Mercure. Maîtresse des maîtresses fait partie d’une série du romans basés sur le monde de Zimiamvia. Ces romans ont un personnage qui fait le lien entre eux : Lessingham.

    Maîtresse des maitresses, c’est le roi Mézence qui règne sur trois royaumes. A sa mort, ils reviennent à son fils mais le fils n’a pas la poigne du père. Son demi-frère Barganax, va donc revendiquer le trône avec sa maitresse Fiorinda. Mais le vicaire de Rerek aussi aimerait être Roi. Il envoie donc son cousin Lessingham en négociateur. C’est dans ce contexte que va se voir jouer l’avenir politique de la Zimiamvia.

    Ma plus grande frayeur en commençant ce roman, c’est le traitement de la femme. Et oui, la question se pose puisque ce roman a été écrit en 1935. Et le style d’écriture aussi. J’avais un gros risque de lire un style lourd, désuet, pas facile à déchiffrer. Autant vous dire que j’y allais en freinant un peu. Sauf qu’on est en été . Je suis détendue et c’est sur le bord d’un lac que je me suis introduite dans ce récit.

    D’abord, vous aurez une préface d’Ellen Kushner et de Michael Swanwick pour vous situer l’importance de l’œuvre mais aussi leur propre histoire avec ce roman : comment ils l’ont découvert et leur expérience de lecture. Et puis je découvre le texte à mon tour, et je me prends ma claque.

    L’écriture pourrait paraître désuète mais je la qualifierai de poétique. On est transporté dans un monde totalement imaginaire. Les personnages sont tellement bien construits, au point que je me suis posée beaucoup de questions sur leurs buts. Ce ne sont pas des personnages archétypaux comme on a pu le voir si souvent en fantasy. Non, ces personnages sont résolument modernes. Oui, même les femmes ne sont pas des objets de désir ou des trophées. Ce sont des femmes qui prennent les choses en main.

    Je ne vous en dis pas plus car je ne veux pas vous dévoiler l’intrigue. Mais allez lire ce roman. Découvrez ce que E. R. Eddison a pu faire pour fonder la fantasy. C’était une belle découverte pour ma part.

  • PTSD de Guillaume Singuelin

    Titre : PTSD

    Auteurice : Guillaume Singelin

    Maison d’édition : Editions Ankama

    Genre : Bande Dessinée

    Date de publication : 2019

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    Début Aout, c’est l’anniversaire de mon oncle et c’est cet homme qui m’a fait découvrir les Bandes dessinées. Chaque année, je lui offre donc une bande dessinée pour son anniversaire. Sauf que, mon oncle est décédé l’année dernière et la question s’est posée. Parce que les habitudes sont tenaces, voyez-vous, que fin Juillet, j’étais en quête d’une bande dessinée. Que faire ? Finalement, je me suis dit que d’en lire une le jour de son anniversaire, c’était le garder un peu avec moi.

    Mais que choisir ? Il se trouve que je fais partie du Coin Lecture du Coin Pop, ce qui me donne à chaque fois des recommandations au graphiques absolument incroyables.. Récemment, l’équipe avait recommandé PTSD de Guillaume Singuelin, une histoire parlant de stress post traumatique, d’où le nom de la bande dessinée. Le PTSD, qu’est-ce que c’est ? C’est un type de trouble anxieux sévère résultant d’un traumatisme psychique qui se manifeste, chez un individu, à la suite d’une expérience impliquant une confrontation directe et personnelle à la mort potentielle, que ce soit sa propre mort ou celle d’autres personnes (Wikipedia).. Des symptômes sont divers et variés et les voici : la reviviscence, l’évitement, l’hypervigilance, la dissociation , le trouble anxieux, le sentiment de peur envahissant, les troubles du sommeil, l’agressivité et l’irritabilité, des troubles relationnels une vision faussée, des difficultés cognitives, la mésestime de soi, un syndrome dépressif, des troubles de l’addiction et des troubles du comportement alimentaire.

