
Titre : Central Station
Auteur : Lavie Tidhar
Maison d’édition : Mnémos
Traducteur : Julien Bétan
Genre : Science-Fiction
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Vous avez déjà passé quelques heures dans un aéroport ou une gare ? C’est extrêmement particulier car c’est un lieu de passage pour beaucoup de monde. On voit se croiser des vagues de personnes sans arrêt. Centaines n’y viendront qu’une fois dans leur vie, alors que d’autres reviendront régulièrement. Certains et certaines y prendront même leurs habitudes, iront à telle échoppe plutôt qu’une autre, s’assiéront à un banc en particulier. Les lieux de passage, ce n’est pas fait pour que les gens prennent racine, mais pour être en mouvement. Et pourtant, l’Humain est ainsi fait qu’il peut s’adapter et en faire un chez soi.
C’est ce que raconte Central Station de Lavie Tidhar, traduit de l’anglais par Julien Bétan et paru en France aux Éditions Mnémos le 21 février 2024. Cela raconte Boris Chong qui vivait sur Mars depuis des années et qui revient sur Central Station qu’il a fui il y a longtemps. Il y recroisera Myriam, son ancienne amoureuse qui a vieilli plus vite que lui et qui s’occupe d’enfants égarés et par elle, on croisera tout le monde car elle tient un café.
Lavie Tidhar est un écrivain de science-fiction d’une cinquantaine d’années et d’origine israélienne. Il a vécu une vie très nomade et il est l’un des auteurs de SF les plus en vue en ce moment dans le milieu anglophone car il aime mélanger les genres. En 2016, il écrit Central Station qui sera le premier volet d’un dyptique dont le deuxième volet est Néom et ces deux opus peuvent être lus séparément.
Comment un homme qui a voyagé toute sa vie imagine un espace de transit ? En quoi ces lieux deviennent intemporels ? Que signifie rentrer chez soi ?
Central Station, un personnage insaisissable.
Central Station lui-même est un personnage du livre et c’est ce qui m’a attirée dans ce titre. Ne me demandez pas pourquoi, mais si vous me mettez ce genre de livre sous le nez, je prends direct. Lavie Tidhar prend le parti de ne pas prendre une ville occidentale mais qui est située près de Tel Aviv. L’auteur a choisi une ville qu’il connaît par cœur car il l’a côtoyée et cette ville a une histoire mouvementée et surtout, elle a souvent servi de passages de populations. Mais est-ce vraiment Tel- Aviv ? Pas tant, en fait, car l’auteur a pris soin de décrire le moins possible les lieux. Il n’y a pas de plan, pas de circulation suivie des personnages. Que des petits endroits.
C’est une décision assez osée de Lavie Tidhar, mais elle nous implique dans le roman. Parce que nous, en tant que lecteurices, on a déjà été dans une gare, dans un aéroport, on est déjà retourné dans un endroit qu’on a quitté donc avec cette absence d’indications, Central Station commence à prendre des traits familiers par la magie de notre cerveau. Elle commence à nous appartenir. Et elle nous happe. C’est pour cela que Central Station va nous donner des émotions car on lui donnera les traits d’un lieu familier, donc l’auteur va travailler notre empathie là-dessus.
D’ailleurs, vous ne vous rendrez pas forcément compte qu’en fait… Centnal Station est une tour, pas une ville traditionnelle. Et je vous jure que dans ma tête, c’est une ville car le flou descriptif est si bien fait qu’on peut vraiment imaginer ce que l’on veut. Je suis d’ailleurs curieuse de savoir comment a été imaginée Central Station par les autres lecteurices.
Ayant posé le cadre, Lavie Tidhar nous offre un futur.
C’est un futur très cyberpunk, d’ailleurs. Pour rappel, c’est une association de deux mots : cybernétique et punk. C’est un genre de la science-fiction très apparenté à la dystopie et à la hard SF. Il met souvent en scène le futur avec une société technologiquement avancée, notamment dans les technologies de l’information et la cybernétique. Et cet univers remplit toutes les cases.
Les religions, par exemple, sont assurées par des robots. Oui, oui et cela se passe très bien, mais je trouve que cela en dit long sur ce que l’on peut imaginer sur la foi. Pour être efficace, il suffit d’avoir une présence sans jugement et un soutien sans faille. Par contre, finie la retraite. Les soldats morts au combat voient leur conscience transférée dans des androïdes qui galèrent car, quand leur modèle est trop vieux, ils n’ont plus de pièces de rechange. Le fantastique est présent aussi puisqu’on a une famille qui a une malédiction : ils ont la mémoire de tous leurs membres depuis le début. C’est d’ailleurs pour cela que Boris est parti sur Mars pour tenter de se détacher. Sans succès d’ailleurs, puisqu’il revient des années après. Et puis, il y a une vampire. Alors, elle n’aspirera pas votre sang mais vos données. Et en vrai. Ce serait bien un équivalent dans ce monde, car sans nos données, on ne peut plus que vivre à la marge.
Et ce n’est pas un futur très glorieux que nous propose Lavie Tidhar. Alors oui, on a des corps augmentés. On a aussi une population très mixte entre les robots, les Androïdes, les humains augmentés. Cela ne veut pas dire qu’on ne se reconnaît pas dans cette ville, dans cette tour, car au fond, on ne change pas.
Alors ? quel futur ?
Il est pluriel. Nous sommes dans une station de transit, où des gens y vont pour fuir leur situation et espérer un monde meilleur sur une autre planète. Est-ce que cela va fonctionner ? La réponse n’est pas figée. Lavie Tidhar nous donne un roman chorale où nous suivons plusieurs personnages. Boris a voulu fuir son passé, mais il est revenu tout de même. Myriam, elle, a choisi de rester pour tout simplement rendre la vie meilleure aux gens. Faire avec ce qu’elle a. Certains et certaines tenteront de changer, d’autres continueront
Et peu importe l’époque ou le lieu en fait. Il y a celleux qui partent et celleux qui restent. Celleux qui créent des liens et celleux qui les brisent. Central Station ne raconte pas un lieu ou une époque, il raconte des moments de vie. Pas toujours joyeux, je vous l’accorde. On n’a pas toujours tous les éléments non plus. Et c’est bien normal. Nous sommes à Central Station, un lieu de passage, un lieu de transition
Et c’est bien cela la réussite de l’auteur. On n’a pas vraiment de contexte géopolitique. On ne sait pas à quelle période on est vraiment. On croise juste des bouts de vie qui continueront très bien sans nous. Cela ne nous empêche pas d’avoir des aperçus de la situation actuelle. Ni de nous attacher à certains personnages – Car, quand on va régulièrement dans une gare, on a nos boutiques préférées, notre banc où on aime s’asseoir.
Que lire après Central Station ?
- Différent lieu, même univers : Néom de Lavie Tidhar.
- L’énigme de l’univers de Greg Egan où l’action se déroule sur l’Ile Artificielle d’Anarchia.
- L’hôtel de Verre d’Emily St John ou qu’est-ce que devient un hôtel après une pandémie.
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