
Titre : Strandling
Auteur : James Brogden
Maison d’édition : Editions Maison Pop
Traducteur : Cécile Chartres
Genre : Folk Horror
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Qu’est qui a de plus horrible qu’un village qui se meurt sous vos yeux ? Les raisons peuvent être multiples comme la disparition des commerces de proximité, les services publics qui cessent, les jeunes générations qui partent, les transports qui sont supprimés. Et il y a aussi maintenant le changement climatique : une falaise qui s’effondre, les températures qui deviennent insupportables. Qu’est ce qui se passe dans la tête de ceux qui restent ?
C’est un peu comme ça que commence Strandling de James Brogden, paru en France à la Maison Pop le 25 Février 2026 et traduit par Cécile Chartes. Ca raconte l’histoire du village de Salwick qui se fait grignoter par la Mer du Nord. Megan a 19 ans et elle aimerait bien partir sauf que sa mère est décédée du COVID et depuis, son père boit son chagrin. Sa bulle d’air à Megan, c’est sa meilleure amie, Lou, et Kelpy, sa chienne. Sauf qu’on retrouve des brebis égorgées et que les fermiers du coin accusent la chienne. Et bientôt, c’est au tour des humains de se faire assassiner.
James Brogden, c’est un écrivain australien, né en 1969 et maintenant il vit aux Midslands, une région au centre de l’Angleterre où il enseigne l’Anglais. Il aime écrire de l’horreur et Strandling est son premier roman traduit en France. Il aime utiliser des légendes locales pour alimenter ses histoires. Ca s’appelle de la folk horror. Mais utiliser du folklore pour parler des problèmes actuels et modernes, c’est possible ?
Strandling, c’est du folk horror
Allez ! on est partis pour ma partie préférée, les définitions. Le folk horror, c’est en réalité un sous-genre du cinéma et de la littérature d’horreur qui détournent des éléments folkloriques dans un but horrifique. Et en vrai, on tend à utiliser ce biais pour mettre en avant un clivage entre zone rurale et zone urbaine. Et si cela se remet à la mode en ce moment, et bien cela ne date pas d’hier ! Cela vient du XIX° siècle et l’un des auteurs le plus connu qui l’a utilisée, c’est H.P. Lovecraft. Mais Stephen King l’a utilisé dans son roman Simetierre, notamment. Il y a quatre éléments qui caractérisent el folk horror : l’environnement comme un paysage rural, l’isolement, un système de croyances biaisé et une convocation.
Et c’est ce qui se passe dans Strandling. On est dans un petit village qui s’appelle Salwick. C’est un village en bord de falaises qui s’érodent donc les maisons s’effondrent. Le village a déjà été un peu déserté auparavant avec l’épidémie du COVID. Pour gérer les emplois, surtout dans le bâtiment, des travailleurs étrangers viennent et cela provoque la méfiance des étrangers. Megan, elle est considérée comme bizarre parce que sa chienne a été trouvée échouée sur la plage et c’est en lien avec une légende, inventée par l’auteur mais très présent dans cet univers, c’est la légende de l’île des Neuf Mères et c’est pour cela que tous les villageois pensent que c’est Kelpy, la chienne, qui égorge les moutons et cela sans aucune raison valable. Evidemment, il va y avoir une tempête et la situation va complètement exploser.
Mais vous pouvez le voir, Strandling est un roman typique du folk horror. Cependant, il n’y a pas de nouvel arrivant pour confronter un peu ces croyances au monde moderne. On est vraiment dans un huit clos. Donc en vrai, à part nous faire peur, qu’est-ce que l’auteur veut nous dire ?
Strandling, cela parle de l’abandon des milieux ruraux par l’Etat.
Parce que figurez-vous qu’on parle d’un Royaume Uni post Brexit et post COVID. Allez, on va repartir dans les données. Le 23 Juin 2016 se passe un referendum sur l’appartenance du Royaume Uni à l’Union Européenne ce qui a sonné la sortie du pays de l’Union Européenne le 31 Janvier 2020. Les conséquences cela donne quoi ? La mesure qui a eu le plus d’impact est évidemment la fin de la libre circulation donc le Royaume Uni bénéficient moins de l’apport de travailleurs d’autres pays. Il y a eu aussi le rétablissement des barrières commerciales. Et la plus grande conséquence pour le milieu rural, c’est l’arrêt des aides européennes ce qui a grandement impacté les petites exploitations. Donc on a eu en plus une baisse de 40% des exportations de produits agricoles vers l’Union Européenne. Et cela plus l’arrêt des mains d’œuvre saisonnières dont la plupart venait de l’Europe de l’Est, et bien c’est pas jojo. Quant aux aides européennes parties, cela a impacté les collectivités anglaises et en prime les coûts de production a augmenté à cause des importations.