    Et maintenant, la Bande dessinée ? On suit Jun qui a été tireuse d’élite pendant une guerre fictive. Elle est revenue au pays avec un œil en moins et traumatisée. L’album va nous montrer le peu de prise en charge de ses personnes qui rentrent de la guerre, à part des médicaments, provoquant ainsi une forte dépendance. Se développe alors une économie parallèle et ces personnes se retrouvent dans la rue, livrées à elles-mème. L’histoire de Jun, cela raconte tout cela : la vie dans la rue, la communauté qui s’y crée, le rapports avec les habitants de la ville, les relations avec le dealer, les cauchemars sur la guerre. Et parfois, quelque chose de bien en sont, des solutions sont trouvées. Et parfois non.

    La lecture est un ravissement des yeux car les dessins sont juste magnifiques. Et l’auteur, en juste quelques pages, vous donne le sujet, les conséquences et les actions possibles. Elle montre que ces personnes revenant de la guerre, même amoché.es, restent des héros du quotidien. Que l’on ne doit pas seulement honorer les morts, mais aussi soigner et prendre soin de ceux qui reviennent. Pour moi, c’est le message de l’œuvre, sans pathos, sans cruauté gratuite, avec les mots et les images qu’il faut. Elle leur redonne une existence .

  • La sonde et la taille de Laurent Mantese

    Titre : La sonde et la taille

    Auteurice : Laurent Mantese

    Maison d’édition : Albin Michel Imaginaire

    Genre : Fantasy

    Date de publication : 2 Mai 2024

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    Au comité de lecture de ma librairie préférée, on m’a présentée la Sonde et la taille de Laurent Mantese. En gros, c’était la dernière aventure de Conan le Barbare, c’est écrit par un français et il s’est bien battu pour la publication du titre. Puis, on m’a lu un extrait très épique et limite rococo dans le texte. Et là, dans ma tête, plusieurs pensées très contradictoires surviennent. Et tout cela, bien sûr avant même d’avoir lu le synopsis.

    La première qui m’est venue est que c’était super génial d’avoir la conclusion des aventures de Conan. Déjà parce que j’avais lu cette saga il y ‘a une vingtaine d’années et que, même avant, j’avais vu les films avec Arnold Schwarzenegger. Ce personnage de fantasy a longtemps nourri mon imaginaire. Il a même sûrement contribué à ce que j’aime l’épique en Fantasy et même plus généralement les scènes de bataille. Conan le Barbare est bien plus qu’un héros de fantasy, c’est une icône de la pop culture et on ne sait absolument rien de la fin de sa vie C’est comme ça parce que des héros comme Conan se doivent de mourir dans une grande bataille pour que sa mort est un sens, pour le glorifier. Un peu comme Druss dont on voit le dernier combat dans la Légende de David Gemmel. Pour moi, Conan méritait au moins cette mort et le fait qu’un auteur se prenne au jeu de lui imaginer une fin était plutôt osée.

    Et deuxième pensée qui m’arrive. Ce n’est pas non plus un monstre littéraire qui s’en occupe, d’envergure internationale. Non, c’est un auteur français dont je connais vaguement le nom qui veut prendre un angle plutôt surprenant pour ce héros : la vieillesse et la maladie Jamais il ne me serait venu à l’idée d’imaginer un vieux Conan. Pour moi, il était éternellement jeune et combatif. Encore moins malade. L’idée même qu’il puisse être affaibli ne me venait pas. Mais l’auteur allait-il rendre épique cette mort ?

    D’où ma troisième pensée après avoir écouté cet extrait. Laurent Mantese a pris un soin tout particulier au style de son écriture. C’est épique . C’est même un régal à lire à haute voix et je suis très curieuse de voir ce que cela va donner en version audio.

