
Titre : La grande oeuvre du temps
Auteur : John Crowley
Maison d’édition : L’Atalante
Traducteur : Patrick Crouton
Genre : Science-Fiction
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Il y a un thème que j’aime beaucoup dans les récits, c’est celui du voyage dans le temps. Vous le devinez maintenant, ma série préférée au monde est bien entendu Doctor Who. Ah oui et mon Docteur préféré est Capaldi. Aussi, quand je vois un récit qui traite de voyage dans le temps, je saute dessus. Et il devait arriver ce qui arriva, le 26 février 2026, l’Atalante publie un récit datant de 1989, traduit par Patrick Crouton et c’est La Grande œuvre du temps de John Crowley.
Cela raconte l’histoire de Gaspar Last qui a décidé d’utiliser sa machine à voyager dans le temps, non pas pour observer un grand événement historique ou pour parler à une personne qui a eu une importance capitale dans un domaine. Même pas pour aller voir des dinosaures. Non. Lui, ce qu’il veut, c’est aller Récupérer un timbre rare, revenir, détruire la machine et faire fortune. Sauf qu’un groupuscule secret n’a pas l’air d’accord avec son projet.
La Grande œuvre du Temps, c’est moins de 150 pages dans la bibliographie de John Crowley. Celui-ci est né en 1942 et c’est un écrivain américain. Il a fait ses études dans l’Indiana puis s’installe à New York pour entamer une carrière comme assistant documentaliste au cinéma. Il a fait une saga : Aegypt de 1987 à 2007 et une dizaine de romans indépendants. On pourrait se dire que de se lire sa novella serait un moyen facile de découvrir l’auteur. Oui. Et non. Parce que rien n’est simple quand on est un ou une voyagareuse temporell.le
Et si on commençait depuis le début ?
Vous y avez cru, j’en suis certaine. Mais non, bien entendu qu’on n’aura pas un récit linéaire puisque nous voyageons dans le temps. On débute par Caspar Last dans les années 80 qui va rechercher un timbre dans le XIXème siècle qui sera intercepté par un groupuscule pour empêcher des trucs du XXème. Alors dites-moi, sachant qu’à chaque fois qu’on voyage dans le temps et qu’on change quelque chose, notre présent n’existe plus. C’est une autre réalité qui se crée. Pour ceux qui décrochent déjà, je vous redirige vers le grand final des Avengers qui l’explique et très bien avec des images.
Eh bien John Crowley l’applique dans sa novella. Et qu’est-ce que cela implique ? Pour nous, lire concentré et se dire que la lecture ne prendra pas une soirée. Est-ce que cela veut dire que je pensais caler la Grande oeuvre du Temps après avoir bu un thé de trop, parce qu’on n’a qu’une vie ? Vous n’avez aucune preuve. Plus concrètement, vous n’aurez pas de récit linéaire ici. On fera des sauts de puce, allant d’un personnage à un autre, d’une époque à une autre.
Et le but, on le connaît en fait : une société secrète veut voyager dans le temps pour réécrire l’Histoire, instaurant une espèce de Pax Britanica mondiale pour ainsi empêcher les Guerres Mondiales. Mais oui, bien entendu, pourquoi on y aurait pas pensé plus tôt.
John Crowley utilise le voyage dans le temps pour se tester à l’uchronie
Vous savez ce que c’est l’uchronie ? C’est, dans un récit, prendre un événement du passé, le changer et voir ce qui se passe. Avant que ce ne soit un genre littéraire, c’était une technique bien connue des Historiens pour justement déterminer des déclencheurs des grands tournants des différentes époques. Sauf que John Crowley, il y ajoute une machine à voyager dans le temps. Donc les gars vont dans le passé, ils changent un événement, voient que cela n’a pas l’effet escompté donc tentent autre chose sans remettre les choses dans l’ordre.
Pour vous la faire courte, ils n’ont pas de plan réellement défini et en prime, ils ne rangent pas leur chambre. Et en quoi c’est un problème, vous allez me dire ? Qui a dit que le Chaos était néfaste. Spoiler, ce n’était pas Horus. Et je vous laisserai chercher la ref parce que je suis comme l’auteur, aujourd’hui, je suis exigeante avec vous. Retenez une chose, c’est que dans les uchronies classiques, on change un truc et on observe les conséquences. Ici, on va en changer plusieurs, ce qui va nous forcer, par exemple, à prendre en compte plusieurs changements. C’est comme passer d’une équation à une inconnue à une équation à plusieurs inconnues. De quoi vous donner quelques nœuds au cerveau.
C’est quoi la finalité de la Grande Oeuvre du temps ?
De manière très surprenante, cette novella ne nous fera pas réfléchir à l’Histoire. Enfin, si, un peu tout de même mais c’est surtout sur les moyens employés pour y parvenir. Parce que chaque changement produit des réalités alternatives. Ça, on l’a bien expliqué depuis le début donc jusque là, pas de grandes difficultés. Sauf que je vous ai dit un peu plus tôt que John Crowley nous a fait passer de l’équation à une inconnue à plusieurs inconnues. Donc chaque changement produit des incohérences dans le temps mais aussi dans la réalité. Et surtout, à chaque fois, il y a de plus en plus de pertes humaines mais morales aussi, si on y pense. Et en fait, d’un récit de voyage dans le temps, on a basculé dans de l’uchronie pour terminer dans de l’éthique. La vraie question de ce roman, c’est : Peut-on justifier la manipulation de l’Histoire pour un bien supérieur ? D’ailleurs, réfléchissez aussi à ce qu’est un bien supérieur. C’est un vrai dilemme du tramway en fait. Mais admettons, c’est celui que nos protagonistes ont qui est le bon. Sauf que pour y arriver, cela amène à des meurtres. Mais il y a aussi des existences qui sont effacées. Et surtout, c’est l’impérialisme britannique qui n’est jamais vraiment questionné.
Vous pensez que cela nous en dira plus sur ce que pense l’auteur ? Absolument pas. Parce que John Crowley n’est pas là pour nous donner les réponses, il est là pour nous les poser. Et à vous de vous demander ce qui est juste ou non, sur ce qu’est le bien supérieur aussi tant qu’on y est et sur ce que nous ont apportés les changements historiques. Et c’est cela le grand intérêt de cette novella.
Que lire après La grande oeuvre du temps ?
- Un peu de voyage dans le temps un peu plus fun, allez jeter un oeil sur les Chroniques de Ste Mary de Jodi Taylor.
- Je m’avance peut être un peu mais je pense que Stephen King a dû prendre quelques inspirations dans cette histoire avec son 22/11/63.
- Pour un futur qui se délite , je vous recommande Terminus de Tom Sweterlitsch.
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