Et c’est exactement ce que l’ont voit dans Strandling. Les routes sont mal entretenues. Le seul commerce qui tient vraiment , c’est le pub du coin. Et en prime, il y a moins de main d’œuvre comme on le voit, il n’y a qu’un travailleur allemand en saisonnier et le camping du coin fait un peu peur à voir. Le village de Salwick s’ostracise peu à peu. Et puis est venu l’épidémie du COVID 19 et le Royaume Uni n’a pas été épargné.
Cela donne quoi ? Au niveau national, c’est une chute brutale du PIB. Et il y a eu aussi une forte hausse du chômage. En terme de mortalité, le Royaume Uni a eu l’un des taux les plus lourds d’Europe et le système médical a très vite été surchargé. Il y a eu une forte hausse des cas de dépression et d’anxiété dans la population et on le voit avec le père de Megan qui ne s’en sort pas du deuil de sa femme et personne ne l’aide. Ils sont extrêmement isolés. Ce n’est évidemment pas dit explicitement mais avec quelques allusions par ci par là, l’auteur nous montre bien toutes les conséquences sur ce village et il le matérialise avec les falaises qui s’effondrent et qui font disparaître les maisons. Les animaux donc les moyens de survivre disparaissent. Les gens aussi au final. Et enfin, tout le monde se défie de tout le monde même quand certains habitants tentent de maintenir le lien.
Strandling parle aussi de la solitude face au deuil.
Notre personnage principal, Megan, a perdu sa mère. Or, son père ne s’en remet pas. Et on voit bien qu’à part certains voisins qui veillent à ce qu’il ne boive pas trop, aucune organisation ne vient voir s’ils vont bien. Il n’y a aucun suivi médical psychologique de disponible. Et on voit bien que la situation n’est pas tenable pour Meg. Elle a un emploi au pub mais plutôt précaire et sa maison est isolée, menacée d’effondrement. Tout le monde le voit et personne ne fait rien. Tout ce qui la tient, c’est sa chienne et sa meilleure amie donc la sororité.
On attend de Meg qu’elle passe à autre chose mais elle ne peut pas en fait. Elle vit de manière très isolée dans une maison remplie d’objet que son père accumule et on sait pas trop pourquoi. Enfin si, c’est parce qu’il n’arrive pas à passer à autre chose. Sauf que sa fille est jeune et ne peut pas s’en sortir. La situation initiale montre l’état de Megan face à son deuil et toute l’intrigue va se jouer justement à comment elle va s’en sortir, comment certaines personnes l’abandonneront, comment certaines personnes la pousseront vers le bas et comment elle trouvera la force d’en sortir.
En fait, avec Strandling, James Brodgen va faire une critique sociale.
Et est-ce que c’est efficace ? Plutôt, en fait, même s’il ne révolutionne pas le genre. Il développe bien sa légende. L’antagoniste surnaturel est flippant à souhait. Quand on lit les descriptions, je peux vous dire qu’on est dans l’ambiance et on subit bien l’oppression, la solitude et franchement, on se demande comment on va s’en sortir.
C’est ce que j’aime dans ces grands huit clos et l’échelle d’un village. James Brogden a une plume efficace et on ne voit pas le temps passer. Seul bémol, c’est que certains éléments de l’intrigue sont aisément reconnaissables. Mais si vous cherchez juste à avoir une bonne ambiance type Halloween, ce roman est fait pour vous. A voir si on voit d’autres écrits de l’auteur nous parvenir.
Que lire après Strandling ?
- Simetierre de Stephen King, bien sûr, car il y a toujours une bonne raison de lire un Stephen King.
- La fête du maïs de Thomas Tryon. Une famille qui veut s’installer en pleine campagne pour découvrir les coutumes locales.
- Dans ma maison sous terre de Nicolas Martin parce que cet auteur est très efficaces pour parler de mines abandonnées.
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