    J’aime bien quand un héro ionique comme ça peut mener son dernier combat. Cela montre la force du mental plutôt que la force physique. C’est un message sur le temps qui passe, la vieillesse, les fêlures. C’est beau tout simplement. Et puis…

    La fatigue , personnelle et genrée tout simplement. Encore le récit d’un héro masculin qu’on valorisera une dernière fois. Encore le récit qui montrera qu’avec une tumeur sur certains attributs masculins, on est quand même un homme fier, Un héro ! Ce n’est pas la faute de Laurent Mantese. Ce n’est pas la faute de Conan. C’est la société actuelle, tout simplement. J’en ai discuté avec d’autres femmes. Oui, l’écriture des héroïnes change : nous ne sommes plus que des femmes dominées par nos sentiments amoureux qui s’élevons que pour l’amour d’un homme ou parce que nous avons subi des violences (sexuelles) par un homme. Ca évolue. Mais je me dis que le chemin est encore long pour que nous lisions le récit épique d’une femme à qui ont a ôté l’utérus, ou les seins et à qui on va encore célébrer son héroïsme ou sa féminité ? Quand aura -t-on le récit épique d’une personne qui doit se lever, juste se lever et faire une journée normale parce qu’iel a des règles douloureuses ?

    Mais je m’égare loin de Conan et de sa dernière aventure. Je m’égare loin du talent de Laurent Mantese qui a fait un texte épique de fou, qui n’a pas perdu le rythme pendant 500 pages. Cela se lit d’une traite. Alors oui, il y a étalage de violences, physiques, morales, sexuelles. La limite du trop loin était proche et il faut vous accrocher à la lecture. Je comprends le pourquoi de ce déchaînement de violence qui souligne les bienfaits du règne de Conan face à ce monde cruel et sauvage. En même temps aussi, je comprends l’auteur qui a la pression de s’attaquer au récit du Cimmérien. Est-ce que j’aurai fait différemment ? Surement … peut être ! Mais je ne suis pas autrice et je respecte son talent et sa vision.

    Alors, en attendant d’autres récits, mettez vous une bande son épique et allez lire la dernière aventure de Conan. Cet auteur s’y connait en écriture spectaculaire.

  • Le voleur de Claire North

    Titre : Le voleur

    Saga : La maison des jeux

    Numéro de tome : 2

    Auteurice : Claire North

    Traducteurice : Michel Pagel

    Maison d’édition : Le Bélial

    Genre : Fantastique

    Date de publication : 2015

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    Me voilà partie pour le deuxième tome de la saga du maître des jeux de Claire North et pour en savoir un peu plus sur cette autrice et cette saga, je vous renvoie à la chronique du premier tome. Dans le voleur, on rabat les cartes et on change de siècle et de lieu…

    Nous sommes à Bangkok, en 1938. On suit Burke, un membre de la Haute Loge. Il se réveille après une grosse soirée de beuverie et se rend compte, grâce au récit d’un autre joueur, Argent, qu’il a accepté un défit avec Abhik Lee. L’enjeu est sa propre mémoire. La nature du jeu est une partie de cache cache : ils ont un mois pour retrouver l’autre et ensuite les rôles sont inversés. Le terrain de jeu est la Thaïlande.

    Et pourtant, Remy Burke n’a pas l’habitude de lancer des défis en état d’ébriété. Et pourquoi donc l’enjeu est sa mémoire ? Pas le temps d’y réfléchir car le défi est commencé. On va voir ainsi comment faire une partie de cache cache sur la hauteur d’un pays, avec des moyens incluant l’administration et la police. Il y ‘a aussi les cartes distribuées qui semblent bien mal réparties. Pendant que Burke se cache et qu’on voit les pièces se mettre en place, ou réfléchit aux véritables enjeux de cette partie.

    On suit les mêmes chemins que le premier tome, le même fonctionnement mais avec en plus la recherche du pourquoi de cette partie et tout cela, bien sûr, en 150 pages. L’autrice arrive à la fois à nous rendre cette histoire familière de par sa structure mais surtout à la renouveler par le changement du jeu mais aussi des personnages. Et puis, il y a cette question supplémentaire qui nous titille. Cette question consolide aussi toute la saga.

    Encore une réussite par ce deuxième tome et j’ai hâte de vous dévoiler le grand final.