Les enfants de l'Empire de Yudori

Titre : Les enfants de l’Empire

Auteur : Yudori

Maison d’édition : Delcourt

Genre : Histoire

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Vous savez ce qui m’énerve, dans les affirmations toutes faites de beaucoup de pontes de la culture ? La bande dessinée et les mangas, c’est tout sauf culturel. Franchement, le Pass culture pour se prendre des mangas gratos cela ne sert à rien. Et surtout, bordel, la romance c’est vraiment nul. C’est tout sauf de la vraie fiction. Et celleux qui me connaissent savent très bien que moi et la romance, c’est pas vraiment une combinaison gagnante. Et je suis tout sauf une spécialiste des graphiques. Et pourtant, pourtant, je ne me ferme pas. Et je me forme. Comme je peux. Alors, pourquoi pas mettre sous le sapin deux tomes de Les enfants de l’Empire écrit pas Yudori et paru aux éditions Delcourt ? Histoire de torpiller un peu du bien pensant ? Allez, je vous raconte !

Pourquoi donc j’ai choisi ce titre ? Et bien, tout d’abord pour son autrice, Yudori. C’est une autrie et une dessinatrice de bande- dessinée originaire de Corée du Sud. Elle vit actuellement à Cambridge, au Royaume Uni avec son partenaire et ses chats. Et ce qui est intéressant avec Yudori, c’est qu’elle a commencé dans le webtoon, vous savez, ce truc un peu bizarre qui n’est pas de la culture non plus ? Comment cela je souffle ? Bref, elle s’est lancé en 2016 avec Pandora’s Choice, un web comic qui lui a valu le Lezhin Comics Award. On la connaît principalement pour des titres comme Le ciel pour conquête publié en 2022 en France qui raconte l’histoire de deux femmes qui vont s’unir pour briser les carcans du patriarcat dans la bonne société hollandaise du XVIeme siècle. Et enfin, les Enfants de l’Empire, une série historique qui se déroule en Corée sous l’occupation japonaise mais cela, on va en reparler après. Yudori, sa spécialité, c’est de s’intéresser aux questions de l’émancipation des femmes et elle aime critiquer les oppressions.  Quant à son style graphique, j’ai bien regardé un peu partout parce que c’est plus un style manga que BD dans le dessin. Mais je vous confirme bien qu’il est catalogué comme bande dessinée chez nous. Comme quoi la classification en France… Mais cela pourrait faire l’objet d’un autre épisode. Si vous voulez en savoir plus, j’avais écrit un article sur la réponse D :

Yudori, elle aime prendre son temps et explorer dans ses récits des questions historiques et sociales à des récits personnels ou fictionnels. Ce qui vous met clairement de l’émotion dans votre lecture. Personnellement, j’ai mangé les deux tomes des Enfants de L’Empire très rapidement. D’ailleurs ? Qu’est ce que cela raconte ? Les enfants de l’Empire ?

C’est l’Histoire de Arisa Jo, la fille d’un riche marchand, et de Jun Seomoon, le jeune héritier d’une noblesse déchue. Jun a été recueilli par le père de Arisa et ils vont suivre leur scolarité dans un équivalent de lycée. Cela se passe dans la Corée des années 1930 quand elle était sous occupation japonaise. Et c’est cet angle là qui est super intéressant pour nous les Européens. Parce que cette partie de l’Histoire n’est pas vraiment enseignée à l’école de nos jours (comme quoi la culture, hein).

Dans les années 30, la Corée est annexée par l’Empire du Japon depuis 1910 ce qui la met sous le joug d’une administration coloniale. Dans les années 30, le régime japonais est en plein renforcement de sa politique d’assimilation : on n’étudie plus dans les écoles la culture et la langue coréenne, comme son histoire d’ailleurs et on impose le plus souvent des noms japonais pour effacer l’identité coréenne. La religion change aussi car la population est fortement incitée à suivre les cérémonie shinto. Et économique, la Corée subit aussi de grands changements puisque la Corée a majoritairement une économie agricole sauf que les terres sont confisquées et surtout, elles sont redistribuées aux colons japonais, transformant ainsi les Coréens en métayer. Dans le même temps, on assiste à une augmentation de l’industrialisation dans le nord de l’île, car les Japonais injectent leurs capitaux dans ce secteur. Ça veut dire qu’on va complètement bouleverser l’ordre social et le paysage coréen. Il y’aura un fort exode urbain et donc c’est toute la vie traditionnelle qui va s’en retrouvée détruite. Et c’est pas anodin car cela va surtout profiter aux Japonais. Cela dit, les Coréens ne sont pas dociles. La population coréenne ne se soumettra pas passivement car il y a eu des mouvements de résistance, des intellectuels , des nationalistes et des communistes continueront à se battre. L’éducation va aussi être investis par les étudiants qui refuseront l’assimilation totale. Et c’est ce que l’on voit avec nos deux protagonistes : Arisa Joe tente de se faire une place dans la société en tant que femme tandis que Jun, lui, est totalement paumée car c’est un aristocrate déchu. Et tout ce contexte historique se retrouve bien dans les Enfants de l’Empire

Par l’histoire de Jun Seomoon qui a vu son père se faire retirer son diplôme coréen et sombrer dans l’alcool. Pour suivre des études, il est « Sponsorisé » par le père d’Adira Joe mais il va devoir choisir entre une université coréenne ou japonaise par exemple. Et il voit aussi ses repères effacés car il est passé d’une vie à la campagne à une vie à la ville. Il voit bien les apports modernes de la société japonaise mais ne se retrouve pas dedans. Il en est même choqué parfois. Il voit aussi d’autres membres de l’ancienne bonne société coréenne qui vivent dans cette illusion qu’ils conserveront leurs rangs, leurs statuts, leurs fortune. Et pourtant, ils tentent de conserver leurs ascendants. Et on voit aussi l’assimilation japonaise. Parfois pour des trucs très simples comme la nourriture, l’achat d’un stylo plume, le costume. Parfois, pour l’évolution des mœurs.

D’ailleurs, c’est aussi ce que voit Adira Joe puisqu’elle est la fille unique de sa famille. Elle bénéficie d’une bonne éducation mais elle se rend compte que ce ne sera pas pour succéder à son père mais bien pour être un bon parti. Son père l’utilise aussi pour être une vitrine de la culture japonaise puisqu’elle est habillée comme une femme moderne mais il refuse qu’elle prend son indépendance et voudrait qu’elle reste une femme soumise. Il ne l’envisage même pas comme héritière de son empire. Alors oui, on est dans les années 1930 mais il n’imagine même pas qu’elle puisse avoir des envies professionnels.

Alors Adira Joe se retrouve elle aussi isolée avec ses envies d’indépendance alors qu’elle se fera juger que ce soit par ses camarades masculins qui verront une fille facile que par ses camarades féminins qui seront entre l’envie et la rivalité. Et pourtant, malgré leur isolement, malgré leurs décalages, nos deux protagonistes vont s’allier au fur et à mesure pour traverser ce bouleversement culturel.

Pendant ce temps, nous on verra quelques pans de la culture japonaise mais surtout de la culture coréenne grâce à des capsules qui seront des points recherches et des anecdotes de l’autrice. C’est pas grand-chose mais cela apporte un véritable plus à cette série. Et c’est pour cela qu’elle m’a vraiment attirée, tant par le fond que par la forme. Ce sont des petites histoires dans l’Histoire.

Que mettre sous le sapin après Les Enfants de l’Empire ? 

  • Pyongyang de Guy Delisle qui est un récit autobiographique de l’auteur qui s’est rendu en Corée du Nord. C’est un beau reportage graphique.
  • Cristallisation secrète de Yoko Ogawa que j’ai lu la même semaine. C’est une allégorie d’un régime autoritaire qui efface les mémoires.
  • Pachinko de Min Jin Lee qui parle justement d’une famille coréenne dans la colonisation japonaise puis au Japon. Il a été aussi adapté en série justement

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Le Vendredi, c'est chronique ! Je reviens avec vous sur un livre en particulier dans un format semi court pour vous donner envie ou pas de le lireTitre : La course au mouton sauvage Auteur : Haruki MurakamiMaison d’édition : 10/18Genre : ContemporainOù trouver le livre : https://www.lisez.com/livres/la-course-au-mouton-sauvage/9782264076533Si vous désirez déposer un commentaire sur la chronique, vous pouvez tout à fait le faire sur les réseaux sociaux : https://linktr.ee/koreminaldi ou tout simplement sur le répondeur de Vodio. Je me ferai un plaisir de vous répondre : https://www.vodio.fr/repondeur/1802/ ou en déposant votre fichier MP3 sur jaiunlivrepourtoi@gmail.comRetrouvez mes chroniques livresques sur le blog : https://jaiunlivrepourtoi.fr/Générique : Pitfall de Arthur Benson https://youtu.be/52SDMRNIGcM?si=OEo9m3wlAHmocLKpLe logo est une création de Shirayukisan et vous pouvez lui faire ses commandes ici : https://shirayukisancommissions.carrd.co
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3 réponses à « Les enfants de l’Empire »

  1. Avatar de mielou35
    mielou35

    Je suis totalement d’accord sur l’importance des mangas, BDs et autres graphiques ! J’ai eu une grande discussion avec un collègue une fois qui me disais que les BDs c’était pas vraiment de la lecture… en plus je crois que la discussion était partie du pass culture, plus cliché tu meurs X) 

    Et pour le livre en tant que tel, ça donne vraiment envie ! (J’ai l’impression de répéter ça à toutes tes chroniques 😂)

    Clairement, je suis totalement ignorante dans l’histoire coréenne, ça m’a donné envie d’en savoir plus ! 

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Koré

      Mon objectif est que tu dises cela, bien entendu.
      Par contre… Un collègue à vraiment osé dire cela… A toi ? J’ai presque envie de lui faire un tap tap de compassion sur l’épaule :p

      Aimé par 1 personne

      1. Avatar de mielou35
        mielou35

        Merci, ça fait du bien d’être comprise 🥺

        J’aime

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